Amsterdam, Close, Mascarade : Les nouveautés au cinéma cette semaine

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
AMSTERDAM ★★★☆☆

De David O’Russell

L’essentiel

Margot Robbie, Christian Bale et John David Washington mènent le bal d’un film à la complexité ambitieuse et à la mise en scène extravagante mais qui, à partir dans tous les sens, finit de temps à autre par se perdre

Burt et Harold (Christian Bale et John David Washington) sont deux vétérans de la première guerre mondiale qui les a abimés physiquement. Soignés un temps par Valérie (Margot Robbie), une infirmière aussi belle que libre, ces trois amis ont fui vers Amsterdam où ils soignèrent leurs blessures physiques et morales et scellèrent un pacte d’amitié éternelle.  Une dizaine d’années plus tard, le temps a fait son affaire et fait exploser le trio. Quand le film commence, Burt et Harold se retrouvent chargés d’enquêter sur le mystérieux décès d’un de leur ancien commandant… Et ce qu’ils vont trouver n’est pas rose. Complots, mafieux demeurés, et richissimes aristocrates : tout s’emmêle dans une intrigue effrénée et (peut-être trop) gourmande. David O.Russell est coutumier du fait, et par bien des aspects, il tente de nous refaire le coup d’American Bluff en nous perdant dans son intrigue folle. Ici la comédie romantique pointilliste et la galerie de personnages hauts en couleur bifurquent vers le polar fifties, avant de s’orienter vers l’aventure échevelée pour mieux se dissoudre dans la fantaisie historico-politique . Au fond, ce que cherche d’abord O.Russell c’est à divertir pour mieux raconter les vices d’un demi-siècle qui ressemble étrangement au nôtre. Et tisser sa morale : vétérans séditieux, totalitarisme en embuscade, conspirations en tous genres… Face à l’irrésistible montée du mal, seul l’art, la beauté et l’amitié peuvent nous sauver rappelle le cinéaste.

Pierre Lunn

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PREMIÈRE A AIME

CLOSE ★★★☆☆

De Lukas Dhont

Après sa Caméra d’Or pour Girl, Lukas Dhont a fêté son entrée en compétition avec un Grand Prix du Jury pour ce Close qui a pu laisser de marbre certains chez Première. Pourtant, Dhont y prouve une fois encore son aisance sur le terrain du mélo pudique, conscient que la force émotionnelle de l’épreuve vécue par ses personnages serait trahie par toute dérive larmoyante. Le cinéaste installe ici très vite le lien qui unit ses héros, deux mômes de 13 ans. Une amitié fusionnelle qui leur vaut d’être pointés du doigt par certains de leurs camarades. Ce qui crée peu à peu une distance entre eux deux. Léo s’éloigne et Rémi ne comprend pas, souffre, enrage, avant de ne plus supporter de vivre. Close devient alors un film sur la culpabilité de celui qui reste et Dhont joue des ellipses pour ne jamais verser dans l’insoutenable. Et comme il l’avait fait avec Victor Polster dans Girl, il révèle deux jeunes comédiens saisissants de justesse, Eden Dambrine et Gustav de Waele.

Thierry Cheze

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HARKA ★★★☆☆

De Lofty Nathan

En 2011, en s’immolant par le feu à 26 ans, le tunisien Mohamed Bouazizi, vendeur ambulant poussé à bout après la n-ième confiscation de son outil de travail allait déclencher un mouvement de révolte, à l’origine du Printemps Arabe. Onze ans après, ce premier long de fiction de Lofty Nathan dresse un triste constat : rien n’a changé pour la jeunesse de ce pays. A l’image de son héros, vivant de la contrebande d’essence, rêvant de fuir vers l’Europe mais rattrapé par la réalité :  ses deux sœurs menacées après la mort de son père. Harka raconte l’histoire d’un jeune homme paisible que la succession d’humiliations et de frustrations pousse vers la violence, dans un geste de cinéma limpide que le choix du 35 mm et une mise en scène inventive éloignent du simple film à sujet. Et ce d’autant plus qu’il est porté par un immense acteur : Adam Bessa, primé à Un Certain Regard à Cannes

Thierry Cheze

LE MONDE DE KALEB ★★★☆☆

De Vasken Toranian

Il y a les familles dont on hérite et celles qu’on se crée. Celle de Kaleb, le jeune héros de ce docu, est à cheval entre les deux. Il y a sa mère, Betty, femme de ménage sans papiers ayant fui l’Ethiopie qui a rencontré son père dans un camp de migrants avant qu’il se fasse la malle. Et puis il y a Mehdi, le grand frère de substitution et Jean- Luc, tailleur autodidacte qui s’est pris d’affection pour lui. Ce film raconte l’histoire de ces quatre cabossés de l’existence qui, en se rencontrant, vont panser leurs blessures grâce à cette attention portée les uns aux autres. Le Monde de Kaleb est un voyage vers un horizon dégagé, celui de l’obtention des papiers de Betty, au fil de rebondissements ubuesques comme seule l’administration. Toranian célèbre l’amour et la puissance de la résilience dans un geste jamais mièvre ou larmoyant. Son empathie jamais intrusive vous submerge d’émotion.

Thierry Cheze

JACKY CAILLOU ★★★☆☆

De Lucas Delangle

Quelque part dans les Alpes, le jeune Jacky va hériter des pouvoirs de magnétisme de sa grand-mère qui s’apprête à partir pour l’au-delà. L’univers franchouillard (le côté « Jacky ») et chthonien (le côté « Caillou ») évoqué dans la première partie du film est très excitant. On part soigner en quad les bêtes malades des paysans voisins. On nourrit ses pouvoirs de guérison magique par l’ingestion de foie cru. Et il flotte une atmosphère de fin des temps dans ces montagnes. La sincérité et l’authenticité, il y en a énormément dans Jacky Caillou, mais le film coince parfois en se laissant ligoter par une esthétique trop timide, en n’osant pas assez s’aventurer vers un monde magique et monstrueux. Là où Petit paysan d’Huberr Charuel réussissait brillamment la vivisection du « film-Fémis », Jacky Caillou porte sans doute encore trop de stigmates scolaires, indéniablement extrêmement prometteur mais trop dépendant de ses modèles et de son moule.

Sylvestre Picard

COMEDY QUEEN ★★★☆☆

De Sanna Lenken

A quoi ça tient, un bon film coming-of-age ? Dans le cas de Comedy Queen, qui nous vient de Suède, vraiment pas à ses petits chichis de réalisation comme ses effets de montages musicaux pas top et sa structure littéraire trop visible (c’est une adaptation d’un roman). Mais d’abord et surtout au talent de l’épatante Sigrid Johnson, qui joue une ado de 13 ans tentant d’apprivoiser le deuil de sa mère en devenant une star du stand up pour faire rire son père de nouveau. Le mélo est aussi magnifié par la présence sur la playlist et dans l’intrigue de Take Me Home, Country Roads de John Denver -difficile de résister à ce classique qui projette un peu de sa lumière dans Comedy Queen., qui rejoint ainsi les « Country Roads Movies » comme Dark Waters, Si tu tends l’oreille de Ghibli ou Alien : Covenant. Tous en chœur : « West Virginiaaaaaa »…
Sylvestre Picard

LE SERMENT DE PAMFIR ★★★☆☆

De Oleksandr Yatsentyuk- Sobchuk

On n’échappe pas à son passé. Tel pourrait être le sous- titre de ce premier long ukrainien (découvert à la Quinzaine des Réalisateurs, en mai dernier) dont le héros, véritable force de la nature sur pattes, de retour auprès de sa femme et de son fils après de longs mois d’absence, va devoir renouer avec ses activités de contrebandier qu’il pensait avoir définitivement enterrées pour rembourser le préjudice lié à un incendie déclenché par son fils. Le Serment de Pamfir impressionne tant par le côté implacable de son scénario que par la richesse de ses plans- séquences qui font de la caméra un personnage à part entière. Cette rigueur d’écriture et de réalisation permet au récit d’évoluer entre plusieurs genres (thriller, comédie absurde, action voire folk horror) sans jamais se perdre et nous perdre, et de maintenir intact jusque dans sa dernière ligne droite un suspense prenant.

Thierry Cheze

SEULE LA JOIE ★★★☆☆

De Henrika Kull

Une blonde et une brune dans un bordel, plutôt joyeux, de Berlin. Le long-métrage de Henrika Kull a des airs de Mulholland Drive, mais version Melancolia Drive. L’une, Sascha, est blonde donc, travaille depuis plusieurs années dans cette maison close, a une clientèle fidèle, un amoureux par ci par là, une aura évidente. L’autre, la brune, Maria, est la nouvelle recrue, plus jeune, tatouée, queer farouche et assumée. Les deux femmes se regardent d’abord, s’étreignent vite, et tombent en amour. Les cœurs et les corps se libèrent. Puis viennent les doutes, les incompréhensions, ou les égos mal placés. Et une mélancolie planante, pleine de tendresse, qui colle à merveille à la douce lenteur des plans et aux couleurs des images. Triomphent au final la sororité et la beauté, des gestes, des sentiments. Des femmes surtout. 

Estelle Aubin

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

MASCARADE ★★☆☆☆

De Nicolas Bedos

Sur la Riviera, un ancien danseur se fait entretenir par une ancienne star du cinéma. De son côté Margot couche régulièrement avec de riches notables pour payer son loyer… Ensemble, ils vont mettre en place un plan diabolique. Leur but ? Partir sur un yacht ou simplement avoir le pouvoir. Difficile de ne pas penser à Sans filtre devant Mascarade le nouveau jeu de massacre orchestré par Nicolas Bedos. Mais là où la fable d’Östlund filait droit vers son but et déroulait son programme sur un tempo infaillible, Bedos se perd régulièrement en route. Le problème vient du fait que le réalisateur hésite entre plusieurs films la grande oeuvre méta sur une actrice vieillissante, le film d’arnaque façon Assurance sur la mort, le film de procès… Certains segments sont parfaitement ouvragés et le casting chromé impressionne. Pourtant, sans colonne vertébrale, avec ses dialogues outranciers et ses rebondissements forcés, Bedos finit par laisser son spectateur en plan avec ses personnages un peu moches, un peu lâches et globalement repoussants.

Gaël Golhen

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X ★★☆☆☆

De Ti West

Ti West met en scène à la fin des 70’s, l’équipe de tournage d’un film de fesses qui loue une maison isolée au fin fond du Texas, dont les proprios, un couple de personnes âgées, n’ont pas l’air d’avoir toute leur tête… Film de trouille semi-gore mais dépourvu de tension, X tente de sauver les meubles en payant son hommage à Massacre à la tronçonneuse, et en se repaissant de son dispositif un rien lourdingue (un slasher qui ferait fait semblant d’être une réflexion sur le genre pour s’excuser de ne jamais filer les chocottes). On serait même à deux doigts de la sieste si Mia Goth fascinante, ne maintenait pas notre attention dans un double rôle. Et malgré tous ses défauts, X parvient à imprimer quelques visions troublantes autour du tabou de la sexualité du quatrième âge, et dans sa façon de frictionner le porno et l’horreur.

François Léger

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PREMIÈRE N’A PAS AIME

VOUS N’AUREZ PAS MA HAINE ★☆☆☆☆

De Kilian Riedhof 

Dans la roue de Revoir Paris et Novembre, Vous n’aurez pas ma haine revient sur les attentats du 13 novembre 2015, le cachet officiel « histoire vraie » en plus : celle d’Antoine Leiris, qui a perdu sa femme au Bataclan et publié sur Facebook un message destiné aux terroristes, devenu viral jusqu’à faire la une du Monde. Pierre Deladonchamps, robotique – mal dirigé ? -, incarne donc cet homme qui erre dans son appartement à la recherche du fantôme de l’amour de sa vie (Camélia Jordana, éthérée et sublime) et peine à maintenir le lien avec son jeune fils. L’Allemand Kilian Riedhof adapte sans réel point de vue le bouquin que Leiris a tiré de son expérience. Tout sonne étrangement faux, et le film ne fait qu’effleurer par instants son vrai sujet : la part d’égocentrisme dans le deuil.

François Léger

UNE ROBE POUR MRS HARRIS ★☆☆☆☆

De Anthony Fabian 

Voilà un film à réserver aux amateurs de guimauve ! Les bons sentiments dégoulinent en effet tout au long de cette adaptation d’un roman de 1958 de Paul Gallico, centré sur une femme de ménage britannique qui, tombée en admiration devant la sublime robe Dior d’une de ses richissimes clientes, réunit l’argent pour s’en offrir une et entreprend, dans l’après- guerre, un voyage jusqu’aux bureaux du prestigieux couturier. On a beau adorer Lesley Manville et voir dans sa présence un clin d’œil à Phantom thread, elle ne peut lutter face à la faiblesse insigne d’un scénario englué dans les clichés (tant sur la lutte des classes que sur la vision de Paris) sans jamais réussir à les détourner. On se croirait dans un épisode flashback d’Emily in Paris (Lucas Bravo est même de la partie !) et on se demande ce que le cast français (Isabelle Huppert en tête) est venu faire dans cette galère.

Thierry Cheze

Et aussi

Arvor de 2 à 5, de Corentin Doucet et Corentin Massiot

Les choses qui nous échappent de Patrick Milani

Connexion sauvage de Vincent Rannou

Entre ciel et terre de Michal Kondrat

Piggy, de Carlota Martinez- Pereda

Redanserons- nous la gavotte ?, de Philippe Guilloux

Super Z, de Julien de Volte et Arnaud Tabarly

Les reprises

L’Ange rouge, de Yasuzo Masumura

Tatouage, de Yasuzo Masumura

Tourments, de Luis Bunuel


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