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Reprise : Carol Reed, peintre des ruines européennes

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Orson Welles dans « Le Troisième Homme » (1939), de Carol Reed.

Orson Welles dans « Le Troisième Homme » (1939), de Carol Reed. TAMASA DISTRIBUTION

Jeune (il est né en 1906) cinéaste prometteur au début des hostilités, Carol Reed a passé la seconde guerre mondiale derrière une caméra du War Office britannique. On peut voir sur YouTube The True Glory, spectaculaire film de montage sur la campagne de Normandie sorti en 1945, qu’il a réalisé avec l’Américain Garson Kanin. A l’image de certains de ses collègues réalisateurs-combattants américains (John Huston, George Stevens), l’expérience de la guerre devait conduire Carol Reed vers les recoins obscurs de la condition humaine. La noirceur magnifique de ses films d’après-guerre, dont trois – Première désillusion/The Fallen Idol, Le Troisième Homme/The Third Man, et L’Homme de Berlin/The Man Between – ressortent en salle, en firent, pendant quelques années, l’un des réalisateurs les plus célébrés au monde. La suite de la carrière de Carol Reed a rendu presque incompréhensible cette réputation. La (re)découverte des deux premiers longs-métrages cités devrait lui redonner son statut de grand cinéaste.

Première désillusion/The Fallen Idol est sorti un an après le premier grand succès d’après-guerre de Carol Reed, Huit heures de sursis/Odd Man Out, mise en scène de la cavale d’un militant de l’IRA à Belfast, après qu’il a commis un hold-up sanglant. Dans le rôle principal, James Mason incarne un homme miné par ses dilemmes moraux, blessé dans sa chair et son esprit.

C’est peut-être le traitement de cette thématique catholique qui a attiré l’attention de Graham Greene, auteur du script de Première désillusion/The Fallen Idol. Pour Carol Reed, le romancier (mais aussi critique de cinéma et scénariste) a fait mieux qu’adapter une de ses nouvelles, The Basement Room, il l’a réécrite. L’idole déchue du titre n’est que Baines, le majordome de l’ambassade de France à Londres. Mais, aux yeux de Philippe (Bobby Henrey), le fils délaissé de l’ambassadeur, Baines est un surhomme. Lorsque l’enfant est le témoin de la liaison adultère entre Baines et une employée française de la chancellerie (Michèle Morgan) et de ses conséquences catastrophiques, il est pris dans une spirale de mensonges qui le précipite dans une fuite éperdue dans les rues à peine éclairées de Londres, la nuit.

« Le Troisième Homme » est resté célèbre pour son thème musical et pour la présence spectrale d’Orson Welles

Dominé par l’interprétation prodigieuse de Ralph Richardson (contemporain et égal de Laurence Olivier et John Gielgud), Première désillusion/The Fallen Idol combine avec une réussite inattendue la mécanique dramatique d’un romanesque savant et pervers et un réalisme halluciné qui fait de la ville plus qu’un décor, le reflet monstrueux, envahissant, des tourments des personnages.


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