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« Aga » : un regard contemplatif sur les Iakoutes

Mikhail Aprosimov dans « Aga », de Milko Lazarov.

Mikhail Aprosimov dans « Aga », de Milko Lazarov. NEUE VISIONEN FILMVERLEIH / ARIZONA DISTRIBUTION

L’avis du « Monde » – pourquoi pas

Bientôt cent ans après le triomphe de Nanouk l’Esquimau, documentaire réalisé en 1922 auprès et avec des Inuits par l’Américain Robert Flaherty, le Bulgare Milko Lazarov imagine, en terre sibérienne, cette fois chez les Iakoutes, une sorte de suite-hommage à cet ancêtre du document filmé. Dans le même esprit du documentaire joué et de la célébration d’un monde en péril, Lazarov confie à des amateurs et des professionnels le soin d’interpréter cette fiction minimaliste et laconique, filmée en trente-cinq millimètres dans la somptueuse blancheur du Grand Nord.

Au premier chef, Nanouk et Sedna, vieux couple de pêcheurs vivant avec leur chien dans une yourte, d’autant plus isolés que les enfants les ont quittés. Mais Nanouk se fait vieux, et la subsistance est difficile. Le fils passe en coup de vent, la fille est plus loin, travaillant dans une mine de diamant à ciel ouvert, ce que son père ne lui a jamais pardonné.

D’une indéniable beauté plastique, « Aga » n’en demeure pas moins limité par son parti pris ultracontemplatif

La symphonie des blancs mêlant la terre et les cieux, les cadres résolument fixes et frontaux, la rareté de la parole, les légendes racontées, le son de la guimbarde, participent d’une exaltation du monde primitif dont chaque incursion du monde moderne (motoneige, tache noire, avions dans le ciel) semble sonner le glas.

Tel est d’ailleurs l’enjeu fictionnel du film, qui voit le père s’extirper de sa solitude et se mettre lentement en marche pour tenter de rejoindre la fille qu’il avait bannie. D’une indéniable beauté plastique, Aga n’en demeure pas moins limité par son parti pris ultracontemplatif et son refus de la trivialité, qui transforment ses personnages en pures icônes. Le souvenir du si vivant Dersou Ouzala (1975), d’Akira Kurosawa, ou le travail plus ethnographique, mais formidablement inventif, d’Anastasia Lapsui et Markku Lehmuskallio chez les Nenets (Sept chants de la toundra, 2001) s’imposent ici à la mémoire.

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Film bulgare de Milko Lazarov. Avec Mikhail Apromisov, Feodosia Ivanova, Galina Tikhonova (1 h 37). Sur le Web : www.arizonafilms.fr/films/aga

Jacques Mandelbaum

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