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Immobilier : églises désaffectées cherchent nouvel usage

Ces derniers temps sur les sites d’annonces immobilières, les propositions de biens religieux se banalisent. « Le marché s’ouvre », explique Patrice Besse, un des professionnels qui a contribué à la démocratisation de ce marché. Sur  son site Web , il affiche en ce moment une trentaine d’offres allant de presbytères campagnards, chapelles rurales, maisons abbatiales, prieurés et abbaye classés, à des édifices religieux de plusieurs milliers de mètres carrés. Leurs prix défient toute concurrence, à l’image de cet ensemble immobilier de 12.000 mètres carrés, situé dans un centre-ville coté du sud de la Vendée, proposé à la vente pour seulement 636.000 euros !

Plusieurs raisons expliquent ces modestes montants : les cédants sont souvent plus soucieux de se débarrasser d’une charge que de réaliser un bénéfice, et ces vastes volumes nécessitent des réinterprétations architecturales coûteuses qui amputent le prix de vente. Très peu finissent entre les mains de particuliers. « Quand nous étudions une offre, nous privilégions les projets de transformation sociétaux qui permettent de conserver leur ouverture au public », rapporte Patrice Besse. Il réalise chaque année entre 2 et 3 ventes importantes et une quinzaine de transactions plus modestes. La plupart des biens deviennent des hôtels, logements, bibliothèques, musées et centres culturels.

10 % des biens menacés

Les promoteurs ont le choix : la France est un des plus gros détenteurs de patrimoine religieux au monde avec quelque 90.000 édifices répertoriés. D’ici à 2030 selon  l’Observatoire du patrimoine religieux , 10 % de ce parc devrait être vendu, détruit ou abandonné. Une fois désacralisé, peu importe au diocèse la nouvelle destination du bien. Auditorium privé dans l’église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus d’Hirson rachetée par le pianiste américain Kit Armstrong, cinéma d’art et essai dans l’ancienne église Saint-Siméon à Bordeaux, cave à vin aux températures idéales dans l’église Saint-Christophe de Meaux. Sans oublier l’école de design dans l’ancien site jésuite de la rue Dugommier à Nantes où l’espace de co-working à La Chapelle installée dans un ancien lieu de culte de la même ville. A Rennes, c’est une salle de fitness qui a ouvert dans l’ancienne chapelle des Clarisses.

Le mouvement n’est pas nouveau : depuis la révolution, des dizaines de lieux de culte (250 selon la Conférence des évêques de France) ont déjà été transformées, par exemple en étables ou en prison. Mais il s’accélère avec la raréfaction des fidèles, la perte des vocations sacerdotales et l’explosion des dépenses de maintenance et de fonctionnement de ces grands volumes.

Dans l’Orne, le diocèse compte 550 églises alors que 150 suffiraient selon la Conférence des évêques de France. En Meurthe-et-Moselle, le nombre de paroisse est passé de 646 à 55 depuis la dernière guerre, et l’hémorragie continue selon l’évêque de Nancy, Jean-Louis Papin. « Charge aux communes de les affecter à une destination qui ne soit pas inconvenante au regard de leur finalité première, et de faire que cette nouvelle destination soit, autant que possible tournée vers un usage socioculturel ou socioéducatif au bénéfice de la population locale et non pour un usage privé ou lucratif », suggère-t-il.

Identité paysagère

Ce débat de société est né il y a peu dans le monde catholique, mais il prend de l’ampleur devant la polémique que suscitent certaines transformations litigieuses. « Un lieu de culte perd difficilement son caractère symbolique », explique le journaliste Benoît de Sagazan,  un des meilleurs spécialistes du patrimoine religieux . A Nantes, par exemple, l’église Saint-Aubin fondée au milieu du Ve siècle a beau avoir été désacralisée il y a plus de 200 ans, sa transformation, d’abord en tribunal criminel, puis en bar de nuit depuis les années 1980, fait toujours polémique. « Il faudra sans doute inventer une vocation partagée de l’église, qui associe son affectation première au culte et des services à la population locale », poursuit l’expert. Parmi les pistes envisagées : gîtes de passage, restaurants communaux, crèches, écoles… A Hem, l’église désaffectée de Saint-André a montré la voie de cette résurrection en accueillant une épicerie solidaire.


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