Une première en France : l’aéroport de Tours sera contrôlé à distance !

Le concept de tour de contrôle aérien à distance, ou Remote tower center, débarque en France. C’est depuis un centre situé à l’aéroport de Toulouse-Blagnac que le trafic aérien de l’aéroport de Tours sera géré dès 2024. Explications.

On appelle le procédé Remote tower center, c’est-à-dire service de contrôle distant, ou encore Digital Advanced Tower (DAT). C’est le rêve des comptables et des gestionnaires des services de contrôle aérien, surtout lorsqu’un aéroport est peu fréquenté. L’idée consiste à contrôler le trafic aérien d’un aéroport à distance, à partir d’un centre pouvant être situé à des centaines de kilomètres. Les contrôleurs aériens ne gèrent alors pas seulement les approches et la sécurité des vols sans les voir de visu, mais aussi les manœuvres de roulage, décollage, atterrissage et stationnement.

La première expérimentation en France va concerner l’aéroport de Tours-Val-de-Loire. Les travaux vont débuter dans les prochains jours et la nouvelle « tour » devrait être opérationnelle d’ici six mois. Dans un premier temps, des tests seront réalisés jusqu’en 2024 avec la présence de contrôleurs sur place et à distance. Le centre de contrôle se trouvera à environ 500 km de Tours à Toulouse.

Pour commencer, les contrôleurs distants ne géreront que la partie des trafics IFR, c’est-à-dire les vols aux instruments et sans visibilité. Cela s’applique à tous les avions de ligne et commerciaux. Les vols VFR, qui concernent essentiellement l’aviation de loisir, seront ensuite gérés et mixés avec les autres vols. Pour gérer le trafic au roulage sur les taxiways et scruter les décollages et les approches finales, la nouvelle tour sera dotée d’une grande antenne équipée de 18 caméras. Ce sont ces « yeuxyeux » qui permettront aux contrôleurs distants de scruter le ciel et le terrain comme s’ils y étaient.

Qui dit aviation, dit sécurité maximale. Aussi, pour gérer les vols à distance, les liaisons optiques sont doublées physiquement avec deux opérateurs différents pour renforcer la fiabilité. Côté cybersécurité, c’est-à-dire là où le risque zéro est très loin d’exister comme peuvent en témoigner les différentes cyberattaques d’hôpitaux, la société Frequentis en charge du système du Remote tower center se montre assez sûre d’elle pour relever ce défi.

Comme avec cet exemple pour l’armée de l’air au Brésil, les 18 caméras de l’aéroport de Tours permettront aux opérateurs situés à 500 km de voir le trafic aérien autour et sur la piste à partir d’un vaste mur d’écrans. © Frequentis

Jusqu’à cinq aéroports contrôlés par un centre

Alors pourquoi mettre en place cette « première » à Tours ? Auparavant, le trafic aérien était essentiellement géré par le contrôle militaire en raison de la présence de l’école de chasse sur le terrain. Or, depuis juillet 2021, la base aérienne a fermé et l’école a rejoint celle de la base de Cognac. Avec le départ des contrôleurs aériens militaires, la question de la fermeture de la tour, et donc de l’aéroport pour les vols commerciaux, s’est posée.

Il faut dire qu’il s’agit d’un aéroport accueillant un trafic limité à 180 000 passagers par an avec l’essentiel des liaisons réalisé par Ryanair durant la période estivale. Comme souvent pour les aéroports de petite taille avec peu de passagers, la gestion reste un gouffregouffre financier pour la collectivité, même si elle reste plutôt profitable à la société délégataire du contrat de service public. Ce premier déploiement d’un Remote tower center permettra que personne ne sorte perdant dans cette histoire et de maintenir l’aéroport ouvert.

Si cette arrivée est une première en France, cela fait depuis dix ans que ce concept est évoqué et développé. Le premier déploiement d’une telle structure date de 2015 en Suède. D’autres projets ont depuis émergé dans d’autres pays nordiques ou au Royaume-Uni, en Belgique, en Allemagne et au Brésil. Dans le cas du projet français et à l’avenir, l’objectif consiste à contrôler jusqu’à cinq aéroports régionaux depuis le centre distant de l’aéroport de Toulouse-Blagnac. On devrait donc voir d’autres aéroports régionaux perdre leur service de contrôle aérien local dans les prochaines années.


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