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Les collectivités locales accélèrent dans le domaine des  edtech

En Rhône-Alpes, les 57 robots d’Awabot aident, depuis la rentrée, les élèves handicapés ou malades à suivre des cours à distance. En Bretagne, lycéens et enseignants expérimentent un cloud personnel. A Valbonne, la municipalité et le cluster EducAzur planchent sur la rénovation de lieux d’apprentissage mêlant établissements scolaires et tiers-lieux. A quelques centaines de kilomètres de là, Issy-les-Moulineaux configure ses ordinateurs scolaires en les indexant sur le moteur de recherche français Qwant, respectueux des données personnelles…

Partout sur le territoire, des collectivités locales expérimentent – avec plus ou moins de réussite – le recours aux edtech (technologies de l’éducation) pour équiper leurs établissements scolaires. Quelques pionnières sont venues présenter leur démarche les 22 et 23 novembre lors du Salon de l’éducation (Educatec), le grand raout annuel de la profession. Nul doute qu’elles ont été observées à la loupe par des élus et des acheteurs, qui oscillent entre fascination technologique et nécessaire prudence face à des outils séduisants mais encore peu évalués.

Quatre clusters

« Les collectivités locales sont en train de remonter la pente et ce sont elles qui tirent le marché des edtech. En particulier les régions, qui ont désormais compétence en matière d’orientation et voient s’ouvrir de nouvelles perspectives avec la réforme des lycées », note Nicolas Turcat, responsable du service de développement des usages numériques à la Caisse des Dépôts. La Caisse accompagne fortement le mouvement : elle a lancé deux appels d’offres – dont l’un dédié à l’orientation – et vient de signer un partenariat avec l’Education nationale pour aider les collectivités à moderniser leurs établissements (prêt, ingénierie…) face au virage digital. Quatre clusters territoriaux, réunissant des start-up du secteur, des collectivités et les acteurs de l’éducation ont vu le jour en Nouvelle-Aquitaine, Paca, à Lyon et en Ile-de-France, où se concentrent les deux tiers des entreprises du secteur.

Moderniser les apprentissages

Les collectivités donneront-elles le coup de pouce décisif à cette jeune filière qui peine à décoller malgré son caractère prometteur ? Les observateurs sont pourtant unanimes quant au formidable potentiel de ces technologies (plates-formes de ressources, IA, robotique, objets connectés) pour moderniser les apprentissages (individualisation…), compléter les pratiques pédagogiques (classe inversée…), resserrer le lien famille-école, voire pallier les angoisses face à l’orientation. Au-delà du contenu, « bon nombre de ces start-up ont en commun une approche intéressante, novatrice de la transmission du savoir et ces dispositifs peuvent être un outil d’aide à la décision pour les enseignants et d’accompagnement pour les élèves », note-t-on au ministère de l’Education nationale.

Pourtant, le « gâteau » français des edtech reste modeste au regard des quelque 400 entreprises qui le convoitent : à peine 90 millions d’euros, selon une étude réalisée en juin par Deloitte pour la Banque des Territoires. La moitié est constituée par la vente d’outils de gestion et de services aux collectivités locales, le reste (ressources pédagogiques…) est essentiellement acquis par l’Education nationale. Laquelle ne consacre, pour l’heure, que des sommes modestes, malgré un discours très volontariste sur le sujet (partenariats d’innovation autour de l’intelligence artificielle, création d’un lab).

Règles complexes

« Le marché est difficile à percer pour les start-up : les règles des marchés publics sont lourdes, le temps est long, les strates de l’Education nationale complexes et les établissements scolaires ont peu  d’autonomie budgétaire », remarque Benjamin Gans, le directeur d’EdFab (Cap Digital), qui a réalisé avec la CDC le  premier observatoire de la filière. « Il y a un équilibre à trouver entre la promesse d’innovation et les contraintes économiques que traduisent les appels d’offres. » L’Education nationale n’est évidemment pas seule responsable : la filière manque de visibilité malgré la création de la structure EdTech France. Les Gafa, Microsoft, et surtout les éditeurs scolaires, occupent déjà bien le terrain.

Quelques pépites ont toutefois réalisé de belles envolées, comme OpenClassrooms qui propose des parcours diplômants et a levé 60 millions de dollars. Sur l’année 2018, 220 millions de fonds ont ainsi été levés, une somme minime comparée aux géants américains et chinois, mais non négligeable à l’échelle européenne, note Marie-Christine Levet, fondatrice d’Educapital, le premier fonds d’investissement européen dédié au secteur. Doté de 50 millions, Educapital (soutenu par bpifrance et le secteur privé) a déjà apporté depuis sa création en 2017 son soutien à 7 entreprises, dont 360Learning, AppScho (une appli dédiée aux étudiants), Magic Makers (qui apprend le code aux enfants), Manzalab (outil de réalité virtuelle…). « Le marché commence à décoller avec des degrés de maturité différents. Les plus avancés sont indéniablement les marchés de la formation professionnelle et continue. Les réformes à venir, et notamment le compte individuel de formation, ouvrent des débouchés importants dès 2019 », observe-t-elle.

Marché de la formation continue

C’est donc vers ce deuxième secteur, aux promesses plus immédiates et aux payeurs mieux identifiés (entreprises et particuliers), que se tournent de nombreuses start-up. « Il y a, de toute façon, des enjeux très importants autour de la formation : la révolution numérique transforme les métiers et l’on ne pourra résoudre ce problème de formation de masse qu’avec du e-learning », confirme Véronique Jacq, directrice du pôle investissement numérique chez bpifrance. Très impliquée dans les edtech, la banque publique a mis 25 millions d’euros sur la table et accompagne 6 start-up dans les domaines de l’éducation et des ressources numériques. Y compris dans leur conquête hors des frontières, puisque Klaxoon (qui propose un outil collaboratif) et OpenClassrooms s’attaquent aux marchés anglophones.


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