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Bombino, Touareg du monde

Le Nigérien Bombino. © Richard Dumas

S’il occupe une place à part sur la scène de la musique touarègue, et fait partie de cette poignée d’artistes du désert qui sont parvenus à mener une carrière en Occident, le Nigérien Bombino le doit à sa propension à faciliter l’accès à sa culture. Enregistré au Maroc, son cinquième album Deran atteste d’un savoir-faire qui renforce un peu plus le statut de cet artiste déjà devenu une référence auprès des siens.

Comme un peintre avec ses tableaux, Bombino a souvent signé ses albums en les nommant d’après un lieu qui lui était cher : Agamgam, Agadez, Azel… Autant d’endroits qui ont marqué sa vie, avec leur lot de souvenirs. Une façon de se rappeler d’où il vient, d’entretenir le lien avec sa terre, sa culture, explique-t-il.

Cette fois, à travers Deran, il a voulu mettre en avant une autre idée, celle de voir la paix s’installer. “La guitare est devenue un symbole de paix”, veut-il croire, en évoquant les groupes de la nouvelle génération touarègue, comme Imarhan ou Kader Tarhanin qui n’hésitent pas à lui envoyer leurs maquettes pour avoir son avis.

Au fil du temps et des projets, le style du Nigérien a évolué, s’est enrichi, mais il a conservé sa singularité, qui se faisait déjà entendre lorsqu’une équipe de tournage venue pour un documentaire avait eu la bonne idée d’enregistrer, le soir au campement, ce jeune guide aide-cuisinier qui jouait de la guitare. Bombino aime aller vers les autres, l’échange, faire ce pas qui rapproche plutôt que rester  dans l’entre-soi. C’est d’ailleurs au contact des touristes, au service desquels il se mettait, qu’il a appris le français.

Sa musique est le reflet de tout cela, et il la voit comme “une musique du monde pour le monde”, un espace de rencontre, un outil pour “casser les frontières”. Il veut “ouvrir une porte” et permettre aux artistes comme aux connaissances de circuler entre l’Occident et cette région d’Afrique désertique qu’il a sillonnée toute sa jeunesse : Algérie, Libye, Burkina et bien sûr le Niger…

Lui qui a mis dans son jeu depuis Azel une touche de reggae, notable, mais légère, se démarque aussi de nombre de ses homologues en considérant que la musique touarègue peut être jouée par des musiciens venus d’autres coins du monde – comme l’est aujourd’hui la musique jamaïcaine. D’ailleurs, pour sculpter la colonne vertébrale de Deran et ses dix morceaux, il a confié la batterie et les percussions à l’Américain Corey Wilhelm, qui l’accompagne en live depuis déjà plusieurs années. Tout comme le bassiste mauritanien Youba Dia.

Cette stabilité avec ses partenaires a aussi produit aussi ses effets en studio, en termes de cohésion. Sans doute un des points forts de l’album, qui n’en manque pas ! Parce qu’il sait réduire la distance, le trentenaire nigérien a fait des chansons qui semblent presque familières tout en étant ancrées dans le son du désert, avec ces accords formés sur le manche de son instrument fétiche. Souvent, on lui colle l’étiquette de “Jimi Hendrix du désert”. Il préfère aborder le sujet autrement : “On ne peut pas dire qu’on a appris la guitare, on l’apprend toujours.” Chez Bombino, humilité et talent vont de pair.

Bombino Deran (Partisan Records) 2018

Site officiel de Bombino
Page Facebook de Bombino


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