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Dani, nuits magiques

Dani, en paix avec un passé tumultueux, a trouvé une complice de taille sur scène et défend un répertoire solide, luxuriant et émotionnel. Nous l’avons rencontrée en avril dernier lors de son passage au festival du Printival à Pézenas alors qu’elle s’apprête à se produire aux Francofolies de La Rochelle le 15 juillet prochain.

Théâtre de Pézenas. “Qu’est-c’-t’as Qu’est-c’-t’as pas ?”. Voici la guitare impétueuse de la formidable Émilie Marsh. Vient alors Dani. Âme punk, voix si particulière, rauque, canaille, désinvolte, d’une grande force expressive. Une grâce constamment sur la brèche. (Sur)vivante, terriblement (sur)vivante. Dani garde tout son pouvoir de séduction, habitée par un souffle brûlant et rock. Elle injecte dans les chansons une sensibilité extrême et insidieuse.

Le point culminant est atteint sur Vive l’enfance, vertigineux de fragilité. Mais ce qui surprend jusqu’à émouvoir dans ce tour de chant, c’est cette complicité aventureuse entre les deux femmes. C’est criant, palpable, ça pète tous les plafonds. “Je suis très sensible à tous les arrangements d’Émilie. Elle m’amène à une émotion que je n’avais pas connue auparavant. Ce sont les fameux points d’interrogation sur les rendez-vous de la vie”.

On peut appeler ça l’art d’être toujours dans le coup. Après des traversées du désert, des absences, des éclipses, des retours. Mais Dani a finalement toujours été là proche et jamais larguée. Du désir, du feu, des bonheurs d’autrefois, des fragments douloureux du passé. Ne pas tricher. Elle ramasse tout ça dans son interprétation. “Je suis toujours avide de retrouver des mots et des musiques. Cette sensation de partage est assez unique”.

Dani, septuagénaire et bien des tempêtes sous un crâne. Longtemps sur le fil du rasoir. Elle est désormais nantie d’un instinct de vie à quatre roues motrices, joue d’inespérées prolongations. “Déjà physiquement, je me demande comment je ne suis pas encore au ciel. Je regarde devant et je sais que ce devant peut-être très court. Les deux chiffres de mon âge ne me parlent pas du tout. Ce ne sont pas ceux-là que j’ai dans ma tête “.

Une vie extraordinaire

On l’affuble trop régulièrement du mot “icône”, ce qui la laisse particulièrement circonspecte. Elle a fini par vérifier par elle-même. “J’ai regardé dans le dictionnaire et ça signifie une image sacrée peinte sur du bois. Je ne suis ni une image, ni sacrée, ni sur du bois. Je suis normale, accessible et certainement pas dans une cage dorée. Juste une femme ordinaire à qui il arrive des choses extraordinaires”.

Une femme excessive, exigeante, sans plan de carrière. Qui a aimé les dangers de la tentation avant de finir par pourchasser le diable à la manière d’une ménagère : à coups de balai. “Peut-être que la définition de tout cela, c’est la liberté. Enfin, c’est un grand mot, la liberté. Je déteste les interdits. J’ai pris des chemins, parfois bons, parfois mauvais”. Il y a deux ans, Dani a publié La Nuit ne dure pas, un livre de souvenirs, terme qu’elle préfère à celui d’autobiographie. “Il n’était pas question de blesser certaines personnes”. Aucun règlement de compte, pas l’ombre d’un ressentiment, juste le constat des joies et des chagrins. Cet exercice-là lui a réclamé de regarder dans le rétroviseur. La nostalgie, ce n’est pourtant pas son truc, mais “il fallait bien commencer à enlever les mailles du pull-over “.

La discographie oblige de s’arrêter sur son prodigieux carnet d’adresses : Serge Gainsbourg, Daniel Darc, Alain Chamfort, Pierre Grillet, Frédéric Botton, Gérard Manset, Jacques Duvall, Jean-Jacques Burnel (bassiste des Stranglers). Tous sont montés à différentes époques dans le cortège Dani. “Ils m’ont écrit des textes et des notes qui me donnent encore le frisson aujourd’hui. Ce sont des polaroïds qui surgissent avec évidemment quelque chose de personnel dedans. Je peux les transmettre parce je sais que les autres s’y retrouvent aussi”. Et puis, il y a Étienne Daho qui est bien plus qu’un fréquent collaborateur pour elle, mais un ami, une boussole, un pilier et bien sûr, l’homme qui a permis aussi à la chanson Comme un boomerang de trouver enfin la lumière.

Ces deux-là s’appellent tous les matins aux aurores. De leur première rencontre, elle n’a rien oublié. “Je tournais un film de Jacques Doillon en Suisse et le tournage a été interrompu un mois à la suite de l’opération d’un acteur. Il fallait rester sur place et on m’a demandé de faire une émission où j’avais carte blanche. Je venais d’écouter Tomber pour la France et j’ai dit que je voulais ce jeune homme. À la fin de l’émission, on a parlé longuement et on ne s’est plus quittés”.

Pour l’album-compilation des cinquante ans de carrière, La Nuit ne dure pas, c’est lui qui a pris le projet à bout de bras et qui est allé piocher dans ses quatre derniers disques. “On a réenregistré des chansons, car il trouvait le son pas bon, il a choisi les titres lui-même et a décidé de leur ordre. Il fait toujours ça avec mes disques. Je lui fais totalement confiance, car c’est un visionnaire et un artiste exceptionnel “. Elle dit qu’elle n’en a pas fini d’en découdre. Elle dit aussi que si c’était à refaire, elle ne changerait rien. Et la sagesse de conclure : “Il me semble que ces rendez-vous actuels sont exacts à mon histoire”. On acquiesce en faisant des boums et des bangs.

Dani Compilation La Nuit ne dure pas (Mercury) 2016
Dani La Nuit ne dure pas (Éditions Flammarion) 2016 à écouter sur Deezer

 

Page Facebook de Dani
Dani et Emily Marsch en concert le 15 juillet aux Francofolies de La Rochelle et au théâtre Les Étoiles à Paris le 16 octobre.


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