REPORTAGE. À Mayotte, face à l’insécurité et aux violences, les établissements scolaires se barricadent avant la rentrée

Racket, kidnapping, coups de machette… Une flambée de violences a embrasé l’archipel à l’automne. Lundi 9 janvier, les écoliers reprendront le chemin des classes, la boule au ventre.

À Mamoudzou, la capitale de Mayotte, le maire s’est résolu à mettre du barbelé autour des écoles. Six jours après la rentrée scolaire en métropole, les élèves reprendront le chemin des classes lundi 9 janvier sur l’archipel. Avec, parfois, la peur au ventre après la flambée de violences qui a embrasé Mayotte à l’automne. Pour les élèves, c’est une insécurité au quotidien. 

Dans la capitale, le pire a été évité au printemps dernier grâce à une Atsem, ces agents territoriaux qui travaillent aux côtés des enseignants en maternelle. « Un individu s’est introduit dans l’école et a voulu kidnapper une jeune fille, raconte Ambdilwahédou Soumaïla, le maire LR de Mamoudzou. L’Atsem, à qui nous avons décerné une médaille de courage avec le préfet pour son acte de bravoure, s’est interposée et a dit : ‘Vous me prenez moi mais, l’enfant, vous ne la prendrez pas.’ Elle a résisté aux menaces au couteau jusqu’à ce que le terroriste décide d’aller chercher de l’essence pour les brûler toutes les deux. » Entre temps, la directrice de l’école a pu appeler les forces de l’ordre qui ont interpellé l’agresseur, qualifié de « terroriste » par l’édile.

« Je n’aurais jamais pensé que ça arriverait au sein d’une école de la République. »

Ambdilwahédou Soumaïla, maire de Mamoudzou

à franceinfo

Les barbelés autour des écoles ne sont pas les seules mesures prises. Les établissements scolaires sont aussi protégés par des agents municipaux ou des vigiles privés. Des parents sont chargés de faire de la prévention sur l’attitude à adopter pour éviter les agressions. 

Concernant les collégiens, et surtout les lycéens, c’est la police qui est désormais régulièrement sollicitée. Le racket, les bagarres, voire les affrontements entre bandes rivales sont de plus en plus fréquents autour des établissements.

« Ouvrir des écoles pour fermer des prisons ? Encore faudrait-il que les jeunes puissent y aller ! »

Baccar Attoumani, policier à la BAC de Mamoudzou

à franceinfo

« Lors des rentrées après les vacances scolaires, il y a des opérations qui sont organisées pour fouiller les sacs car on sait qu’il y a davantage d’agressions avec des tournevis, explique Baccar Attoumani, policier à la BAC de Mamoudzou. Ces opérations sont organisées avec le concours du rectorat. » « Des rondes sont aussi effectuées assez régulièrement sur les lycées car il y a beaucoup des personnes qui viennent racketter les jeunes ou s’affronter aux abords. Ça fait partie de la mission de services publics et de protection des policiers », assure le secrétaire département du syndical Alliance.

Quand les établissements ne sont pas à proximité du domicile des élèves, il faut utiliser le ramassage scolaire… via des bus eux aussi de plus en plus attaqués, caillassés ou agressés lors de barrages routiers. En novembre, plusieurs élèves ont été blessés à coups de couteau et de machette à Majicavo, au nord de Mamoudzou. Une réflexion est en cours pour créer une police des transports. 

Les parents d’élèves sont excédés. Echati, mère de cinq enfants, habite à Chirongui au sud du département. Après l’agression de l’un de ses fils par des jeunes venus des bidonvilles au nord de l’île, elle a décidé de mettre ses enfants dans le privé : « Il était en cinquième, il a été racketté par deux jeunes. Ils lui ont pris son téléphone, il a porté plainte. Le lendemain, les gendarmes sont intervenus au collège pour dire aux jeunes de faire attention. » Echati reconnaît qu’elle a la chance d’avoir les moyens de payer l’école de ses enfants. Cette mère envisage aussi d’envoyer un autre de ses fils au lycée en métropole l’an prochain.

« J’ai toujours dit à mes enfants : ‘Si quelqu’un veut ton t-shirt ou ton slip, tu l’enlèves et tu lui donnes’. »

Echati, mère de cinq enfants

à franceinfo

Ces problèmes de sécurité aggravent une situation déjà explosive en raison de la saturation des établissements scolaires. La moitié de la population mahoraise a moins de 18 ans. Si 110 000 élèves sont scolarisés, la plupart des mineurs isolés ne le sont pas dans les bidonvilles, malgré un système d’école itinérante. Quant aux établissements saturés, une rotation a été mise en place : la moitié des élèves le matin, l’autre l’après-midi.

Des programmes écornés, des retards accumulés et des dégâts à l’arrivée. « Le niveau n’est pas suffisant, déplore Haïdar Attoumani-Saïd, co-président de la Fédération des conseils de parents d’élèves. Nous avons des études qui démontrent que seulement 10% des jeunes bacheliers passent en deuxième année d’études supérieures. Ils accumulent du retard un peu partout et n’ont pas la culture du travail quand ils arrivent sur les bancs des universités. » Insécurité et système scolaire saturé sont les ingrédients, parmi d’autres, d’une volonté d’ailleurs : chaque année, au moins 10 000 habitants quittent Mayotte pour la Réunion ou la métropole.


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