Vingt ans après sa mort, Monique Wittig, icône de la pensée féministe et lesbienne, revient sur le devant de la scène

Vingt ans après sa disparition, l’écrivaine Monique Wittig, militante féministe et lesbienne, fait l’objet d’une redécouverte en France où ses travaux, longtemps restés dans l’ombre, sur le genre et le lesbianisme inspirent les cercles féministes et au-delà.

Son nom ne dira probablement rien au grand public mais il circule depuis des années dans les milieux féministe et lesbien.

Née en 1935 dans une famille modeste et conservatrice, Monique Wittig fait irruption sur la scène littéraire à 29 ans avec L’Opoponax (1964, Minuit) qui raconte l’amour d’une enfant pour une autre. Le livre remportera en France le Prix Médicis.

Suivront Les Guérillères (1969) et Le Corps lesbien (1973), essai qui vient d’être réédité. Dans ces textes, elle opère un travail sur les pronoms. Arguant que le masculin s’est approprié l’universel, elle plaide pour un recours au « on » et pour la suppression de mots tels que « homme » et « femme ».

Au-delà des pronoms, elle veut s’affranchir des normes : masculin ou féminin, littérature ou essai. « Elle n’a pas voulu choisir entre la littérature et la théorie et à mis de la littérature dans la théorie et inversement », décrypte pour l’AFP l’écrivaine Emilie Notéris qui lui a consacré le livre Wittig (2022, éditions Les Pérégrines), une sorte de « brouillon pour une biographie », selon ses dires.

Le 26 août 1970, Monique Wittig fait partie de la poignée de militantes qui dépose une gerbe à la mémoire de la femme du soldat inconnu sous l’arc de Triomphe à Paris, dans ce qui est l’acte fondateur du mouvement féministe français MLF (Mouvement de libération des femmes).

Six ans plus tard, elle quitte la France pour les Etats-Unis en raison de profondes divergences idéologiques avec ses camarades du MLF. Selon Wittig, la lutte passe par la remise en cause de l’hétérosexualité comme modèle de société.

Au MLF, « Monique Wittig  a été confrontée aux limites de ce qu’il était acceptable de penser dans un cadre circonscrivant le lesbianisme à une simple sexualité », assure pour l’AFP Dominique Bourque, professeur à l’Institut d’études féministes et de genre et au département de français de l’Université d’Ottawa.

C’est cette ligne de fracture, entre d’un côté la vision révolutionnaire, que d’aucuns jugeront radicale, de Monique Wittig sur un système hétérosexuel (dominé par des hommes) à combattre via le lesbianisme politique et celle des militantes du MLF qui, ne voient dans le lesbianisme qu’une orientation sexuelle.

Elle a été « mise de côté et invisibilisée », affirme auprès de l’AFP la journaliste, militante féministe et élue à la mairie de Paris Alice Coffin, qui raconte n’avoir découvert sa pensée que « tardivement ». Elle s’est d’ailleurs inspirée des travaux de Monique Wittig dans son essai à succès Le génie lesbien, en 2020. Grasset).

Une fois aux Etats-Unis, Monique Wittig enseigne à l’université et écrit des textes comme La Pensée straight, paru en anglais en 1992. Pourtant, rappelle Emilie Notéris, sa vie « fut loin d’être facile. Elle n’a pas connu la gloire, au contraire, c’était une vie de lutte ».

Il faut attendre les années 2000 pour que sa pensée circule un peu plus largement en France grâce à de militantes qui n’hésitent pas à citer ses textes. Ainsi en 2019, les écrivaines Virginie Despentes et Anne Garréta accompagnées de l’historienne Laure Murat, de l’éditrice Suzette Robichon et de la performeuse Rébecca Chaillon font une lecture publique de Guérillères à la Maison de la poésie, à Paris. Elle influence aussi des romans tels que Viendra le temps du feu de Wendy Delorme ou le livre Sortir de l’hétérosexualité de Juliet Drouar.

Pour Dominique Bourque, l’évolution de la société et des mentalités « a permis de mettre en évidence son parcours et ses œuvres ».

Une redécouverte liée au fait que « le féminisme post-MeToo n’a plus peur de pointer les hommes en refusant un discours de la complémentarité entre hommes et femmes, ce que le lesbianisme politique a toujours fait », abonde Alice Coffin.


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