Trois ans après le crash, la lutte politique des familles du vol PS752 contre le régime iranien

Publié le : 07/01/2023 – 16:00

Le 8 janvier 2020, un Boeing de l’Ukraine International Airlines était abattu par deux missiles iraniens peu après son envol de l’aéroport du Téhéran. Niant un temps toute implication, le régime a ensuite admis les tirs, prétextant une menace pour la sécurité. Les familles des victimes, majoritairement irano-canadiennes, dénoncent, elles, un acte terroriste. Elles ont trouvé dans les manifestations anti-régime un nouveau souffle pour leurs combats.

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De notre correspondant à Montréal,

Les militants sont une petite dizaine, ce jeudi 5 janvier, dans le froid hivernal de Montréal, assis, le nez emmitouflé, tremblants, mais déterminés, sur le trottoir du siège de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI). Jusqu’au dimanche 8 janvier, ils ne bougeront pas. Ce jour-là, cela fera trois ans que le vol PS752 a été détruit par le régime iranien au-dessus de Téhéran, prenant la vie des 176 personnes à bord, dont 85 ressortissants canadiens.

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Parmi les manifestants, bonnet orange enfoncé sur la tête, la militante canadienne Helya Sohaeilinia, bénévole dans l’association Femmes, Vie, Libertéà Montréal. « On est tous là avec notre cœur, pour représenter les intérêts des Iraniens et, plus important encore, pour représenter l’intérêt du vol et la mise en place d’une enquête indépendante », soutient la jeune femme. En effet, si les données de la boîte noire du vol PS752 ont été extraites par le Bureau d’enquêtes et d’analyses pour la sécurité de l’aviation civile de Paris, l’enquête a été confiée au régime iranien. Le gouvernement canadien pourrait également faire un geste fort, ajoute Hélya : « Il pourrait expulser Farhad Parvaresh, représentant du régime à l’OACI. Cela ouvrirait la voie vers l’expulsion d’autres représentants du régime. »

Depuis la mort de Mahsa Amini et le début des manifestations anti-régime en septembre 2022, la lutte pour la vérité sur le vol PS752 bénéficie d’un nouveau souffle. Le 22 octobre, des dizaines de milliers de manifestants ont parcouru les rues de Berlin après un appel de l’association des familles victimes du vol PS752. Un membre d’une famille de victime est ainsi passé soutenir les militants devant l’OACI, avant de repartir. « On est tous très en peine, et on veut montrer qu’on est derrière lui, qu’il sache qu’il a une deuxième famille sur qui il peut compter. Le vol PS752, c’est l’un des plus gros meurtres commis par le régime iranien », s’indigne Helya Sohaeilinia.

L’importance de faire front

La plupart des familles des victimes habitant à Montréal sont déjà parties à Toronto. Ce dimanche 8 janvier, elles se réuniront pour la première fois toutes ensemble dans une immense salle, physiquement, après des années à échanger en visioconférence. Armin Morattab, 36 ans, est déjà sur place. Il a perdu son frère et sa belle-sœur dans la catastrophe, et est membre de l’association des familles des victimes du vol PS752. « La raison d’être de cette association, c’est de nous rassembler, nous avons perdu des êtres chers et nous avons un ennemi commun. Nous avons un grand combat à mener face à un gouvernement sauvage », explique-t-il.

Fondée en avril 2020, trois mois après le drame, l’association est un groupe de soutien, mais a aussi pour objectif d’obtenir justice. Amirali Avali, 30 ans, a perdu sa mère dans le drame. Ancien ingénieur, il a repris ses études en droit pour mener la lutte et dirige le comité juridique de l’association. « Dès les premiers jours, il était clair que notre objectif principal était de rechercher la vérité et la justice, car tous nos proches ont été enlevés à nous d’une manière cruelle, sans aucune conséquence. Des personnes qui, selon nous, étaient aux plus hauts niveaux de culpabilité, ont été loués comme des héros, notamment le commandant de la Force aérospatiale des Gardiens de la révolution islamique, Amir Ali Hajizadeh », dénonce-t-il. Amirali parle sans peur, malgré les risques de représailles qu’il encourt. « Il y a une peur, bien sûr, on a tous de la famille en Iran. Mais vous savez, la détermination, les sentiments que nous avons à l’intérieur, la nature injuste de toute cette affaire, facilitent la prise de risque. »

Recours juridiques

L’association a appuyé un rapport de l’ONU mettant en évidence la responsabilité du régime iranien. Des jugements ont été rendus, notamment par un tribunal de l’Ontario, pour dédommager les victimes. Mais l’État iranien reste hors de cause. Désormais, pour Amirali, c’est à la communauté internationale de prendre le relais. « Nous pensons que nous avons fait tout ce qui était en notre pouvoir pour essayer de faire en sorte que les auteurs de ces crimes rendent des comptes, des aspects publics aux aspects judiciaires, en passant par l’implication d’organismes internationaux », explique l’étudiant en droit.

Les pays qui ont perdu des citoyens dans ce drame, le Canada, l’Ukraine, la Suède et le Royaume-Uni, ont lancé une procédure en s’appuyant sur la Convention sur la répression d’actes illicites dirigés contre la sécurité de l’aviation civile. Si aucun arbitrage n’est trouvé sous six mois, la cause pourrait être portée devant la Cour internationale de justice.

Autre enjeu majeur, les protestations contre le régime, dont l’Association des familles du vol PS752 se font largement l’écho. Dans les manifestations, les slogans pour le vol PS752 se mêlent aux slogans « Femmes, vie, liberté ». La lutte interne en Iran est devenue encore plus personnelle, déclare Amirali : « Nous savons que nous n’obtiendrons pas réellement justice tant que le régime iranien sera au pouvoir, parce que la totalité du noyau du régime était impliqué dans la destruction du vol PS752. »


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