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Au château de Saint-Germain-en-Laye un fabuleux voyage immersif dans le monde de Clovis

Le musée d’Archéologie nationale, au château de Saint-Germain-en-Laye, organise un escape game historique géant, du 22 octobre au 22 mai 2023. L’objectif : se mettre dans la peau d’un Franc pour une expérience inédite dans le monde de Clovis.

Et si vous étiez née en Gaule, il y a 1 500 ans ? C’est le pari que fait le musée d’Archéologie nationale, avec « Le monde de Clovis : L’exposition dont vous êtes le héros », au château de Saint-Germain-en-Laye. Une façon amusante de partager le destin du premier roi des Francs, jusqu’au 22 mai 2023.
 
Avant d’embarquer, Fanny Hamonic, conservatrice du patrimoine et co-commissaire scientifique de l’exposition prévient : « Ce n’est pas une exposition qui parle de Clovis mais du monde de Clovis. On serait d’ailleurs bien en peine de parler de Clovis parce qu’on connaît très peu de choses sur lui. Par contre, on connait très bien la période » assure-t-elle. Dans l’ancienne salle des gardes sont réunis trésors et objets du quotidien afin de mettre en lumière toute la richesse de cette société qui s’épanouie du Ve jusqu’au VIIIe siècle dans la partie nord de la Gaule.

L’innovation est totale pour le musée d’Archéologie nationale. A la croisée entre le livre à choix multiples, l’escape game et le jeu vidéo, l’exposition crée une véritable intimité avec la période mérovingienne, souvent méconnue du grand public. Les illustrations de Gaël Lannurien apporte aussi la touche épique nécessaire pour profiter pleinement de l’expérience.

Le principe du jeu est simple : muni d’un livret ou d’une application sur mobile, le visiteur choisit un des quatre personnages proposés et à chaque étape de sa vie, doit faire des choix afin de s’enrichir ou gagner en prestige.

« Quatre personnages nous permettent de refléter toute la diversité, non seulement des gens qui vivaient à cette époque, mais aussi des thématiques« , explique la commissaire scientifique. Andarchius, issu de la petite paysannerie gallo-romaine, cherche à grimper dans l’échelle sociale à travers l’agriculture, l’élevage et l’artisanat. Bathilde, fille d’un esclave d’origine anglo-saxonne et experte en textile, rêve de lancer de nouvelles modes. Geneviève, issue de la communauté syrienne à Paris, découvre les nouvelles routes du commerce, quand Médard, jeune noble franc, veut devenir un guerrier de renom. « L’idée n’était pas de prendre un échantillon hyper représentatif mais de faire un petit kaléidoscope pour illustrer le fait qu’à cette époque, il y a des populations très différentes qui se mélangent sur un même espace« , ajoute Fanny Hamonic.

Une fois votre personnage sélectionné, vous vous retrouvez dans la peau d’un enfant de sept ans obligé de choisir un enseignement : le latin, les runes (alphabet germanique), la comptabilité. Ces choix sont symbolisés par une stèle écrite en latin, une fibule inscrite avec des runes, un document de comptabilité et même un emplacement vide pour ceux qui ne souhaitent rien apprendre. « On veut que le visiteur comprenne très vite qu’il doit faire un choix et qu’en fonction de son personnage, le choix sera plus ou moins bon« , justifie Fanny Hamonic. 

Salle suivante, le moment est venu de préciser son métier. Si vous êtes Médard, le guerrier franc, votre père vous propose de choisir entre deux armes de son arsenal : le scramasaxe ou l’angon. Attention, l’un des deux choix risque de le décevoir.

Panoplie masculine: le "chef" de Chaouilley (RMN - Grand Palais (musée d'Archéologie na tionale) / Jean - Gilles Berizzi)

Panoplie masculine: le "chef" de Chaouilley (RMN - Grand Palais (musée d'Archéologie na tionale) / Jean - Gilles Berizzi)

Mais le temps file vite au château de Saint-Germain-en-Laye. Déjà douze ans et vous êtes obligé de vous marier. Si la case « Je refuse » existe, vous comprendrez rapidement que c’est un choix impossible. En cliquant, un message apparait : « Voulez-vous devenir une marginale ?« . Il faut alors épouser un homme ou une femme de bonne, égale ou basse condition, symbolisés chacun par un anneau en or, argent ou cuivre.
 
Le caractère ludique de l’exposition n’empêche pas de présenter de splendides objets, comme le trésor de Childéric (père de Clovis), les bijoux de la reine Arégonde ou encore une réplique de la chasuble de la reine Bathilde. Les parures des dames de Quaregnon et Chaouilley, sont quant à elles présentées côte-à-côte afin d’illustrer le raffinement des styles et l’évolution rapide des modes. « Tous ceux qui étudient cette période savent qu’elle n’est pas plus sombre qu’une autre« , assure Fanny Hamonic.

Bijoux de la reine Arégonde. (RMN - Grand Palais (musée d'Archéologie na tionale) / Jean - Gilles Berizzi)

Bijoux de la reine Arégonde. (RMN - Grand Palais (musée d'Archéologie na tionale) / Jean - Gilles Berizzi)

La conservatrice se dirige pourtant vers un grand chaudron d’eau « bouillante » pour soumettre le visiteur à l’épreuve de l’ordalie (une façon brutale d’invoquer la justice de Dieu pour résoudre un conflit). « L’ordalie du chaudron bouillant était assez populaire, explique-t-elle. On jetait un anneau dans le chaudron et les deux adversaires devaient le récupérer. » L’experte tempère cependant: « On pourrait dire ‘quelle bande de gros barbares ces Francs’. Mais comme dit Bruno Dumézil, (historien et co-commissaire scientifique de l’exposition) ‘l’ordalie, c’est la seule sanction qui fonctionne parce qu’elle n’est pas appliquée’. Le comte vous disait : ‘Attention dans deux semaines, vous serez soumis à l’ordalie’, ce qui permettait aux gens de réfléchir dans leur coin et de se demander si un conflit pour deux ou trois vaches valait la peine de mettre sa main dans de l’eau bouillante. En général, le conflit se résolvait avant la tenue de l’épreuve« , assure Fanny Hamonic.

Après 45 minutes, l’exposition se termine dans la magnifique Sainte-Chapelle du château, chef-d’œuvre du gothique rayonnant. L’heure est alors venue de comptabiliser vos points de richesse et de prestige pour savoir si vous avez réussi votre vie. Libre à vous de refaire ensuite le parcours pour connaître un meilleur destin ou choisir un nouveau personnage.

A la sortie de l’exposition, un groupe d’adolescents est tout sourire. Mélina, quinze ans, trouve « hyper original de faire un jeu sur téléphone« . Elle poursuit: « Le fait de jouer à plusieurs met tout de suite une bonne ambiance dans le groupe ». A la fin, chacun partage ses résultats. Alexandre, treize ans, fort de son succès, en profite pour prodiguer quelques conseils: « Avec le livret, ce qui est bien, c’est qu’on peut tricher en anticipant les bonnes réponses« . 

Visiter le musée d’Archéologie nationale est une première pour la plupart de ces adolescents. Une victoire pour Fanny Hamonic, commissaire de l’exposition. « L’enjeu, pour nous, c’est justement de renouveler un peu notre public qui est soit scolaire, soit CSP+ de 60 ans. On a donc conçu l’exposition pour les jeunes adultes afin de tendre une main à cette tranche de la population qui, traditionnellement, va assez peu au musée de manière autonome. Et bien sûr, du fait que c’est un public charnière, c’est un projet qui peut convenir aussi bien aux plus jeunes qu’aux plus âgés »

L’exposition « Le monde de Clovis : L’exposition dont vous êtes le héros » a lieu du 22 octobre 2022 au 22 mai 2023 au Musée d’Archéologie nationale  au sein du domaine national de Saint-Germain-en-Laye (78).

L’exposition est visible aux heures d’ouverture du musée tous les jours (sauf le mardi) de 10h à 17h. L’accès à l’exposition est inclus dans le billet d’entrée au musée (6 euros ; groupes 5 euros ; pour les conditions de gratuité, cliquez ici);


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