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J.-P. Dugoin-Clément : « Il faut réinstaurer un lien entre la construction de logements et les recettes des communes »

Vous vous apprêtez à prendre à la fois la présidence de Grand Paris aménagement et de l’Etablissement public foncier d’Ile-de-France, tout en ayant, au sein de la Région, la responsabilité de l’élaboration de la révision du Schéma directeur de la Région Ile-de-France (Sdrif-E). Quelles sont vos intentions ?

Jean-Philippe Dugoin-Clément, mardi 20 juillet 2021, lors du cocktail d’été d’Acteurs du Grand Paris. © Jgp

Nous avons souhaité, avec Valérie Pécresse, favoriser une cohérence forte, de sorte de nous permettre de créer les conditions de la mise en œuvre d’un aménagement durable de l’Ile-de-France, dans toutes les dimensions que revêtent aujourd’hui les enjeux environnementaux. Nous avons fait, depuis l’élection de Valérie Pécresse en décembre 2015, de la transition environnementale une des premières priorités de l’action de la Région. Quand on parle de l’environnement, on y inclut naturellement les transports, l’aménagement, et le logement. Aujourd’hui, les outils de l’aménagement durable franciliens sont tout d’abord le cadre réglementaire, co-construit avec l’Etat : c’est le Schéma directeur de la région environnemental, qui date de 2013 et que nous allons réviser, car il ne correspond plus aujourd’hui ni à la réalité de l’Ile-de-France, ni à nos attentes, ni aux besoins des Franciliens.

Quel est le calendrier du Sdrif-E ?

Ce chantier va durer de deux ans et demi à trois ans. Notre objectif est d’en faire véritablement un Sdrif environnemental, c’est-à-dire un document permettant à l’Ile-de-France de poursuivre sa croissance. Je rappelle que l’Ile-de-France représente plus de 30% du PIB, joue le rôle de locomotive de l’économie du pays, et qu’il s’agit de la seule région de rang mondial en France, en concurrence avec le Grand Londres ou le Grand Moscou. Avec 50.000 nouveaux habitants par an, et un épicentre parisien qui perd 10.000 habitants chaque année, ce sont quelque 60.000 Franciliens de plus qui sont accueillis et qu’il faut loger. Soit une ville de la taille d’Évry-Courcouronnes, et des populations auxquelles il faut permettre de trouver un logement, du travail et bénéficier de l’ensemble des services publics. Cela oblige de continuer à aménager, à bâtir, à soutenir la construction de logements. Ce que nous souhaitons faire en respectant les standards environnementaux les plus élevés. Le Sdrif-E doit, dans le même temps, nous permettre d’atteindre le ZAN (zéro artificialisation nette), le ZEN (zéro émission nette) et le zéro déchet.

Cela explique-t-il le nouveau portefeuille très large que vous allez détenir sur l’aménagement francilien ?

Au-delà du cadre réglementaire que fixera le Sdrif-E, il existe également tout l’aménagement opérationnel de la Région. Cela passe notamment par la politique régionale en matière de logement, d’où la nouvelle délégation qui m’a été confiée. Elle consiste à répondre à la question de savoir comment nous soutenons la construction de logements sociaux, la rénovation thermique des logements privés, comment nous mettons en œuvre tous les outils afin de faciliter cet objectif – qui constitue un plancher – de 70.000 logements neufs par an. Si on ne construit pas ces logements, cela signifie que l’on ne renouvelle pas les logements insalubres, les passoires thermiques. Cela signifie aussi que l’on laisse le prix du foncier s’envoler, que l’on condamne des gens à continuer à vivre les uns sur les autres, sur plusieurs générations, avec des couples qui se séparent sans pouvoir décohabiter. C’est donc une obligation et un devoir social que de porter ces objectifs de construction. C’est également un devoir économique puisque plusieurs filières professionnelles dépendent de cette activité.

Quelles sont vos ambitions pour l’Etablissement public foncier d’Ile-de-France (Epfif) ?

L’Epfif constitue un des autres outils opérationnels d’aménagement à la main de l’Etat et de la Région en Ile-de-France. Je devrais en prendre la présidence le 21 septembre prochain. Il provient du regroupement de diverses agences foncières qui existaient au sein de la région. C’est le plus important investisseur pour ce qui concerne le remembrement du foncier régional. Avec un volume de 500 millions d’euros annuels pour l’acquisition de terrains. Le métier de l’Epfif consiste à assurer le portage foncier d’emprises pour lesquelles les communes ne disposent pas des moyens financiers leur permettant de les acquérir, en vue du remembrement, de la dépollution, de la déconstruction si besoin des périmètres concernés, pour permettre leur réaménagement. C’est un outil précieux dans le cadre de la reconquête des friches, compte tenu notamment des contraintes liées au ZAN.

Et Grand Paris aménagement ?

C’est l’autre grand « outil » Etat Région en matière d’aménagement public, doté d’ambitions à la fois très qualitatives, pour donner l’exemple, mais qui intervient aussi dans des secteurs un peu plus difficiles économiquement. GPA doit nous permettre également d’accompagner la requalification des territoires tout en tenant nos objectifs de logement. Je ne souhaite pas reproduire les grandes causes de l’échec enregistré dans l’aménagement francilien au cours des dernières décennies. Une des grandes erreurs du passé a été de concevoir des aménagements monolithiques et non réversibles. Historiquement, la ville est diverse, complète, en particulier parce que ses habitants ne disposaient pas, par le passé, des moyens de transport existant aujourd’hui. Détruire et reconstruire produit, en outre, le pire des bilans carbones.

Au palais des festivals de Cannes, mardi 7 septembre, sur la terrasse du stand United Grand Paris, lors du Mipim 2021, avec Patrick Ollier et Begoña Villacís Sánchez, 1ère adjointe au maire de Madrid. © Jgp

Pour quelles raisons êtes-vous favorable à plus de hauteur ?

Nous devons passer de la ville en 2D à une ville en 3D. C’est-à-dire qui cesse de s’étendre mais se reconstruise sur elle-même, qui travaille sur sa densification mais aussi ses sous-sols, et qui n’est pas peur de la hauteur. Le drame de l’Ile-de-France provient ce de que l’on n’a jamais réussi à rompre avec la mono-centralité. Nous portons avec Valérie Pécresse la volonté de créer de nouveaux pôles territoriaux qui soient complets et cohérents, en termes de parcours de vie, de potentialités d’études pour les enfants, d’emplois et d’offres de service…

Comment trouver l’équilibre entre le respect du fait communal, les ambitions des promoteurs de construire toujours plus, les attentes des habitants et les capacités financières de l’Etat ?

Je crois profondément à la primauté de la commune. On ne réussira pas l’aménagement de l’Ile-de-France contre les maires. La réalité, c’est qu’une grande majorité de maires, ne sont pas contre, par nature, l’acte de construire. Que ce soit du logement, de l’activité ou du service public. Mais le problème provient de ce qu’ils ne disposent plus aujourd’hui des moyens de le faire. Ils font face à une poussée idéologique qui veut qu’un élu qui souhaite permettre à ses habitants de vivre dignement en leur donnant des logements corrects et accessibles n’est pas considéré comme un maire bâtisseur mais comme un bétonneur quasiment taxé du crime d’écocide. Ceux-là même qui sont les héritiers de ceux qui ont inventé la loi Solidarité et renouvellement urbain (SRU) il y a 30 ans sont ceux qui demandent que plus rien ne se construise et qu’on laisse les gens vivre dans la misère. Je déplore le dévoiement idéologique d’une partie de la gauche en la matière, qui a oublié visiblement ses racines.

Pourquoi estimez-vous que les communes ne disposent plus aujourd’hui des moyens de construire ?

La baisse régulière des dotations de l’Etat aux collectivités, la suppression de la taxe professionnelle et son remplacement par la Contribution économique des territoires (CET) ont supprimé le lien dynamique entre la création de logements et les recettes fiscales perçues par les collectivités. La généralisation des appels à projets, qui aboutit à que l’Etat flèche ses concours aux collectivités vers ses propres objectifs prive également les collectivités de recettes pérennes. Un maire qui bâtit des logements ou accueille des entreprises est certain de se le voir reprocher, parfois violemment, par les habitants déjà là, qui peuvent parfois témoigner du syndrome du « dernier barbare romanisé » c’est-à-dire celui qui souhaite fermer la porte derrière lui pour que plus personne n’entre. Et il est certain, aussi, de ne pas percevoir de nouvelles recettes alors qu’il va devoir faire face à de nouvelles dépenses. Il faut, et c’est un enjeu national, réinstaurer un lien dynamique entre la construction de logements et les recettes des communes.

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Author: Jacques Paquier

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