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Royaume-Uni : trois questions sur l’échec du lancement « historique » d’une fusée

Cette mission spatiale inédite devait permettre au Royaume-Uni de rejoindre le club des pays lanceurs de satellites. Mais la fusée n’a pas réussi à atteindre l’altitude désirée et s’est très probablement désintégrée.

Un premier décollage, de grands espoirs… et puis plus rien. La tentative de lancement de la première fusée dans l’espace depuis le sol britannique, dans la nuit du lundi 9 au mardi 10 janvier, a échoué à cause d’une « anomalie », selon la société Virgin Orbit, en charge de cette mission. La fusée, chargée de plusieurs satellites, s’est vraisemblablement désintégrée en replongeant vers le nord de l’océan Atlantique, selon l’Agence spatiale britannique (UKSA). Franceinfo revient sur ce raté et ses retombées concernant les ambitions du Royaume-Uni en matière de souveraineté spatiale.

1 En quoi consistait cette mission « historique » ?

Baptisée « Start Me Up », en référence à la chanson des Rolling Stones, la mission mise en œuvre lundi soir visait à lancer une fusée depuis un Boeing 747 parti de l’aéroport de Newquay (sud-ouest de l’Angleterre). Objectif de ce double décollage : mettre en orbite neuf satellites, à usages civil et militaire, et ainsi permettre au Royaume-Uni de faire enfin partie des pays lanceurs de satellites. 

« Rejoindre ce club (…), c’est tellement important, car cela nous donne notre propre accès à l’espace, (…) que nous n’avons jamais eu auparavant au Royaume-Uni », avait souligné à la BBC Melissa Thorpe, directrice du Spaceport Cornwall, quelques heures avant le lancement tant attendu. Totalement dépendants d’autres pays pour mettre ses satellites en orbite, les Britanniques espéraient ainsi gagner en indépendance.

Le Boeing 747 de Virgin Orbit décolle de l'aéroport de Newquay (Angleterre) le 9 janvier 2023, embarquant sous son fuselage la fusée "LauncherOne". (BEN BIRCHALL/AP/SIPA)

Le Boeing 747 de Virgin Orbit décolle de l'aéroport de Newquay (Angleterre) le 9 janvier 2023, embarquant sous son fuselage la fusée "LauncherOne". (BEN BIRCHALL/AP/SIPA)

Pour ce faire, l’Agence spatiale britannique a créé un consortium avec la société Virgin Orbit, du milliardaire britannique Richard Branson, pionnière dans le lancement de fusées depuis des avions une technique « à l’horizontale » beaucoup moins onéreuse que le décollage vertical depuis une rampe.

2 Que s’est-il passé pendant ce lancement ?

Tout avait pourtant bien commencé pour ce lancement décrit comme « historique ». Peu après 23 heures (heure de Paris), le Boeing 747 spécialement modifié pour la mission a décollé comme prévu et a lancé, vers 00h15, la fusée baptisée « LauncherOne » au large de l’Irlande. Une étape cruciale saluée sur Twitter par Virgin Orbit, qui diffusait l’évolution de la mission en direct.

Le lanceur a ensuite été propulsé « à une vitesse hypersonique » avant « d’atteindre l’espace avec succès », détaille Virgin Orbit dans un communiqué publié mardi (en anglais). « Cependant, à un moment donné, lors de la mise à feu du deuxième étage du moteur de la fusée qui se déplaçait à une vitesse de plus de 17 000 km/h, le système a connu une anomalie, mettant fin prématurément à la mission », relate l’entreprise. L’avion qui avait permis le lancement de la fusée est, lui, bien rentré à l’aéroport de Newquay.

« Nous travaillerons sans relâche pour comprendre la nature de cette défaillance », a assuré Dan Hart, PDG de Virgin Orbit, qui promet de « prendre des mesures correctives et retourner en orbite dès que nous aurons terminé une enquête complète ». Après un premier échec en mai 2020, la société avait pourtant réussi à effectuer ce type de lancement depuis un avion huit mois plus tard, en janvier 2021, en partant du désert de Mojave (Etats-Unis).

3 Quelles sont les conséquences pour le programme spatial britannique ?

Malgré cet échec retentissant, Virgin Orbit garde la confiance de ses partenaires, l’Agence spatiale britannique en tête. « Nous avons montré que le Royaume-Uni est capable de se mettre en orbite, mais le lancement n’a pas réussi à atteindre l’orbite requise, s’est félicité Matt Archer, en charge des vols commerciaux pour cette agence. Malgré cela, le projet a confirmé la capacité de lancement horizontal au Spaceport Cornwall ».

Le Royaume-Uni assure rester « déterminé à devenir le principal fournisseur de lancement de petits satellites commerciaux en Europe d’ici 2030 », a poursuivi Matt Archer. Outre le Spaceport des Cornouailles, le Royaume-Uni souhaite ouvrir une base spatiale à Sutherland, dans le nord de l’Ecosse, ainsi qu’une troisième base sur une île des Shetland. Début janvier, le gouvernement écossais avait annoncé des lancements depuis ces deux bases « dans les prochains mois ».

« Nous avons inspiré des millions de personnes, et nous continuerons à vouloir en inspirer des millions d’autres, a réagi Melissa Thorpe, citée dans le communiqué de Virgin Orbit. Non seulement par notre ambition, mais aussi par notre courage. Oui, l’espace, c’est difficile, mais ce n’est que le début pour nous. »


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