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Clara Luciani, la grâce intemporelle

Clara Luciani © Manuel Obadia-Wills

Elle a fait ses armes dans différents groupes comme La Femme et même donné la réplique au rappeur Nekfeu. À 24 ans, Clara Luciani sort un premier disque solo, Sainte-Victoire. Les onze titres pop-rock de la grande dame brune révèlent une personnalité bien trempée, sous influence de Françoise Hardy. Interview.

RFI Musique : L’album Sainte-Victoire est empreint d’une certaine mélancolie, mais les musiques sont dansantes. L’idée de départ était-elle de marier rythmes populaires et textes très travaillés ?
Clara Luciani :
Absolument, je voulais que l’on puisse danser sur cet album sans que cela enlève de la gravité au propos, comme par exemple sur la chanson La Grenade.

Ce morceau d’ouverture de l’album, La Grenade, trouve un écho particulier avec la cascade de scandales de harcèlement sexuel. Était-il temps de briser un tabou ?
J’ai écrit cette chanson il y a un an et demi, en tournée, sur la route, avec mon ingénieure du son, Taïssa. Nous étions étonnées d’entendre des blagues grivoises, déplacées, de voir des garçons s’agiter pour nous expliquer comment installer un micro … alors que c’est notre métier ! Ça nous faisait gentiment sourire, mais ça a fini par nous énerver un peu. Alors j’ai écrit un texte pour dire que je me sens aussi forte qu’un homme, que je ne suis pas une poupée placée là pour faire joli et que j’ai des choses à dire !

De quoi se nourrit votre écriture en général ?
Je n’ai pas beaucoup d’imagination, je crois. Quand il se passe quelque chose de très beau ou de très triste dans ma vie, je ressens immédiatement le besoin de le transformer en chanson.

Quand avez-vous pris conscience de la puissance de votre voix de basse ? Je me suis laissé dire que c’était à l’école et que ce n’était pas un très bon souvenir…
J’ai effectivement eu rapidement conscience que ma voix était différente. Quand j’étais en primaire, à la chorale de l’école, le maître avait divisé la classe en deux, mettant les filles d’un côté et les garçons de l’autre… et m’invitant à prendre place du côté des garçons parce que ma voix était trop grave.

Mais c’est traumatisant !
Oui, d’autant que je n’étais pas la petite fille telle qu’il est convenu de se la figurer ! J’avais un look de garçon manqué, je jouais au foot… Déjà, à l’époque, je ne répondais pas aux critères de la féminité !

Et quand vous avez grandi, quelles musiques avez-vous écoutées ?
Beaucoup de punk, avant de me rendre compte que la chanson française, ce n’était pas si ringard que ça, que c’était même très beau. Ce qui m’a permis de découvrir William Sheller, Jacques Brel, etc. J’écoute aussi beaucoup de rock psychédélique anglo-saxon. Finalement, je suis un mélange de tout cela.

Vous avez chanté en anglais pour Nouvelle Vague et pour Bristol, un collectif qui reprenait des titres punk sur une orchestration différente. En revanche, cet album est entièrement composé en français. Vous interprétez même en français un titre de Metronomy, La Baie. Est-ce la langue française qui traduit le mieux vos émotions ?
Utiliser l’anglais aurait mis une sorte de filtre entre mes chansons et moi, ce que je voulais absolument éviter. J’avais envie que mes chansons me ressemblent à 1000 %. Je pense en français, je rêve en français, je souffre en français. Ça aurait été bizarre d’utiliser un dictionnaire français – anglais pour faire cet album !

Vous donnez l’impression d’avoir peur d’être à la mode. Vous écrivez même dans la chanson Drôle d’époque : « J’ai pas l’étoffe, pas les épaules pour être la femme de mon époque ». Pourtant, vous êtes bien dans votre époque, non ?
Oui, mais dans la mode, il y a quelque chose qui ressemble à la « tendance » qui m’effraie un peu. Parce que les tendances, ça passe. Et moi, j’ai envie de rester.

Et la tendance, c’est superficiel…
Exactement. J’ai envie d’être intemporelle. Les gens que j’admire sont comme çà, en tout cas. Par exemple, Françoise Hardy. Sa façon de chanter, de s’habiller… Il y a en elle quelque chose de vraiment intemporel. C’est peut-être ça la véritable élégance, la véritable beauté : ne pas obéir aux tendances.

Clara Luciani Sainte-Victoire (Initial) 2018
Page Facebook de Clara Luciani

A écouter sur rfi.fr : «Sainte-Victoire», premier album de Clara Luciani


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