Les drôles de voyages de Gérard Manset

Le chanteur français Manset, en 2022. © Nicolas Manset

C’est un artiste à l’aura pleine de mystère. Gérard Manset sort son 23e album, Le crabe aux pinces d’homme, en plus de cinquante ans de carrière. Le chanteur et auteur parisien ne fera pas mentir sa légende avec une nouvelle collection de chansons, empreintes de merveilleux.

Ainsi va Gérard Manset qui continue sa collection d’albums Mansetlandia par un 23e disque. L’artiste qui n’a connu qu’un seul véritable tube, Il voyage en solitaire, a fait partie de ceux qui ont posé il y a près de cinquante ans les bases d’une chanson/rock française. Régulièrement célébré et interprété au fil du temps par Francis Cabrel, Indochine, Florent Pagny, Raphaël ou Alain Bashung, le bonhomme joue de ses silences et ses absences. Ce secret est encore renforcé par une carrière durant laquelle il n’est jamais monté sur scène. 

Son Crabe aux pinces d’homme a été imaginé seul. Ce qui frappe d’abord, ce sont les textes-fleuves et des chansons qui s’affranchissent souvent de refrains. Avec ses airs latino, Dans un pays de pain d’épices raconte en français et en espagnol l’histoire d’un amour, à moins que ce soit plusieurs. Auteur d’histoires aux décors luxuriants, Manset marie une pluie de références à l’ordinaire.

La chanson-titre retrace l’épopée d’un drôle de crustacé. Est-ce un personnage que l’on suit jusqu’aux confins du monde ? Ou, comme dans le célèbre album de Tintin auquel il est fait allusion, Le crabe aux pinces d’or, un prétexte pour parler d’opium et de paradis artificiels ? Dans les histoires de Manset, il y a en tout cas plus de vie entre les lignes que d’Espérance déçue. Sa Marilou-Marilou évoque vaguement celle de Jack Kerouac et ce n’est certainement pas un hasard.

 

Musicalement, notre crabe trace globalement le sillon d’une chanson/rock bluesy. Tout cela n’est pas des plus modernes, notamment quand les boîtes à rythmes se mêlent aux guitares et aux claviers ou dans les moments parlés chantés. Mais il y a cette voix nasale, agrémentée d’écho, qui reste au creux de l’oreille.

Celui qui ne l’a pas suivi dans ses méandres notera combien Manset a marqué les générations qui l’ont suivi. Mais qu’en sera-t-il pour les enfants du rap ? Auront-ils le goût d’aller fouiller dans les recoins de ces chansons denses et exigeantes ?

A ces questions, Le crabe aux pinces d’homme ne répond pas. Il continue, hors modes, une œuvre dans laquelle on ne rentre pas comme dans un moulin et sur lesquels les avis sont tranchés. Soit on y trouve des trésors de poésie, soit on reste sur une impression vaguement pompeuse. 

Gérard Manset Le crabe aux pinces d’homme (Parlophone) 2022
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