Trust, au nom du rock

C’est un groupe emblématique du rock en France. Après s’être reformé il y a quatre ans, Trust poursuit sa route avec un nouveau disque, Propaganda, et une autre tournée. Avant son retour à l’Olympia, on a rencontré son chanteur, Bernie Bonvoisin, et évoqué avec lui les raisons d’une colère toujours vive.

Ce mercredi soir d’octobre, Trust retrouve l’Olympia. La salle parisienne n’affiche pas tout à fait complet, mais c’est une foule de fidèles qui arbore des tee-shirts à l’effigie du groupe et de Propaganda, son dernier album. Ce public a un peu vieilli, les traits se sont creusés, les silhouettes se sont épaissies, les chevelures sont clairsemées quand les crânes ne sont pas tout simplement rasés.

Mais dans cette salle où se mêlent barbus et perfectos, il y a l’idée de se retrouver autour de quelques bières et d’un bon vieux concert de rock énervé. La scène est le terrain de jeu privilégié de Trust, l’endroit qui l’a fait connaître à ses débuts, celui où le groupe fait évoluer ses morceaux, et où ses chansons prennent tout leur sens.

Rock, géopolitique, et crise sociale

À l’image de Téléphone, le groupe de banlieusards a été l’un des phares du rock français au tournant des années 1970 et 1980, avec son tube Antisocial, ses convictions ancrées à gauche, et ses salves de tout poil. En plus de quarante-cinq ans, Trust s’est séparé puis reformé à intervalles réguliers autour de son chanteur, Bernie Bonvoisin, de son guitariste, Norbert Krief, alias Nono, et d’un personnel qui a beaucoup changé.

« C’est la première fois que chaque musicien est la complémentarité de l’autre, assure Bernie. Dans ce groupe, il n’y a aucun problème d’ego. Chacun apporte quelque chose à l’autre. Il y a vraiment une écoute, un respect, et un réel plaisir à être ensemble. » Le chanteur ne tarit pas d’éloge sur le jeune batteur, Christian Dupuis, et un line-up qui, outre la paire Bernie/Nono, compte le bassiste David Jacob et Izo Diop à la guitare rythmique.

C’est autour de cette formation que Trust s’est stabilisé depuis 2016 et qu’il a remis le couvert. Pour Proganda, dont la pochette évoque les régimes nazis et soviétiques, toute référence au contexte géopolitique actuel n’est pas fortuite. L’Europe des 27 aborde le drame des réfugiés refoulés à la porte du continent. « Les océans deviennent des cimetières. On laisse crever des gens, lance Bernie Bonvoisin. Avec le groupe, on a fait un concert de soutien pour l’association SOS Méditerranée, qui va récupérer des migrants en mer. On balade les gens de port en port, personne n’ose les accueillir. Mais dès qu’il se passe un truc en Ukraine, les frontières s’ouvrent ! Les Polonais avaient monté des murs de barbelés et tout d’un coup, ça tombe parce que ce sont des blancs ! » Le chanteur qui a réalisé un documentaire sur les réfugiés syriens au Liban en 2015 (1), s’offusque de cette indignation à géométrie variable devant la guerre.

Au cœur de ce disque, on retrouve bien sûr les préoccupations sociales de Bernie Bonvoisin. En écrivant Salauds d’pauvres ?, croit-il pouvoir changer le regard sur la misère ? « Oui, répond-il. Mais en même temps, je pense que dans ce gouvernement, les gens sont complètement déconnectés de la réalité. J’ai fait un deuxième documentaire (2) sur la pauvreté des étudiants à Nancy. J’ai parlé à des étudiants qui ont 7 € pour vivre par mois. Je ne sais pas s’ils sont au courant de ça. »

Curieux de tout et féru d’histoire, Bernie charge aussi bien le racisme (Tout ce qui nous sépare), la religion (Cette prière sur tes lèvres et ce sang sur tes mains), qu’une société d’écrans (La première pierre). Ses Vagins impatients – dont l’expression a été empruntée à l’écrivain Céline…- ne sont pas tant une diatribe contre le féminisme que contre les réseaux sociaux.

L’ombre d’AC/DC et de Bon Scott

Conformément aux habitudes du groupe, Propaganda, a été enregistré dans les conditions du live en une semaine aux studios ICP, à côté de Bruxelles. On retrouve ce son que Trust obtient quand il joue « à burne ». « Le rock est une musique basée sur l’énergie. Le principe du chant dans un groupe comme ça n’est pas d’être devant, mais en pointe. Et vous ne pouvez atteindre cela qu’à partir du moment où il y a une ‘lutte’. Pour cela, il faut que derrière, ça pousse sérieusement », poursuit Bernie. Mixé par Mike Fraser (AC/DC, Aerosmith, Metallica), ce disque fait suite à une séquence du Covid où Trust a réenregistré en version live et réorchestrée sous le nom de Re.ci.div ses trois premiers albums.

Plein de gros riffs et de solos de guitare, ce Propaganda évoque immanquablement AC/DC. Le groupe de hard rock australien dont Trust a assuré les premières parties à ses débuts a été une influence majeure, et Bon Scott, fut un grand copain de Bernie Bonvoisin. C’est même grâce à ce chanteur mort en février 1980 après une soirée trop arrosée que le nom de Trust a dépassé les frontières françaises. À Bon Scott, Trust avait dédié son album culte, Répression, et une chanson, Ton dernier acte, devenue l’un de ses classiques. « Cette identité, on l’a toujours assumée, revendiquée, et cela nous va très bien. Cela fait partie des groupes qui nous ont retournés », confirme Bernie.

À 66 ans, le bonhomme n’est plus un « chien fou » depuis longtemps. Avec son compère Nono et son groupe, il n’est plus soumis à « un plan de carrière ». Mais il continue d’avancer humblement, guidé par une envie permanente de prendre des risques et des tonnes de doutes.

Trust Propaganda (Verycords) 2022
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(1) Documentaire, Syrie, les enfants de la guerre, diffusé par les chaînes France 2 et LCP en 2016. De cette expérience, Bernie Bonvoisin a tiré un livre, La danse du chagrin, publié aux éditions Don Quichotte.
(2) Documentaire, Mort sociale, jeunesse de France, diffusé par LCP en 2021.

 


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