Babylon, Youssef Salem a du succès, Nos soleils : Les nouveautés au cinéma cette semaine

Ce qu’il faut voir en salles

L’ÉVÉNEMENT
BABYLON ★★★☆☆

De Damien Chazelle

L’essentiel

Damien Chazelle replonge dans les temps mouvementés du passage du muet au parlant pour signer une fresque tonitruante sur le Hollywood de l’époque, peuplé de moments de bravoure

Le cinquième long de Damien Chazelle, démarre pied au plancher. Et les 45 minutes qui précèdent l’arrivée du titre sur l’écran constituent un moment de bravoure étourdissant, une plongée dans les bacchanales du Hollywood des années 1920 où Chazelle raconte avec une crudité rare pour un film hollywoodien des années 2020 une décadence et une dépravation totalement assumées, alors que ce monde- là s’apprête à changer d’ère avec le passage du muet au parlant, rebattant toutes les cartes. En parlant de ce saut dans l’inconnu, Chazelle raconte évidemment par ricochet le Hollywood d’aujourd’hui et ce septième art dont certains prédisent la mort, comme si souvent à travers les années. Et la manière dont il questionne le rapport à la nostalgie – déjà à l’œuvre dans La La Land – se révèle passionnante, loin du banal « c’était mieux avant », dans un mélange de fascination et d’effroi, avec un côté fresque totalement assumé. Difficile de bouder son plaisir devant ce geste d’amoureux éperdu mais lucide du septième art.

Thierry Cheze

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PREMIÈRE A BEAUCOUP AIME

EARWIG ★★★★☆

De Lucile Hadzihalilovic

Dans un appartement lugubre, Albert, homme mutique, s’occupe de Mia, une petite fille aux dents de glace. Un jour, il reçoit un coup de fil du Maître, qui lui annonce que l’enfant doit se préparer à partir… Après Innocence, après Evolution, Lucile Hadzihalilovic s’aventure toujours plus loin dans un outre-monde cinématographique, singulier et fascinant. Earwig travaille, dès son générique, à un processus d’envoûtement du spectateur : on pénètre dans le film comme on avance à tâtons dans une nuit très noire. Traversé de personnages énigmatiques, d’images symboliques, de distorsions temporelles, c’est un conte sur le refoulement, les traumatismes enfouis, qu’il faut reconstruire après-coup, après la séance, comme on tente de donner du sens à un rêve. Un grand moment d’hypnose et d’effroi, une splendeur visuelle et sonore dans la lignée de David Lynch et Nicolas Roeg.

Frédéric Foubert

LE SECRET DES PERLIMS ★★★★☆

De Alê Abreu

Avec Le Secret des Perlims, Alê Abreu (Le Garçon et le monde) raconte l’odyssée de Claé et Bruô, agents secrets des Royaumes du Soleil et de la Lune, chargés d’espionner l’armée des Géants partis conquérir leur Forêt magique… Une odyssée en forme de conte de science-fiction, dont les couleurs primaires, le script apparemment balisé et les trouvailles charmantes ne doivent pas vous tromper : Abreu sait parfaitement où il nous emmène, vers un twist final qui confirme le ton résolument écolo et antimilitariste de l’ensemble. Un parti pris qui est indissociable du simple plaisir visuel et narratif que procure Le Secret des Perlims. Là où un gros studio aurait joué sur les possibilités offertes par les contraires incarnés par les deux petits héros afin d’en faire une ode à l’amitié, le film parvient à dépasser cette simple dynamique de buddy movie animé pour servir un véritable propos politique. Une réussite emballante.

Sylvestre Picard

PREMIÈRE A AIME

YOUSSEF SALEM A DU SUCCES ★★★☆☆

De Baya Kasmi

Youssef (Ramzy Bedia à son meilleur) est un écrivain dont le dernier roman largement autobiographique rencontre un succès inattendu. Invité sur les plateaux avec l’image du fils d’immigrés issus des quartiers populaires en bandoulière, il semble parfaitement soluble dans ce bain médiatique. Le scénario pourrait en rester là et pointer le ridicule d’une représentation forcément idéale qui se fissure de partout. Mais l’enjeu principal d’une bonne comédie est de savoir opérer un déplacement constant et donc, du décalage. Et ici, les regards se tournent bientôt vers les proches de Youssef pour observer la façon dont la famille va tenter de se réapproprier une respectabilité que le roman par ses révélations intimes, aurait trahie. L’une des tensions principales du film est d’ailleurs de réussir à cacher aux parents de Youssef ledit roman pour ne pas briser leurs rêves d’intégration pleinement réussie. Et en creusant toutes les situations possibles, Baya Kasmi réussit à emballer progressivement la machine.

Thomas Baurez

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NOS SOLEILS ★★★☆☆

De Carla Simon

La famille passionne Carla Simon. Après en avoir fait le cœur de son premier long, Eté 93 – primé à Berlin en 2017 – la cinéaste plonge avec son deuxième – Ours d’Or en février – dans le quotidien d’une tribu, les Solé qui, depuis des générations, se réunissent pour passer leurs étés à cueillir des pêches dans leur exploitation à Alcarràs, petit village de Catalogne. Et à travers les tensions qui vont les traverser alors que la crise agricole détruit ce type de petites exploitations, la cinéaste raconte avec une grande maîtrise les ultimes soubresauts d’un vieux monde qui se meurt et les querelles inévitables entre ceux qui préfèrent couler avec le Titanic et ceux qui ont décidé de changer de paradigme. Deux heures sans jamais tirer à la ligne. Un grand film social et politique qui ne sacrifie jamais ses personnages à son sujet et passe par l’intime pour raconter l’universel.

Thierry Cheze

GOODBYE ★★★☆☆

De Atsuko Ishizuka

Deux amis d’enfance se retrouvent le temps des vacances d’été, au retour du premier de Tokyo où il suit ses études. Un duo rejoint par un troisième comparse, pour organiser leur feu d’artifice annuel… qui va se retrouver à tort accusé d’avoir déclenché un incendie de forêt et pousser le trio à aller retrouver – pour prouver son innocence – leur drone qui a tout filmé avant d’être emporté par le vent. Ainsi débute ce récit initiatique mené tambour battant au fil d’un périple où, au fil des minutes leur insouciances juvénile joyeuse laisse place à un terreau plus angoissant ou plus tragique. Atsuko Ishizuka y brille par son talent à assumer le mélo et la beauté de son animation, en particulier ceux des plans de nature, personnage à part entière des péripéties vécues par ce trio. Goodbye rappelle avec une infinité délicatesse la douleur qui accompagne souvent la sortie de l’enfance.

Thierry Cheze

LE CHANT DES VIVANTS ★★★☆☆

De Cécile Allegra

Libre, sensible, à fleur de peau, coloré, grand, fort. Le Chant des vivants est un peu de tout cela à la fois. Salutaire surtout. Cécile Allegra filme des réfugiés d’Afrique subsaharienne, revenus de la route de l’enfer, échoués en Aveyron, au sein de l’association vertueuse Limbo. La petite troupe délaisse peu à peu les traumatismes de l’exil et s’unit le temps d’une chanson estivale tout en racontant face caméra, les yeux dans les yeux, l’effroi de la traversée. Un documentaire à ne pas rater.

Estelle Aubin

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PREMIÈRE A MOYENNEMENT AIME

BRILLANTES ★★☆☆☆

De Sylvie Gautier

Pour son premier long métrage, Sylvie Gautier a choisi d’aborder le sujet de l’illettrisme et la honte qu’elle peut engendrer chez ceux qui souffrent de cet handicap. En l’occurrence ici une femme de ménage dont le quotidien très occupé entre son travail de nuit et son fils de 17 ans va basculer à l’annonce du rachat de la société qui l’emploie et de l’impossibilité qui va s’imposer à elle de faire entendre par écrit les revendications de ses collègues sans oser en avouer la raison. Mais de ce dilemme sur le papier passionnant, la réalisatrice fait un film trop programmatique, trop scolaire, pour convaincre et aller au- delà d’un film à sujet. Et ce malgré la qualité de ses actrices, Céline Sallette et Eye Haïdara en tête.

Thierry Cheze

LA GUERRE DES LULUS ★★☆☆☆

De Yann Samuell

Onze ans après sa version de La Guerre des boutons, Yann Samuell entreprend de nouveau à filmer à hauteur d’enfants en portant à l’écran la BD de Régis Hautière narrant les aventures riches en péripéties d’une bande d’amis orphelins livrés à eux- même au cœur de la première guerre mondiale en tentant par tous les moyens de rejoindre la Suisse. Bien que programmatique et cherchant à faire rentrer trop de rebondissements en deux heures de temps, le récit a le mérite de ne jamais éluder les violences de la guerre et les cadavres qu’elle charrie sur sa route. Et si Samuell se coltine avec les honneurs la scène spectaculaire de la traversée des tranchées, sa direction des jeunes comédiens se révèle bien plus hasardeuse et l’inégalité des interprétations des enfants – surtout face à casting adulte plus que solide (Isabelle Carré, Damiens, Bourdos…) – gâche une bonne partie du film.

Thierry Cheze

Et aussi

La Belle bleue, de Ronan de Suin

Le Clan, de Eric Fraticelli

En plein jour, de Lysa Heurtier Manzanares

Inséparables, programme de courts métrages

Mon vieux, de Marjory Déjardin

La reprise

L’Homme à la peau de serpent, de Sidney Lumet


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