Publicités

Diogal, l’instant et le silence

Rattaché au courant folk de la musique sénégalaise, mais cultivant une identité propre développée au fil de ses albums, quitte à sortir des sentiers battus, Diogal s’est efforcé de conserver toute l’instantanéité de ses chansons dans son nouvel album Roadside.

Quand Diogal évoque son nouvel album, les mots appartiennent à un même registre : « intimiste », « épuré », « dépouillé »… Il faut imaginer l’artiste sénégalais chez lui, à Champigny, en banlieue parisienne, profitant de l’absence de la famille durant une semaine pour transformer le salon en studio.

« J’ai toujours rêvé de faire un album où tu prends ta guitare et tu enregistres, sans penser au micro », explique-t-il. Avec un principe : « La musique, c’est un instant donné. Si je refais un morceau, ça devient autre chose. » Une seule prise, donc, pour respecter et restituer au mieux l’émotion du moment. « Si on écoute bien, de temps en temps, on entend la chaise sur laquelle j’étais assis », sourit-il.

À ce résultat acoustique, il a parfois jugé bienvenu d’ajouter une basse discrète et une batterie apportant un léger soutien, ou encore un violoncelle joué par ce musicien américain rencontré dans un écovillage à proximité du lac Ontario. Comme pour faire le lien avec Urban Spirit, l’album précédent qui annonçait la démarche adoptée sur Roadside, il a aussi repris le morceau Reer sur lequel s’illustrait le violoniste tunisien Jasser Haj Youssef et l’a remixé.

En guise d’articulations entre les titres – et parce que l’idée de bousculer les codes ne lui déplait pas –, ce chasseur de sons qui dégaine son enregistreur aussi bien dans le métro que dans sa cuisine quand la marmite bout a placé des interludes ou plutôt des « créations sonores » inattendues.

Mais ce qui frappe en premier lieu tout au long de Roadside, et souligne son effet apaisant, ressemble presque à un paradoxe pour un musicien : une irrésistible appétence pour le silence ! « Ça fait partie de la musique », revendique l’intéressé, qui rappelle que la technique est aussi utilisée dans le cinéma. « Je n’invente rien, mais j’amène une contribution, j’essaie de voyager autrement », poursuit Diogal, marqué par le Malien Ali Farka Touré, à qui il rend hommage en toute fin d’album : « Faire sa musique avec une guitare et une calebasse, comme il l’a fait, ça dit beaucoup de choses pour ma génération qui a souvent envie d’en mettre partout. »

D’ailleurs, lorsqu’il avait fait ses débuts internationaux avec Samba Alla au début des années 2000, après deux cassettes qui avaient révélé son style folk sur le marché sénégalais, Diogal s’était entouré d’une équipe aussi nombreuse que talentueuse réunie par Loy Erlich, à bien des égards son parrain dans la musique (et aussi ami de son oncle Taffa, le premier à lui avoir mis une guitare dans les mains). « J’aurais pu rester dans ce créneau, mais je ne vois pas l’intérêt pour un artiste de peindre le même tableau tous les jours. Il faut prendre des risques, partir dans des univers qu’on ne connait pas forcément. Aller chercher ailleurs » justifie le musicien. Avec Roadside, il en fait la démonstration.

Diogal Roadside (Buda musique) 2018

Page Facebook de Diogal


Continuer à lire sur le site France Info

Publicités
Publicités
%d blogueurs aiment cette page :