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Villeurbanne lance une consultation publique sur le cannabis

Le sujet est explosif mais la municipalité (PS) de Villeurbanne « assume de le prendre à bras de corps », revendique l’adjoint à la sécurité Didier Vullierme, en annonçant le lancement d’un débat public sur  le cannabis. La plateforme de concertation citoyenne, sous forme de contributions libres, sans questionnaire préformaté, sera ouverte sur Internet le 10 décembre pour un mois. Et s’accompagnera de tables rondes d’experts et de conversations live sur Facebook avec les élus.

La synthèse sera remise en mars au gouvernement dans un Livre Blanc, dans le cadre des Assises de la Sécurité des territoires. Villeurbanne est la seule collectivité à saisir l’occasion pour mettre le dossier sur la table. « Je ne connais que deux initiatives récentes : une lettre rédigée à Saint-Ouen par les habitants, distribuée aux consommateurs aux sorties de métro en 2013, et l’appel à la légalisation du maire de Grenoble sur son site Facebook », constate l’élu.

Lanceur d’alerte

Le trafic de cannabis envahit l’espace public, avec son lot de « nuisances et d’intranquillités pour les concitoyens ». Lesquels se tournent vers leurs élus, qui n’ont pas les compétences en matière de police judiciaire, un pouvoir régalien. « On agit de là où on est, avec humilité et modestie, face aux concitoyens qui vivent des situations intolérables et impunies », dit Didier Vullierme, avec l’espoir d’agir comme un lanceur d’alerte. Le Villeurbannais a sollicité la contribution de tous les parlementaires du Rhône.

Il prône un dialogue « sans tabou, ni angélisme. Ni moralisateur ni banalisateur. Mais il ne faut pas refuser le débat au motif que le produit est illégal ». Car le cannabis est partout, malgré la législation la plus répressive d’Europe. Une soixante de lieux de trafic ont été répertoriés à Villeurbanne à l’occasion de l’installation de la vidéosurveillance. La police municipale a été renforcée pour créer de la dissuasion. La police nationale, pas inactive, a procédé à 144 arrestations dans le quartier particulièrement exposé du Tonkin au premier semestre, contre 56 sur toute l’année 2017. Mais le trafic se déplace. « C’est comme vider l’océan avec une cuillère ».

10 % des 26-45 ans

La nécessité de la prévention, « moins développée que pour le tabac ou l’alcool », déplore Agnès Thouvenot, l’adjointe à la santé, anime particulièrement les trois adjoints (sécurité, santé et jeunesse) porteurs du projet. D’autant plus qu’un tiers de la population de Villeurbanne a entre 15 et 29 ans, l’âge critique de l’entrée en consommation. « Et pour faire de la prévention efficace auprès des jeunes, qui risquent de tomber dans l’addiction ou même le trafic, il faut affronter la réalité. C’est aussi l’objet de cette consultation qui associe les chefs d’établissement, les médecins, les animateurs et toute la population », insiste Didier Vullierme. Selon lui, « la société civile est en avance sur nos gouvernements ».

Lui-même réfute des a priori sur les solutions, notamment la légalisation. « Mais si la loi n’est pas respectée, soit il faut changer la loi, soit changer les moyens d’application. Il faut sortir du statut quo hypocrite ». Et sa collègue à la santé, de rappeler les derniers chiffres de l’Office Français des Drogues et Toxicomanies : 42 % de la population française entre 18 et 64 ans a essayé le cannabis, et 10 % des 26-45 ans en ont un usage régulier.  La prohibition ne fonctionne pas et laisse les acteurs locaux dans l’impasse. L’initiative villeurbannaise risque de faire le buzz. « Tant mieux si notre consultation attire des contributions de toute la France ».


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