Princess Erika, passion reggae

Princess Erika, 2022. © Thomas Baltes

Tout le monde se souvient du premier hit de Princess Erika, Trop de bla bla, Loin d’être une « one hit wonder », la Princess d’origine camerounaise a depuis joué au cinéma, au théâtre et à la télé et a sorti cinq albums. Le sixième vient d’arriver, J’suis pas une sainte, avec des musiques originales jouées par des musiciens solides, à contre-courant de l’offre actuelle. Autour d’une tasse de thé, Erika évoque son actualité et explique pourquoi ça fait du bien de dire du mal de ses ennemis en chanson.

 

RFI Musique : Comment a été conçu ce sixième album, le premier depuis 11 ans ?
Princess Erika : C’est une nouvelle équipe qui travaille avec moi.
Didier Sustrac, que j’avais connu en 1995 chez Polydor, m’appelle pour qu’on fasse un titre ensemble. Je prends le train, j’arrive dans un trou perdu, je rencontre sa manageuse, Yvanna Zoïa, et Louis Ville qui a réalisé le titre Langue de bois. On cherche la bonne tonalité et Louis comprend, trouve le bon micro.
Quand je commence à faire la chanteuse, il me dit « Non, chante normalement ». Bref, je sens qu’il me ressent. Yvanna aussi est brillante. Le lendemain matin, je la rappelle et je lui dis que je veux bosser avec elle. Et elle me propose Louis. Je travaillais avec Dubmatix, qui m’envoyait ses compositions, mais ça ne me convenait pas. Moi, je compose, je joue de la guitare et du piano, je cherche à enrober ma mélodie. On teste, j’envoie à Louis le guide vocal et la guitare de J’suis pas une sainte, il me sort une musique de film. Je lui dis que je veux une guitare à la Geoffrey Oryema, des beats à la Gorillaz, et il va chercher les sons qu’il faut. C’est fin et subtil, et ça me plait. J’avais sorti des singles, mais pas d’album depuis longtemps. J’étais sur un projet avec Kris et un beatmaker. Tyrone Downie avait bossé sur des titres mais la productrice me faisait chier, on a tout arrêté. Mon métier, c’est d’écrire des chansons, je travaille avec ma guitare, mon clavier et Garage Band (logiciel de création musicale, ndlr). Donc, on a commencé à travailler sur des chansons avec Louis. On a trouvé un coproducteur, Laurent Balandras, des subventions, un studio, on a avancé tranquille. On a envoyé l’album à EPM, le label d’Anne Sylvestre, le mec a écouté à 10h, à 14h il a dit « Je signe ».

Les sons vont du reggae au blues via la soul…
Louis a trouvé une identité à chaque chanson. C’est ce que j’appelle de la variété française dans son sens littéral. Et ce qui donne le fil, c’est moi, mes textes, mon flow, ma façon de raconter. Pour Natty, ma chanson préférée, sur la meuf qui m’a fait perdre pas mal de temps quand j’avais commencé à faire l’album avec Kris, Louis me dit « funky, mais reggae ». J’ai adoré travailler comme ça, on n’était jamais dans la redite, pourtant il y a une unité des sons.

L’album s’ouvre sur African Ladies, dont les premiers couplets sont en anglais…
J’ai voulu raconter mon histoire. Au début de ma carrière, je chantais en anglais. On allait à Londres. J’ai commencé avec les Black Heart Daughters où il y avait ma sœur et Patricia Ndiaye, on chantait African Ladies. J’avais 16 ans, on était fascinées par l’Afrique, on n’y était jamais allées. C’était un truc fantasmé, et j’ai voulu donner la réponse trente ans après. Qu’est-ce qu’il s’est passé ? Que nous reste-t-il de ces années-là ? Patricia est partie en Afrique. Moi, je suis restée, mais on fait les mêmes constats. Je suis retournée au Cameroun récemment enterrer mon père. J’ai constaté que les villes, c’était l’enfer, mais que les villages restaient très solidaires. Les gens rentrent au village, Dakar et Yaoundé, c’est surpeuplé, sale, il y a des mendiants partout, c’est la cour des miracles et au-dessus du ghetto, on voit des villas hyper sécurisées, c’est dingue. On dit que l’Afrique est corrompue, mais elle est surtout tenue par des grosses entreprises qui sont chinoises et non plus françaises. Moi j’ai envie d’être ce petit village résistant.

Entre Natty et Tu m’as cherché des emmerdes, vous avez l’air plutôt en colère…
Ce sont des petites vengeances que j’ai transformées en chanson. Le mec du second morceau est venu me chercher pour un truc, il n’a pas eu ce qu’il attendait et il m’en a voulu pour ça. Il se reconnaitra. Moi, une fois que c’est posé, je n’y pense plus, et comme ça, je n’attrape pas de cancer ou d’ulcère. Je ne suis pas aussi souple que je le pensais. Je ne suis pas très sympa, en vérité ! (Rires)

Trop de bla bla utilisé comme jingle de pub, vous ne le regrettez pas ?
Au contraire, je suis très contente que ça soit une pub, ça me permet d’avoir de la trésorerie et de faire mes projets. Ce morceau a sa vie et moi, la mienne. Il faut être reconnaissant. Être réduite à ça, c’est le problème des autres. Je sais que je n’ai pas fait que ça, et Dieu merci, j’ai fait ça. Pour moi, c’est important d’être contente et au fait de ce que je fais. Les gens, c’est après. Moi, je sais que j’ai fait six albums avec plein de choses dedans, c’est là. Je remercie mon inspiration de ce jour, d’avoir fait Trop de bla bla en 1988 avec Drummie Zeb d’Aswad, qui est parti récemment à 62 ans. Je suis en vie et en bonne santé, je suis contente. J’ai la foi, et j’ai toujours l’envie de « tuber », faut pas se mentir. Les artistes ont toujours envie de faire un truc qui va rester.

Princess Erika J’suis pas une sainte (EPM/Universal) 2022
En concert à la Nouvelle Ève (Paris) mardi 7 février 2023.  

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