Réforme des retraites : « A 55 ans, un flic est usé », préviennent les syndicats de police, inquiets du recul de l’âge de départ

Les syndicats de police voient d’un très mauvais œil la réforme du gouvernement concernant leur corporation. Ils mettent en avant les risques et la pénibilité de leur activité.

Ils redoutaient la présentation de cette réforme. Les voilà désormais prêts à s’élever contre celle-ci. Début décembre, Gérald Darmanin avait prévenu qu’il n’y aurait pas d’exception pour les policiers et gendarmes, eux aussi amenés à travailler « comme tous les Français, un peu plus », suscitant l’inquiétude des syndicats. Cette déclaration du ministre de l’Intérieur faisait référence au statut des 700 000 fonctionnaires relevant des catégories dites « actives ». Ces agents exercent des métiers dangereux ou suscitant des fatigues exceptionnelles, à l’image des policiers, mais aussi des militaires, des pompiers, du personnel pénitentiaire ou des contrôleurs aériens. Ils peuvent ainsi partir à la retraite à 52 ou 57 ans, selon les métiers, alors que l’âge légal est fixé à 62 ans aujourd’hui et sera repoussé à 64 ans demain avec la réforme dévoilée par la Première ministre Elisabeth Borne, mardi 10 janvier.

Si le texte est voté en l’état, les catégories actives conserveront leur spécificité. Mais elles devront « participer à l’effort collectif », a toutefois précisé Olivier Véran, porte-parole du gouvernement, mercredi sur franceinfo. Comme pour les salariés du secteur privé, leur départ en retraite sera repoussé de deux ans. Concrètement, elles pourront faire valoir leurs droits à 54 ou 59 ans, selon le métier exercé.

Cette annonce suscite une vive opposition de la part de l’ensemble des syndicats de police. « Personne ne peut dire qu’être policier, c’est plus facile qu’avant, moins dangereux, moins fatigant », souligne Fabien Vanhemelryck, secrétaire général d’Alliance. « La pénibilité du métier doit être respectée. On ne va pas courir après des jeunes de 20 ans qui galopent quand on aura dépassé les 50 ans », s’agace-t-il. « On a ce statut et on va tout faire pour le conserver ». L’Unsa a également fait savoir qu’elle répondrait présente « si un rapport de force » s’engageait pour endiguer cette mesure.

Ce mécontentement est partagé par Grégory Joron, secrétaire général d’Unité SGP Police-FO, estomaqué par la proposition, alors que la « violence s’accroît contre les policiers » qui « risquent leur vie tous les jours » avec « des rythmes de travail éreintants pour la vie familiale ». « Un flic, à 55 ans, est usé après avoir a été sur le terrain toute sa vie », souligne-t-il, estimant que le régime dérogatoire de catégorie active est « plus que légitime ».

Les syndicats redoutent notamment que le gouvernement introduise une distinction entre les policiers présents sur la voie publique et ceux qui travaillent dans les bureaux. Le métier de policier consiste à « servir en tout temps et en tout lieu », rappelle Fabien Vanhemelryck, « pas juste sur ses horaires de travail ».

Néanmoins, pour ces fonctionnaires, la durée d’exercice ne changera pas, selon le gouvernement : il faudra toujours travailler au minimum 17 ou 27 ans, selon les métiers de catégorie active, pour avoir le droit de partir en retraite avant l’âge légal. Les agents de la police nationale continueront également à bénéficier d’une bonification spéciale : tous les cinq ans, ils acquièrent une annuité supplémentaire. « Attention, ce n’est pas un cadeau, c’est une surcotisation que font les policiers sur leur rémunération », nuance Stanislas Gaudon, délégué général d’Alliance. La profession « cotise à hauteur de 13%, contre 10% dans le reste de la fonction publique », précise Marion Guenot, chercheuse au CNRS et spécialiste du travail policier.

Par ailleurs, jusqu’ici, les fonctionnaires de catégorie active qui changeaient de métier en cours de carrière perdaient le droit au départ en retraite anticipé. Désormais, « le bénéfice des années de service » dans un métier pénible sera « définitivement acquis, quelle que soit l’évolution professionnelle » des agents concernés, a insisté le ministre de la Fonction publique, Stanislas Guerini, mardi soir.

Par exemple, un policier qui choisit de se reconvertir dans un métier moins éreintant physiquement pourra mettre un terme à sa carrière plus tôt, sous réserve d’avoir exercé suffisamment longtemps dans la police.

Enfin, le montant des pensions des fonctionnaires concernés continuera d’être calculé sur la base du traitement touché lors des six derniers mois de carrière. « Ça fait partie des éléments de langage annoncés dès le départ pour faire croire que les fonctionnaires seraient préservés, se moque Stanislas Gaudon. Manquerait plus qu’on y touche ! » tempête-t-il.

Il rappelle au passage que le système de rémunération des fonctionnaires, en particulier des policiers, comprend des primes, absentes du calcul de leur retraite, à l’exception de l’Indemnité sujétion spéciale police (ISSP) attribuée à l’ensemble du personnel actif de la police nationale, en raison des risques.

Stanislas Gaudon regrette que cette réforme envoie « un message qui n’est pas le bon » a une profession qui peine de plus en plus à recruter. « La retraite dans la fonction publique fait partie de l’attractivité : s’il n’y a pas un intérêt à avoir un engagement au service des autres, vous allez créer une fuite plutôt qu’une adhésion », prévient-il.


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