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Festival : les fantômes juifs du cinéma germanophone

Une image extraite du film « La Ville sans juifs » (1924), de Hans Karl Breslauer.

Cela se passe en Europe. Montée du populisme et du nationalisme. Disqualification des élites. Haine de l’immigré. Flambées ­antisémites. Ombre du fascisme qui gagne le continent. On ne parle pas, à Dieu ne plaise, de l’Europe de 2018, mais de celle des années 1920. C’est au cœur de cette décennie que le Festival international du film de Vienne (qui s’est tenu du 25 octobre au 8 novembre), dirigé, depuis cette année, par Eva Sangiorgi, a extrait les douze films d’un programme proposé par les Archives du film autrichien, intitulé « Mondes juifs dans le cinéma muet germanophone ». Tandis que les pogroms, la révolution bolchevique et la première guerre mondiale provoquent un fort courant d’émigration des juifs de l’Est vers le monde occidental, le « juif » devient à cette époque la figure de l’altérité par excellence.

L’Autriche et l’Allemagne sont, de par leur position géographique, aux premières loges. La manière dont leur cinéma (la production et le marché germaniques sont poreux) représente ces nouveaux venus, si familiers par leur langue (le yiddish), si lointains par leur culture, est donc une question politiquement passionnante. On ne trouvera pas ici de performance esthétique ­majeure – sinon dans l’expressionnisme onirique de Paul Wegener (Le Golem, 1920) ou dans l’extraordinaire modernité de jeu et l’art de la composition plastique de Carl Theodor Dreyer (Aimez-vous les uns les autres, 1922).

Le corpus témoigne en revanche d’une réelle diversité de ­genres. Biopic politique (Theodor Herzl, étendard du peuple juif, d’Otto Kreisler, 1921), drame historique orientalisant à grand spectacle (Nathan le sage, de Manfred Noa, 1922), mélodrame d’entre-deux mondes (Das alte Gesetz, « La Vieille Loi », d’Ewald André Dupont, 1923), ­fiction dystopique (La Ville sans juifs, de Hans Karl Breslauer, 1924), comédie viennoise ­contem­poraine (Réunion familiale chez les Prellstein,…


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