20 ans de 8 Mile : Eminem, un acteur inné

En 2002, le rappeur crevait l’écran dans ce film inspiré par sa vie. Avec le réalisateur Curtis Hanson, ils racontaient cette aventure dans Première, dont il faisait aussi la une.

8 Mile est sorti aux Etats-Unis le 8 novembre 2002. Le film vient donc de fêter ses 20 ans ! En France, il a fallu patienter quelques semaines avant qu’il ne sorte en salles, fin février 2003. Ce qui lui a largement laissé le temps d’arriver chez nous en figure de « phénomène », fort de ses 116 millions de dollars de recettes amassées aux Etats-Unis. Précédé d’excellentes critiques, il a alors enregistré 2,2 millions d’entrées chez nous.

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Un vrai succès, sur lequel Première avait misé en offrant à Eminem la couverture du numéro de janvier, avant de partager notre avis sur le film (à trois étoiles) le mois suivant. Mathieu Carratier y faisait part de son admiration pour le jeu d’acteur du rappeur, particulièrement juste et fascinant à l’écran : « D’une belle sobriété, la mise en scène de Curtis Hanson (le célèbre réalisateur de L.A. Confidential, disparu en 2016, ndlr) ne lâche pas son personnage principal. Littéralement – et c’est logique – habité, Eminem offre une performance intense qui sert de clé de voûte au film. Pour vous donner une bonne idée de la prestation, Hanson aurait pu se contenter de filmer son regard pendant deux heures. Le résultat aurait été  tout aussi passionnant. » Il soulignait aussi que cette réussite n’était pas forcément évidente sur le papier, « la vie d’Eminem sentant la méchante opération commerciale après les produits dérivés cinéma de Mariah Carey et Britney Spears. (…) Soyez tout de suite rassurés : pas de Glitter à l’horizon, plutôt une chronique sociale autour d’un phénomène culturel underground, les battles, affrontements vocaux où les opposants ont 45 secondes pour s’éliminer à coup de rimes ultravirulentes. L’originalité du film réside dans la représentation de cette discipline, particulièrement lors d’un final d’une rare énergie. » Sans compter qu’Eminem était bien entouré : Kim Basinger, Michael Shannon, Anthony Mackie et bien sûr la regrettée Brittany Murphy ont su briller à ses côtés, même dans des rôles parfois très secondaires.

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Un mois plus tôt, le même journaliste racontait la création de 8 Mile, avec des anecdotes des principaux intéressés à l’appui. Expliquant que ce projet était « né d’une conversation entre le producteur Brian Grazer et Jimmy Lovine, vice-président du label Interscope (qui héberge un certain Eminem), alors qu’ils se remémoraient le bon vieux temps et des films comme La Fièvre du samedi soir ou Purple Rain », 8 Mile était né avant même que le rappeur ne devienne une star : en 2000, repéré lors de sa prestation aux MTV Music Awards, avant qu’il ne sorte son deuxième album. Le scénariste Scott Silver raconte ainsi : « Il n’était pas encore la star, le phénomène culturel qu’il est devenu. Il fallait que je parvienne à le convaincre que, même si je venais d’un monde totalement différent du sien, j’allais être capable de lui rendre justice, d’être honnête et fidèle à ses expériences. Je suis parti en tournée avec lui et j’ai mené un grand nombre d’interviews avec ses amis les plus proches, son manager… J’en ai tiré des anecdotes sur lui, mais aussi sur le monde qui l’entoure, Detroit, le hip-hop… » Paul Rosenberg, justement chargé de représenter Eminem à Hollywood, expliquait alors avoir reçu beaucoup de « propositions, qui allaient du film d’action à l’étrange petit film indépendant, en passant par les films d’horreur. » On a appris depuis que Marshall Mathers a notamment été évoqué lors des premières idées de casting pour Mad Max : Fury Road, rôle finalement tenu par Tom Hardy dans le film de George Miller. « J’ai toujours voulu essayer la comédie, ajoutait alors Eminem, mais je n’ai jamais réellement eu le temps, entre l’éducation de ma petite fille et ma musique. Quand Scott Silver m’a présenté son scénario, j’ai mis une éternité à le lire. Mais quand je l’ai fait, je ne pouvais plus m’arrêter. L’histoire était suffisamment bonne pour que je décide de mettre ma musique en suspens pour quatre ou cinq mois. »

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L’équipe a rapidement décidé de concevoir ensemble un film qui serait à la fois fidèle à sa vie, sans être pour autant un pur biopic. « Le film symbolise ma vie, avoue Eminem, ce qui ne me dérange absolument pas. À condition que les gens ne le confondent pas avec ma véritable histoire. » « Au début, nous avons été tentés de faire une vraie biographie, ajoute Scott Silver, car sa vie est incroyable. Son histoire est bien plus dramatique que le film. Paul Rosenberg nous a immédiatement calmés, avançant le fait qu’il en était à peine à son deuxième album. Et il avait raison, c’était un peu prématuré. Eminem est très malin, plein d’esprit. Il m’a dit dès le départ: “Tu ne peux pas écrire un film pire que ma vie, car je ne veux surtout pas que les gens aient pitié de moi. Et tu ne peux pas non plus écrire un film plus positif que ma vie, car les gens ne pourront pas comprendre d’où vient ma musique.” Nous avons donc puisé dans sa vie des détails, des petits incidents, tandis que l’intrigue elle-même est née d’interviews d’autres personnes, mais aussi de ma propre expérience. J’ai connu un échec public particulièrement humiliant avec mon précédent film, Mod Squad, et Hollywood m’a jugé en fonction. C’est pour cette raison que j’ai souhaité que 8 Mile débute avec un personnage confronté à un échec similaire. »

Au moment de trouver le réalisateur idéal, la production a sérieusement songé à Danny Boyle (Trainspotting), avant de proposer le poste à Curtis Hanson. Le metteur en scène de Wonder Boy a rapidement fait part de son approche : « raconter la jeunesse, les problèmes raciaux et sociaux », et non faire un portrait basique de l’interprète de « My Name Is ». Une fois embauché, il a notamment demandé à la star de perdre du poids et de se teindre les cheveux en noir, puis a rapidement été impressionné par son talent naturel pour le jeu : « Je voulais du réel. Je ne voulais pas du look Slim Shady (…) Il avait dès le départ un charisme naturel, quelque chose qui vous pousse à le regarder, à prêter attention aux mots qui peuvent sortir de sa bouche. Aussi frustrant que cela puisse être pour tous les prétendants au métier d’acteur, c’est inné. Vous l’avez ou pas. Et il ne l’a pas qu’à moitié. » Eminem expliquait enfin être « de plus en plus satisfait de 8 Mile à chaque nouveau montage que je vois. »

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