Les terrains de jeux d’Alexis HK

Le chanteur français Alexis HK © Souffle

Quatre ans après Comme un ours, Alexis HK, 25 ans de carrière, sort de sa tanière avec Bobo Playground. Une boîte à musique aux mélodies joyeuses et aux textes acidulés.

Au téléphone, Alexis HK nous raconte en rigolant que puisqu’il est « confiné depuis 15 ans » dans sa maison à la campagne, la pandémie n’a pas beaucoup changé sa façon de vivre. Si ce n’est que les concerts occupent une place majeure dans sa carrière et que leur interruption a été un peu brutale. « J’adore faire des disques, mais c’est beaucoup plus abstrait que la scène, c’est elle qui donne des réponses immédiates. Tant que je pourrai continuer à faire des concerts, je continuerai à faire de la musique », nous confie-t-il.

S’il ne remplit pas des salles gigantesques —ce qui ne semble guère être sa vocation — Alexis HK, qui fait aussi des incursions joyeuses dans le répertoire jeune public, a su fédérer un public. Il enregistre ses albums sous La Familia, un label indépendant, fondé par son manager, il y a quinze ans. « Chaque disque est comme le premier. Cela me permet de ne pas dépendre des aléas médiatiques et de la conjoncture musicale, de faire ma route en père peinard, à la Brassens », nous confie-t-il.

Georges Brassens, il en a justement été beaucoup question ces dernières années dans la vie d’Alexis HK. En effet, en 2017, ce baladin-dandy, épris de poésie créée Georges et moi, un spectacle-hommage, mis en scène par le comédien François Morel. Avec près de 300 représentations, suivi d’un disque live, le succès a été au rendez-vous.

Du bobo à Donald Trump

Lorsque la pandémie est survenue et que les concerts de Comme un ours ont cessé, Alexis HK s’est retrouvé chez lui. Le chanteur a sorti ses « jouets », notamment sa guitare et son ordinateur. « Mon studio est devenu un terrain de jeu. Je voulais faire des choses qui m’amusaient et me plaisaient avant tout. Ce disque a été fait dans un état d’esprit ludique et sincère », analyse-t-il.

Cela a été une occasion en or pour s’emparer du bourgeois bohème épris de ruralité et disséquer ses mœurs avec malice et lucidité sur Bobo Playground. « Être bobo, c’est cumuler les privilèges ; vous avez le confort matériel et le confort de la liberté dans vos choix de vie. Vous n’avez ni les contraintes des bourgeois traditionnels ni celles des gens aliénés par des problèmes financiers. Je fais partie des bobos. Je mène une vie un peu enfantine à travailler en faisant des chansons » explique-t-il.

Pourtant, depuis sa campagne nantaise ou sur les routes françaises qu’il arpente en tournée, Alexis HK n’en est pas moins témoin du monde et de la vie politique, notamment en Amérique. Ainsi dans Le Tweet, imagine-t-il les excuses mordantes d’un Donald Trump qui s’engagerait à aimer son prochain et à embrasser les valeurs du siècle des Lumières. « Je renonce à la loi du plus grand des phallus/ J’héberge les migrants dans mes hôtels de luxe ».

Ce don pour la punchline piquante est l’une de ses signatures. Elles abondent aussi sur Comme un rappeur, où le chanteur —fan de rap lui-même— en égratigne certains, plus mercantiles que musiciens. Il les imagine, ressassant en maison de retraite. « Un rappeur, c’est comme un p’tit vieux qui radote sur ta tête pour se faire de l’argent ».

Introspection

Mais charité bien ordonnée commence par soi-même. Alexis HK ne s’épargne pas dans cet album où l’autodérision abonde. Ce « bobo » qu’il raconte, c’est aussi lui. Avec ses failles. Ainsi dessine-t-il dans Fille de l’air le portrait d’un homme qui devrait relativiser ses « paradis peuplés d’ombres » au regard de la misère du monde.

Sur Rêves nuls, porté par un swing à la Django Reinhardt, ce sont des songes médiocres qu’il énumère avec un humour grinçant. C’est aussi l’invitation à écouter les sans-abri (le poignant piano-voix de Ville Lumière) reclus dans l’urbanité.

La ville hostile devient le décor de Carima où la maison refuge d’une amie devient « comme un rosier au milieu des chardons ».  L’entêtante Elle te kiffe s’adresse à un enfant dont la mère aime rêver et avoir des amants. D’un féminisme bienvenu, elle invite à prendre de la hauteur, et à admirer celles qui réussissent à ne pas s’oublier.

Comme en réponse, le groove mélancolique de J’ai 18 ans dépeint une entrée dans l’âge adulte qui n’a rien d’excitant. Plus surprenante est sa variation reggae de Partenaire particulier. Le tube du groupe éponyme des années quatre-vingt se pare d’une gravité existentielle peu écoutée. « Il y a un désespoir et une mélancolie forte dans cette chanson. Je voulais lui rendre hommage en lui apportant un autre éclairage.«  Humble et élégant, Alexis HK poursuit sa route et nous invite à partager ses jeux — pas si enfantins— avec malice.

Alexis HK Bobo Playground (La Familia) 2022

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