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Trust, brut de pomme

Le groupe de rock Trust. © Mat Minat

Trust s’est reformé à la faveur d’une tournée qui n’en finit pas. Avec Dans le même sang, un neuvième album mixé par Mike Fraser (AC/DC, Metallica, Aerosmith), le mythique groupe de rock énervé reste sur ses fondamentaux : riffs de guitare énormes, jeux de mots qui ne font pas dans la dentelle, parole(s) coléreuse(s)… Entrés dans la soixantaine, le chanteur Bernie Bonvoisin et le guitariste Norbert Krief, alias “Nono”, ne semblent pas réconciliés avec ce qu’ils appellent désormais la Démocrassie. Antisocial, Trust, vraiment ?

C’est la cinquième reformation de Trust depuis les années 80. Quelle a été votre motivation ?
Bernie Bonsoivin :
Jouer.
Nono : Et puis, prendre le temps de vivre. Comme le dit souvent Bernie, on se reforme tous les dix ans et cela nous permet de faire des choses parallèlement. Parce que passer 40 ans à ne faire que Trust, franchement…  Il y a des avantages à faire d’autres choses. (en souriant)
B. B. : On se nourrit à côté. La diversité de cet album est due à cela.

Ce nouvel album, Dans le même sang, a été enregistré en trois jours…
N.: On s’est enfermé dans une salle des fêtes à Saint-Ciers-sur-Gironde. On a pris une douzaine de jours pour composer et écrire. Il y a des titres qu’on a fait en “cinq minutes”, d’autres où l’on a pris plus de temps. Pour l’enregistrement, on s’était fixé de faire cela en quatre jours mais on l’a torché en trois.

De quelle façon avez-vous travaillé ?
N. :
Le but était d’enregistrer en configuration “live”, comme on est en concert. D’avoir le son et surtout l’énergie qu’on a sur scène. Même s’il n’y avait pas le public… (sourire)
B. B. : Il y a vraiment une énergie particulière sur cette formation. On a toujours été un groupe basé sur l’énergie, mais la grande différence avec ce line-up, c’est la complémentarité de chacun. Ce qu’on n’avait jamais eu avant. Cela participe au fait que ce soit fluide, humainement, musicalement. Il y a un plaisir d’être ensemble, et ça déborde sur toute l’équipe.
N. : C’est un ensemble. On a remonté une base depuis qu’on s’est reformé. On a tout changé, à part nous deux (rires). C’était important de partir sur une nouvelle page blanche et de se faire plaisir.

À propos des vos paroles, y’a-t-il un événement qui en a été la colonne vertébrale ?
B. B. :
Le cynisme de l’époque.

Mais quand vous écrivez des chansons comme Fils de pute, tête de liste, vous n’avez pas peur de céder au “tous pourris” face à la classe politique ? Au pessimisme ?
B. B. :
Moi, je veux bien qu’on soit optimiste. M’enfin franchement, j’ai suivi la campagne présidentielle française. Ça ferait un sujet de film ou de série, c’est Dallas ! Tous les jours, il y avait un rebondissement. Un coup, c’était les costards, un coup, c’était sa femme qui touche 900 000 euros1. On met des lignes rouges pour certains, mais pas pour d’autres. Et apparemment, ça ne dérange personne. Je trouve ce manque de réactions et de discernement terrifiants !

Après quarante ans à chanter la contestation, n’a-t-on pas envie d’enterrer la hache de guerre ?
B. B. :
Tous les soirs, quand je sors de scène, je demande aux gens de rester en colère. Cela ne veut pas dire tout casser, tout brûler. C’est simplement rester vigilent, s’intéresser aux autres. Se dire qu’éventuellement, ce qui se passe ailleurs peut nous aider à comprendre ce qui se passe ici… En effet, c’est anormal que des jeunes de 20 ans partent combattre en Syrie. Mais en même temps, il faut aussi se poser les bonnes questions. Se demander : Qu’est-ce qu’on n’a pas fait pour que ces gens-là fasse cela ? On revient toujours au même truc. On parle du mal, mais jamais de la cause du mal.

Vous prenez régulièrement la parole dans vos chansons mais aussi hors de scène2. Considérez-vous Trust comme un groupe engagé ?
B. B. :
On l’a vérifié tous les soirs, les gens ont envie qu’on leur parle. Moi, je revendique d’être engagé. À un moment, il faut mouiller tes petites couilles quand tu fais les choses. Dans les années 90, quand les villes du sud ont été prises par le Front national, tous les artistes disaient de ne pas y aller. Les mecs allaient jouer à 20 bornes, mais nous, on allait dans les villes ! C’est à cet endroit qu’il faut être, c’est à ce moment-là qu’il faut y aller. C’est le slogan qu’il y a eu après les attentats de Charlie Hebdo : On est debout ! Mais t’es debout combien de temps ? Douze heures et puis après, tu rentres chez toi, et tu te couches ? C’est pour cela qu’on a été les premiers à revenir jouer au Bataclan.

Pour cette reformation, vous avez fait la tournée des petites salles parisiennes durant toute une semaine au mois de novembre 2017. Ce sont des choses que les groupes ne font plus. Comment l’avez-vous vécu ?
N. :
On aurait pu faire un Zénith ou un Bercy et basta, mais non ! Dès le départ, quand on s’est reformé en 2016, on a décidé de jouer dans des petites villes et dans des salles de petite et moyenne capacité. Donc à Paris, c’était pareil, on voulait être proches des gens. C’est chouette de jouer au Hellfest3 ou à la Fête de l’Humanité, devant 80 000 personnes, c’est flatteur pour l’ego, mais il y a une latence dans le contact avec le public. Alors qu’au Bus Palladium, à la Maroquinerie ou au Bataclan, c’est instantané.

B. B. : À la Maroquinerie, j’ai cru que les mecs allaient manger le matos. C’était sauvage !
N. :
Ouais, parce qu’il n’y a pas de barrière. Ils peuvent te toucher les chaussures pendant que tu joues. Le contact est direct et on aime ça.
B. B. : Et puis, je pense que cette musique, le rock, prend toute sa dimension dans ce type de salles. Vraiment !

Trust Dans le même sang (WM FR Affiliated/Verycords) 2018

1Référence aux affaires qui ont touché François Fillon, le candidat du parti Les républicains, lors de la dernière campagne présidentielle.
2Bernie Bonvoisin a notamment co-réalisé le documentaire, Syrie, les enfants de la guerre, diffusé en 2016 par les chaînes de télévision France 2 et LCP.
3Trust a publié fin 2017 un CD / DVD tiré de son concert au Hellfest : Live Hellfest 2017.

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