Pérou : état d’urgence, manifestations contre la présidente, blocages… Quelle est la situation dans le pays, qui traverse une crise depuis plus d’un mois ?

Le gouvernement péruvien a décrété samedi l’état d’urgence à Lima et plusieurs autres régions. Une décision motivée par les rassemblements contre la cheffe de l’Etat, Dina Boluarte, qui ont fait plus d’une quarantaine de morts depuis la mi-décembre.

La colère ne redescend pas. Des milliers de Péruviens s’apprêtent à converger vers Lima, lundi 16 janvier, pour réclamer la démission de la présidente Dina Boluarte, malgré l’état d’urgence déclaré samedi dans la capitale péruvienne et trois autres régions

Outre le départ de la cheffe de l’Etat, les manifestants réclament la tenue immédiate d’élections et la dissolution du Parlement. Ils veulent atteindre Lima pour donner davantage de poids à leurs revendications. Dans le reste du pays andin, les blocages, qui ont débuté mi-décembre, se poursuivent. Les heurts entre forces de l’ordre et manifestants ont déjà fait au moins 42 morts. Franceinfo fait le point sur la situation. 

Une manifestation massive prévue dans la capitale 

Des manifestations doivent se tenir lundi à Lima ainsi que dans les régions marginalisées du sud des Andes. Au moins 3 000 personnes d’Andahuaylas (sud-est du pays), l’un des épicentres des manifestations en décembre, se préparaient dimanche après-midi à se rendre en voitures et en camions dans la capitale péruvienne, selon la radio RPP*. « Nous avons pris la décision d’aller à Lima » à partir de lundi, a annoncé Julio Vilca, un leader de la protestation dans la province d’Ilave (Sud).

Des manifestants protestent dans un quartier résidentiel de Lima, au Pérou, le 15 janvier 2023. (CRIS BOURONCLE / AFP)

Des manifestants protestent dans un quartier résidentiel de Lima, au Pérou, le 15 janvier 2023. (CRIS BOURONCLE / AFP)

Dimanche soir, des dizaines de manifestants, encadrés par un important dispositif policier, ont défilé pacifiquement du centre-ville jusqu’au quartier touristique de Miraflores, à Lima, aux cris de « Dina ordure, à bas la dictature » ou « Dina, corrompue assassine ! ». « Ça va être plus fort demain (lundi) et le 17 (mardi). Les régions arrivent déjà à Lima, nous exigeons que Boluarte démissionne et qu’ils ferment le Parlement immédiatement. Nous ne voulons plus de morts », explique à l’AFP Jasmin Reinoso, 25 ans, infirmière originaire d’Ayacucho, dans le Sud-Est, présente à Lima depuis deux mois.

L’état d’urgence décrété dans plusieurs villes

Cette mesure, qui avait déjà été décrétée mi-décembre dans tout le pays, sera en vigueur pour 30 jours. Elle autorise l’armée à intervenir pour maintenir l’ordre et entraîne la suspension de plusieurs droits constitutionnels comme la liberté de circulation et de réunion et l’inviolabilité du domicile, selon un décret publié samedi soir au Journal officiel. Outre la capitale, les départements de Cusco (Centre), et Puno (Sud-Est) sont notamment soumis à l’état d’urgence, de même que le port de Callao, à côté de Lima.

« Nous espérons que cette situation changera radicalement et que la voie du dialogue sera rétablie », a déclaré le président du Conseil des ministres péruvien, Alberto Otarola, à la chaîne de télévision Latina. Il a également réaffirmé que Dina Boluarte « ne démissionnera[it] pas ». « Par sens de la responsabilité historique et parce que la démission de Dina Boluarte ouvrirait la porte à l’anarchie. Il serait irresponsable de la part de madame Boluarte de partir au moment où le pays traverse ces problèmes. » 

Une centaine de routes encore bloquées

Dimanche, la circulation restait bloquée sur une centaine de tronçons de routes dans dix des 25 régions du Pérou, notamment dans le sud du pays, épicentre de la contestation, comme le rapporte le quotidien péruvien La República*. Parmi ces régions figurent Puno, Arequipa et Cusco, selon l’autorité chargée des transports terrestres, qui précise qu’il n’y a jamais eu autant de barrages routiers.

Un chien marche sur des barrages routiers mis en place par des manifestants anti-gouvernementaux à Desaguadero (Pérou), à la frontière avec la Bolivie, le 13 janvier 2023. (JUAN KARITA/AP/SIPA / SIPA)

Un chien marche sur des barrages routiers mis en place par des manifestants anti-gouvernementaux à Desaguadero (Pérou), à la frontière avec la Bolivie, le 13 janvier 2023. (JUAN KARITA/AP/SIPA / SIPA)

Le train pour le Machu Picchu, seul moyen d’accéder à la célèbre cité inca, était également toujours suspendu dimanche. Les syndicats locaux affirment que le secteur du tourisme perd jusqu’à sept millions de sols (environ 1,7 million d’euros) par jour en raison de la crise.  

L’aéroport international de Cusco a rouvert

L’aéroport international de Cusco, principal point d’entrée pour les touristes dans le sud du Pérou, a rouvert samedi, après deux fermetures en raison de la vague de violences et des manifestations qui secouent le pays. Le ministère du Transport souhaite ainsi relancer le secteur du tourisme dans cette région, l’une des principales sources de devises du pays.

L’aéroport de Cusco, qui gère le deuxième plus important trafic aérien au Pérou avec près d’une centaine de vols hebdomadaires reliant cette ville à la capitale, avait dû fermer le 12 janvier « préventivement », par crainte de l’intrusion de manifestants qui défilaient par milliers jeudi dans la ville. En décembre, il avait déjà suspendu ses opérations pendant cinq jours, bloquant des milliers de touristes.

Des élections anticipées en 2024 

Mi-décembre, Dina Boluarte a annoncé qu’elle voulait avancer les élections à 2024. « Aucune vie ne mérite d’être sacrifiée pour des intérêts politiques. Je réitère mon appel au dialogue et à la renonciation à la violence », avait lancé la présidente péruvienne sur Twitter, au lendemain de manifestations meurtrières qui se sont déroulées à Andahuaylas, à 750 km de Lima. 

« J’ai décidé de prendre l’initiative d’un accord (…) pour avancer les élections générales à avril 2024 », au lieu de 2026, a-t-elle ajouté, dans un message télévisé à la nation, pour tenter de calmer les manifestants. 

Une enquête ouverte contre la présidente

Dina Boluarte fait face, avec plusieurs hauts responsables, à une enquête sur la répression des manifestations anti-gouvernementales qui ont fait plus de 40 morts depuis décembre. La procureure de l’Etat, Patricia Benavides, a pris la décision « d’ouvrir une enquête préliminaire contre la présidente, Dina Boluarte, le président du Conseil des ministres, Alberto Otarola, le ministre de l’Intérieur, Victor Rojas, le ministre de la Défense, Jorge Chavez », a annoncé le parquet.

Cette enquête concerne des faits de « génocide, homicide qualifié et blessures graves, commis pendant les manifestations des mois de décembre 2022 et janvier 2023 dans les régions d’Apurimac, La Libertad, Punon, Junin, Arequipa et Ayacucho », a-t-il ajouté.

Pedro Castillo maintenu en détention pour 18 mois 

L’ex-président, Pedro Castillo, a été maintenu en détention pour une durée de 18 mois par une décision de la Cour suprême péruvienne, le 15 décembre. L’ancien chef de l’Etat restera donc en prison dans sa caserne située à Até (est de Lima). Il est incarcéré depuis sa destitution le 7 décembre, après une tentative ratée pour dissoudre le Parlement, qualifié de coup d’Etat manqué par ses adversaires.

Le parquet, rappelant que Pedro Castillo avait essayé de se réfugier à l’ambassade du Mexique après sa destitution, réclamait son maintien en détention jusqu’en juin 2024 en invoquant un « risque de fuite ». Poursuivi pour « rébellion » et « conspiration », l’ex-président encourt dix ans de prison, selon le procureur Alcides Diaz.

* Les liens suivis d’un astérisque renvoient vers des articles en espagnol.


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