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Malagasy Guitar Masters fait résonner les cordes de la Grande Île

Fruit de la réunion de trois guitaristes malgaches aux influences et aux jeux différents, le premier album des Malagasy Guitar Masters arpente des sentiers musicaux sur une ligne de crête à l’image des paysages diversifiés de la Grande Île, emmené par Teta, Chrysanto Zama et Joël Rabesolo.

Un « guitar’s band » ? C’est l’idée atypique, mais loin d’être incongrue, au regard de la réputation des guitaristes malgaches, qu’ont eue les initiateurs du projet Malagasy Guitar Masters, pour redonner un peu de visibilité aux musiques de la Grande Île.

Forts de leur connaissance de la scène locale, depuis déjà plusieurs décennies, Tao Ravao et Thierry Bongarts-Lebbe (eux-mêmes musiciens) ont imaginé une formule simple, exportable sur les scènes internationales sans trop de contraintes, qui soit à la fois représentative de Madagascar, mais ne s’enferme pas dans l’entre soi culturel – un tropisme auquel les artistes locaux ont souvent du mal à résister.

A cet égard, choisir la guitare comme élément central fait particulièrement sens, car l’instrument porte une forme de modernité universelle même si les musiciens malgaches l’ont intégré à leur univers d’inspiration traditionnelle. Ceux qui ont été retenus pour participer à l’aventure ont chacun leur identité, chacun leur spécificité et leur personnalité, et pas seulement sur le plan artistique.

Teta, du haut de ses 51 ans, fait figure de doyen de la bande. Considéré comme l’un des principaux représentants du tsapiky du sud de l’île, il a derrière lui une longue carrière nationale, avant d’avoir pu être entendu hors de Madagascar avec ses deux derniers albums. Réservé, mystérieux, le finaliste du prix RFI Découvertes 2013 se situe dans la lignée de son compatriote D’Gary, l’homme qui a ouvert la voie avec son jeu en open tuning révélé par l’album Music from Madagascar en 1993.

Chrysanto Zama, le quadra, auteur en 2015 d’un album sous son nom, mais surtout vu au sein du Malagasy Orkestra avec lequel il a donné près de 150 concerts en dix ans, a cette fois un rôle à sa mesure. Lui aussi vient du Sud, mais il s’est surtout attaché à promouvoir à sa façon le rodoringa, ce style musical qui accompagne le ringa, la lutte traditionnelle que pratiquent les jeunes hommes pour se mesurer, cousine du moraingy que l’on trouve ailleurs sur l’île, devenu moringy à La Réunion.

Joël Rabesolo, le plus jeune des trois, fait l’objet d’une attention toute particulière depuis quelques années. Le fantasque gaucher, surnommé sur place le « Jimi Hendrix malgache », et pas seulement pour des raisons de coiffure, appartient à ces musiciens intrépides à l’aise avec la grammaire du jazz, qu’il est parfois nécessaire de cadrer. Sans les dompter. Cette expérience-là tombe à point pour lui permettre de canaliser son talent. En outre, c’est aussi à lui que reviendra l’honneur et la lourde charge de rejoindre ses compatriotes D’Gary et Monika Njava au sein de Toko Telo, le trio de choc qu’ils avaient formé avec l’accordéoniste Régis Gizavo disparu en juillet 2017.

L’album des Malagasy Guitar Masters peut être vu davantage comme un point de départ que comme un aboutissement : si les trois hommes ont passé plus de trois semaines à trouver un modus vivendi et mettre au point un répertoire avant d’enregistrer à Tuléar, la grande ville du sud malgache, nul doute qu’ils développeront sur scène, au cours des concerts qu’ils peuvent donner, leur discussion musicale, avec cette propension qu’on devine à s’échapper sur d’autres terrains. Chacun apporte sa touche personnelle, mais personne ne prend le pouvoir. Le sens collectif l’emporte sur les velléités individuelles. Une philosophie à transposer dans d’autres sphères aujourd’hui à Madagascar ?

Malagasy Guitar Masters Volo Hazo (Buda Musique) 2018
Page Facebook de Malagasy Guitar Masters

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