Chronique d’une liaison passagère, Babi Yar. Contexte, Coup de théâtre : Les nouveautés au cinéma cette semaine

Ce qu’il faut voir en salles.

L’ÉVÉNEMENT
CHRONIQUE D’UNE LIAISON PASSAGERE ★★★☆☆

De Emmanuel Mouret

L’essentiel

Emmanuel Mouret ausculte de nouveau la fragilité du couple, à travers le récit d’un adultère mis à l’épreuve de sa prétendue fugacité. Une comédie romantique d’une grande intelligence.

Après le touffu Les choses qu’on dit, les choses qu’on fait qui osait avec intelligence le récit choral, Emmanuel Mouret chantre d’un romantisme mis à l’épreuve du contemporain comme du passé, sonde ici les mystères qui régissent les élans du cœur. Tout autour des amants (Sandrine Kiberlain, Vincent Macaigne, parfaits), le monde n’existe que s’il renvoie les signes appropriés donc exclusifs. Chez Mouret, les tableaux dans un musée ou la décoration d’une chambre à coucher, ajoutent ainsi un commentaire au discours amoureux. Quant à la parole, elle se bat pour être synchrone aux faits et gestes. Mais les corps en présence peuvent démentir ce qui avait été défini et promis oralement (cf. Rohmer). Et lorsqu’un troisième corps entre en jeu (Georgia Scalliet, épatante), l’équilibre déjà précaire, se retrouve remis en cause. Dès lors, la chronique quitte les rives de la fausse légèreté pour entrer en gravité et Mouret prouve une nouvelle fois qu’il est le roi incontesté de la comédie romantique.

Thomas Baurez

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PREMIÈRE A ADORE

BABI YAR. CONTEXTE ★★★★★

De Sergei Loznitsa

Babi Yar c’est le nom d’un ravin ukrainien où, en septembre 1941, les nazis tuèrent par balles plus de 33 000 juifs de la région. Très vite les SS tentèrent d’effacer les traces de leur forfait, puis des années plus tard, ce sont les soviétiques qui bâillonnèrent la mémoire locale en comblant le lieu de déchets industriels. Parce qu’il n’existe aucune image du crime, Sergei Loznitsa voulait au départ réaliser un film de fiction, mais devant l’immensité de la tâche, il opte finalement pour un collage fulgurant d’archives allemandes et soviétiques (en rajoutant du son en postprod) qui ausculte non pas le plus grand massacre de la Shoah par balles, mais son contexte expliquant notamment comment les juifs ont été rayé d’un territoire. Rappelant l’incroyable puissance du cinéma, Loznitsa parvient ainsi à raconter comment les Allemands, les Russes et certains Ukrainiens ont organisé le silence autour de cet indicible événement.

Gaël Golhen

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

FIRE OF LOVE ★★★★☆

De Sara Dosa

Katia et Maurice Krafft n’ont pas vingt-cinq ans, à la fin des années 60 quand ils partent – appareils photos et caméras en bandoulière – à la rencontre de l’Etna, du Stromboli, puis du Nyiragongo congolais ou du Mont Saint Helens aux États-Unis. Ils crapahutent, tournent, photographient, écrivent, se gèlent, se brûlent, se perdent, ramènent des images hors normes, ahurissantes. Plusieurs décennies plus tard, leurs films deviennent un autre film, qui s’efforce, derrière les images de clapotis de lave et de fumées tueuses, de capter les traces de leur histoire d’amour. Le goût 21ème siècle pour le documentaire peut prendre diverses formes, Fire of Love appartient au genre « Archives », où l’exploration est celle d’une matière déjà filmée, enregistrée, dans laquelle il s’agit de plonger tête baissée dans l’espoir d’en extraire une découverte. Les Krafft ont laissé des centaines d’heures de rushes, et c’est ce magma d’images fossiles que Sara Dosa investit pour y mettre en scène sa quête du moindre signe, du moindre geste qui pourraient raconter de quel bois ces gens étaient faits et sur quoi leur amour reposait. Les secrets resteront secrets, on ne saura rien avec certitude mais on ressentira tout avec émotion, le vertige, le gouffre, la sidération, la stupeur, les vagues de lave qui éclaboussent, les montagnes qui explosent comme des bombes H et nous dévalent dessus, en trouvant ça d’une beauté sublime.

Guillaume Bonnet

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JEUNESSE EN SURSIS ★★★★☆

De Kateryna Gornostai

Ce premier long de l’Ukrainienne Kateryna Gornostai, Ours d’argent 2022, s’inscrit pleinement dans le genre du teen movie. Mais un teen-movie voluptueux, sans pom-pom girls ni cheerleaders, qui fait la part belle aux lents mouvements de caméra, si délicats, aux plans serrés sur des visages à fleur de peau, aux chambres d’ado colorées comme aux salles de classe plutôt fades, aux tchats sur Instagram comme aux scènes de slow et de techno au bal de fin d’année.  Le film raconte les émois de plusieurs lycéens ukrainiens, à l’aube de l’âge adulte et des études supérieures, tous réunis dans la même classe. À mesure que le film avance, un trio d’amis, un peu marginaux, surtout inséparables, se détache du film et éblouit l’écran. On observe leurs déboires, leurs sentiments, cette sensation troublante d’être ado. Tout y passe, l’avenir, le sentiment amoureux, celui amical, les parents, la culpabilité, la solitude, l’anxiété. La réalisatrice brouille les pistes. On se sait plus trop bien si ce sont les vrais adolescents qui parlent ou leurs personnages. La fiction se donne alors des allures de documentaire. Et trouve un écho politique singulier dans le contexte actuel.

Estelle Aubin

PREMIÈRE A AIME

COUP DE THEÂTRE ★★★☆☆

De Tom George

En 1952, Agatha Christie créait La Souricière, pièce de théâtre policière dont l’ombre plane sur ce Coup de théâtre, situé dans le West End des années 50, qui s’ouvre sur la préparation de son adaptation sur grand écran interrompue par l’assassinat du réalisateur hollywoodien censé la diriger. Le point de départ d’un whodunit qui n’aura de cesse de jouer ouvertement avec les codes du genre, prenant un malin plaisir à annoncer tout ce qui est censé se pour mieux tout déconstruire. Coup de théâtre évolue sur un fil entre humour so british et suspense prenant. Et à l’écran, son casting quatre étoiles (Saoirse Ronan, Sam Rockwell, Brody) se régale à évoluer dans ce film explorant aussi les coulisses du théâtre britannique de l’époque et à distiller dans leurs interprétations cette théâtralité indispensable au propos. Ca cabotine à tous les étages et c’est rudement bon !     

Thierry Cheze

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THE RETALIATORS ★★★☆☆

De Samuel Gonzalez Jr. et Bridget Smith

Ça commence comme un film de Noël. Un gentil pasteur veuf et ses deux filles achètent un sapin, et on bascule très vite dans un underworld plein d’horreurs, avec une guerre entre Hell’s Angels concurrents et une version du vigilantisme… originale, disons, mais mieux vaut ne pas trop en révéler. Car The Retaliators est bel et bien une jolie surprise : enfin, « jolie », tout est relatif, car c’est un film très violent, complètement tordu et complètement réussi, dans son style nourri à Rob Zombie. Petit bonus à la présence de Tommy Lee (oui, l’ex de Pamela) qui fait un caméo en tant que DJ d’un club de striptease. « What kind of backyard bullshit is this ? » s’exclame un personnage (« c’est quoi ces conneries de bled paumé ? » dit le sous-titrage) lors du climax incroyablement taré. Si le « backyard bullshit » était un genre de film d’horreur en soi, The Retaliators serait effectivement un de ses sommets.

L’ENERGIE POSITIVE DES DIEUX ★★★☆☆

De Laetitia Moller

Première scène du film : quelques jeunes hommes, sur scène, griffent des guitares, tapent du pied, ragent leur slam au micro. Dans les coulisses, l’un d’entre eux, Christophe, le tuteur, s’exalte : « Vous allez vivre une expérience exceptionnelle ». Promesse tenue. Soixante-dix minutes durant, quatre jeunes autistes d’un institut médico-éducatif francilien enchaînent les concerts et les répétitions, telles des rock-stars marginales, sûres de leur art, quoiqu’un peu farouche. Sur scène, à chaque fois, c’est la consécration. Les quatre protagonistes, filmés en plan serré, se révèlent par-delà leur handicap, déclamant des mots féroces, obsessionnels, terriblement poétiques. Touchants. Seul hic : le documentaire manque de scènes plus longues, plus silencieuses et de vrais plans d’ensemble plus travaillés en termes de réalisation.

Estelle Aubin

IL ETAIT UNE FOIS PALILULA ★★★☆☆

De Silviu Purcarete

Habitué à dénicher des pépites passées sur le radar, E.D. Distribution frappe fort avec ce film roumain de 2012, inédit chez nous. Une fresque de 2h30, croisement entre L’Ange exterminateur de Buñuel et les premiers Kusturica. L’action se déroule au cœur des années 60 dans le village balkanique de Palilula, perdu au milieu de nulle part. Et le « Il était une fois… » du titre ne ment pas. Silviu Purcarete, venu du théâtre, a choisi la forme du conte. Un conte baroque, foisonnant, tonitruant où des cymbales tziganes côtoient joyeusement un air d’opéra de Verdi et aux personnages haut en couleurs, prisonniers d’un lieu d’où il est impossible de s’échapper ! Comment crée du collectif dans ce monde sous cloche où absurdité et surnaturel règnent en maître ? Derrière le geste artistique flamboyant, pointe la réflexion politico- sociale à la moquerie savoureuse. Purcarete n’a réalisé aucun film depuis ce qui était son tout premier. Puisse ce nouvel éclairage l’inciter à s’y remettre !

Thierry Cheze

FEU FOLLET ★★★☆☆

De Joao Pedro Rodrigues

Alors que le Roi du Portugal – revenu donc ici une monarchie – agonise dans son lit, les souvenirs de sa jeunesse et en particulier de sa rencontre avec un pompier qui avait fait grimper au plus haut chez lui la température du désir. Ainsi peut on résumer la trame de film hors norme signé par Joao Pedro Rodrigues (L’Ornithologue) qui n’aime rien tant que s’en affranchir. Une comédie musicale fantastique queer, très cul et très cru visuellement éblouissante mais qui flirte parfois avec l’exercice de style. Un geste virtuose mais excluant pour qui n’est pas familier avec son travail.

Thierry Cheze

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

CITOYEN D’HONNEUR ★★☆☆☆

De Mohamed Hamidi

Prix Nobel de littérature vivant à Paris, Samir Amin refuse les invitations qui lui sont faites pour le célébrer. Sauf une… dans la petite ville algérienne où il est né et qui souhaite le faire citoyen d’honneur. Un retour compliqué car il s’y retrouve confronté à ceux dont il s’est inspiré dans ses livres et à la situation politique électrique du pays. Mohamed Hamidi (La Vache) remake ici le Citoyen d’honneur (2015) de Mariano Cohn et Gaston Duprat où il était question d’un auteur argentin exilé en Europe. Mais plus que la localisation géographique, c’est le ton qui change. La comédie sociale grinçante laisse place à un film soucieux avant tout de créer de l’émotion. Le résultat se révèle plus attachant mais aussi plus mièvre, rendant très capillotractés les moments où la violence soudain surgit, faute d’avoir su mettre en œuvre cette montée en puissance. A réserver donc à ceux qui n’ont pas vu l’original.

Thierry Cheze

107 MOTHERS ★★☆☆☆

De Péter Kerekes

Inspiré par des histoires douloureusement vraies, 107 mothers nous plonge au cœur d’une prison d’Odessa en Ukraine et de la règle stricte qui domine les lieux et veut que toute mère ayant accouché entre ses murs n’a que deux options lorsque l’enfant atteint ses trois ans : le confier à un membre de sa famille prêt à le recueillir ou le placer en orphelinat. Le récit se concentre sur le cas d’une de ces mamans, Lyesa, qui va tout tenter pour éviter d’être séparée de son fils. Le thème est fort mais, dans l’équilibre qu’il ambitionne en permanence entre documentaire et fiction, Péter Kerekes a parfois tendance à s’y perdre, à force de vouloir trop traiter de choses dans les 90 minutes imparties. Au lieu de se concentrer sur les seules détenues, on passe par exemple beaucoup de temps avec une gardienne, personnage qui mériterait un film en elle- même et dont on ne saura jamais ici vraiment pourquoi elle s’attache plus à Lyesa qu’à une autre. Voilà pourquoi en dépit de scènes puissantes (un face- à- face au parloir entre Lyesa et sa belle- mère) et son sujet passionnant, 107 mothers laisse un sentiment d’inachevé.

Thierry Cheze

LOS SONAMBULOS ★★☆☆☆

De Paula Hernàndez

Enième film de famille dans la belle maison de vacances, un genre qui sous toutes les latitudes fonctionne à peu près de la même manière. Et on ne peut pas dire que ces somnambules brillent par leur originalité dramatique. Tout y passe : crise du couple, rancœurs enfouies, trahisons, conflit de génération… Avec en supplément, une jeune héroïne au regard bleu perçant qui fera, le temps d’un été, sa mue. Ce beau monde glisse doucettement vers un final aussi explosif qu’attendu. Alors ? La moiteur argentine dépayse un peu le cinéphile français qui trouvera sûrement à son goût la mise en scène très efficace de Paula Hernandez. La caméra au plus près de corps joue la carte d’une sensualité contrariée par un hors-champ qui s’assombrit peu à peu. Pour le reste, pas de quoi donc se réveiller la nuit. 

Thomas Baurez

A PROPOS DE JOAN ★★☆☆☆

De Laurent Larivière

Lorsqu’au départ, Isabelle Huppert (Joan) s’adresse à la caméra pour annoncer le programme à venir (en gros : le passé accroché à la mémoire n’est pas fiable), on ne sait pas trop qui nous parle. Mais on se laisse porter, prêt à croire à cette présence qui prend les traits de Swann Arlaud et Dimitri Doré (Bruno Reidal), à ce poulpe géant qui menace d’engloutir de plaisir Florence Loiret-Caille. Au centre Joan Huppert voit revenir à elle un amour perdu et des fantômes. Elle reste silencieuse pour ne pas révéler des blessures secrètes. Le film essaie de parler pour elle. Trop peu à notre goût.

Thomas Baurez

TOUT FOUT LE CAMP ★★☆☆☆

De Sébastien Betbeder

Ici, Alice s’appelle Thomas (Scimeca) et le pays des merveilles ressemble à la Picardie. A partir du moment où le récit choisit les itinéraires bis avec l’absurde comme oxygène, il convient de se raccrocher à quelque chose. Thomas, journaliste à la traîne doit faire le portrait d’un musicien (Usé) engagé dans la vie politique. C’est à partir de là que ça déraille sévère. Sébastien Betbeder avait déjà signé Le Voyage au Groenland en 2016.  Il retrouve ici cette faculté à faire éclore des bons sentiments à partir d’un sol en friche. C’est coloré, un rien abscons, toujours tendre.

Thomas Baurez

Et aussi

A vendredi, Robinson de Mitra Farahani

Canailles de Christophe Offenstein

Don Sauvage de Zacharie Heyblom- Taliercio et Vladimir Auque

Le tigre qui s’invita pour le thé, programme de courts métrages

Transe, de Emilio Belmonte

Vendhu Thanindhathu Kaadu, de Gautham Vasudev Menon


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