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Banlieuz’art monte le son

Le duo guinéen Banlieuz’art. © Pyspic

Valeur sûre de la scène guinéenne urbaine depuis près d’une décennie, le duo Banlieuz’art a mis son expérience à profit pour continuer à surprendre sur son troisième album Koun Faya Koun, Kalanké, solidement produit. L’opération porte ses fruits et donne l’occasion à Konko Malela et King Salaman de développer des liens avec d’autres artistes du continent.

L’événement avait comme un air de défi : pour célébrer la sortie de son nouvel album, il y a deux mois, Banlieuz’art a décidé de se produire dans le stade du 28 septembre de Conakry, l’enceinte qui peut accueillir le plus grand nombre de spectateurs en Guinée. Idéal pour prendre la température d’une popularité peu évidente à estimer. Pour ce groupe que l’on présente souvent comme l’un des plus appréciés par la jeunesse du pays, mais resté silencieux sur le plan discographique depuis six ans, l’histoire reste marquée par la bousculade dramatique survenue lors d’un de ses concerts en 2014 sur la plage de Rogbanè où plus de trente personnes avaient trouvé la mort.

Visiblement, le temps ne semble pas avoir eu d’incidence défavorable sur son niveau de notoriété : ce 11 mars 2018, ils étaient plusieurs dizaines de milliers à être venus écouter Marcus et Soul Dag’One, aussi appelés respectivement Konko Malela et King Salaman. Veste rouge et pantalon blanc pour l’un, l’inverse pour l’autre, le duo a joué avec à-propos la carte de la complémentarité sur tous les plans, comme pour faire oublier la période de crise qu’il a récemment traversée et qui a abondamment alimenté les médias locaux.

Avec Kalanké, BLZ – le diminutif du groupe – clôt une trilogie intitulée Koun Faya Koun, en référence à une “affirmation arabe et religieuse”, explique Marcus. “Pour nous, tout ce qui arrive à un être humain vient d’une prescription divine. Tout sur terre est le fruit de la volonté de Dieu.” Né Abdoul Aziz Bangoura, il doit son surnom à Marcus Garvey, ce Jamaïcain considéré comme un prophète par les rastas et qui avait lancé le mouvement de retour des afro-américains vers l’Afrique sur les navires de la Black Star Line dans les années 1920. “Les habitants de mon quartier à l’époque m’ont donné ce sobriquet parce que, selon eux, j’étais généreux, ouvert à tous et parce que j’ai le sens du partage”, justifie-t-il.

L’influence de Maître Ledy Youla

Fils d’un diplomate qui fut aussi ministre, il aurait dû se retrouver “derrière un bureau”, s’il n’y avait eu un précédent dans la famille : Maitre Ledy Youla, frère aîné de sa mère, saxophoniste au palmarès éloquent, au sein du Rail Band puis des Ambassadeurs internationaux, également patron de l’orchestre national mauritanien, et auteur en 1988 d’un album dont les sons rappellent forcément ceux de son compatriote Mory Kanté sur Akwaba Beach, à la même époque. “Il m’a beaucoup influencé lorsque j’avais sept ou huit ans. C’était quelque chose d’extraordinaire à mes yeux, vu que je suis d’une famille intellectuelle. La musique n’était pas prévue pour moi, mais le potentiel de mon oncle m’y a poussé et grâce à lui on m’a laissé en faire”, assure le jeune homme, dont le premier morceau enregistré, en hommage à son père disparu, remonte à 2001.

Trois ans plus tard, quand il crée le groupe Banlieuz’art avec quatre autres copains, l’idée est de “prouver qu’au-delà de l’image négative que la banlieue renvoie, tous les talents guinéens y poussaient et beaucoup n’avaient pas la chance d’être remarqués”. Le décès de deux membres bouleverse la donne et rapidement Marcus se retrouve seul. Un de ses cousins lui suggère de se rapprocher d’un artiste installé à Dakar, King Salaman, de son vrai nom Souleymane Sow, avec qui il aurait “des choses en commun”.

La connexion se fait deux ans plus tard, au retour en Guinée de Salaman, et s’avère effectivement prometteuse, tant humainement que musicalement. Avec Police, sur la compilation Urban Afreeka réunissant quelques représentants de la scène urbaine locale, le tandem se fait remarquer et obtient même une distinction lors des K7 d’or de 2009 en tant que “meilleur groupe espoir de l’année”.

Nombreuses récompenses

L’essai est transformé dans la foulée, avec l’album Koun Faya Koun, qui rafle nombre de récompenses en 2010 et leur donne l’occasion de faire entendre leur musique dans d’autres pays d’Afrique ainsi qu’en Europe. L’influence reggae, très présente à l’époque, s’efface peu à peu au profit de sonorités plus pop, de programmations afro-urbaines, qui font le succès de l’album suivant, Le Voyage, en 2012.

L’évolution s’est poursuivie pour Kalanké, en particulier en termes de qualité de production. “Aujourd’hui, on travaille avec Akatché qui est un ingénieur de son d’origine ghanéenne et de nationalité ivoirienne, mais qui réside au Sénégal, un homme bercé par trois cultures différentes qui nous propose toujours des innovations”, précise Marcus.

Si BLZ a participé à de nombreux projets nationaux (Syli national) ou continentaux (Africa Stop Ebola), il multiplie aussi les collaborations avec des artistes de premier plan, comme l’Ivoirien Serge Beynaud, pointure du coupé décalé, ou encore l’Ougandais Eddy Kenzo, dont l’afropop à tendance rumba lui a permis de se faire un nom à l’échelle du continent.

Ces jours-ci, Konko Malela et King Salaman rejoignent à Paris le rappeur Black M, d’origine guinéenne, qui les a invités à partager le micro sur son album en préparation tourné vers l’Afrique. Une reconnaissance de leur valeur, et un soutien de poids pour franchir une nouvelle étape.

Banlieuz’art Kalanké, Koun Faya Koun (Urban Connexion) 2018

Page Facebook de Banlieuz’art


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