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Et le Louvre de Rio brûla…

C’est un peu comme si le Louvre avait brûlé. L’incendie du musée national de Rio est bien une catastrophe nationale, qui touche le pays au cœur de son histoire. Le palais Saint-Christophe avait été pendant près d’un siècle la résidence officielle des empereurs. Le musée y avait élu domicile depuis 1892, après que la République a remplacé l’empire.

D’abord réservé à la botanique et à la zoologie, il avait été créé il y a deux siècles exactement, en 1818. Les souverains du Portugal et du Brésil avaient quitté l’Europe depuis 1811 et l’invasion de leur pays par Napoléon Ier. Mais après la chute de l’empereur français, Jean VI avait refusé de rentrer au Portugal, préférant gouverner depuis Rio de Janeiro. Cette primauté qu’il accordait à l’ancienne colonie s’était incarnée dans la fondation de ce musée : le souverain entendait en faire une vitrine moderne du pays et un lieu de recherche scientifique. Son action sera prolongée après l’indépendance du Brésil, en 1822, par son fils, Pierre Ier, qui invita les plus grands naturalistes européens. De nombreux explorateurs venus d’Europe firent don aussi d’une partie de leurs trouvailles après avoir visité le pays.

BRAZIL-FIRE-MUSEUM-AFTERMATH © CARL DE SOUZA / AFP

BRAZIL-FIRE-MUSEUM-AFTERMATH © CARL DE SOUZA / AFP

Des Brésiliennes pleurent la destruction du musée national de Rio de Janeiro. 

© CARL DE SOUZA / AFP

Des fresques de Pompéi détruites

Selon son directeur adjoint, la plus grande partie des destructions qui ont ravagé le musée dimanche touche la collection de l’impératrice Thérèse-Christine. D’origine espagnole et autrichienne, elle avait une passion pour les antiquités gréco-romaines, dont elle a enrichi le musée. On déplore ainsi parmi les éléments détruits des fresques de Pompéi. Son mari, Pierre II, qui fut le grand homme de l’histoire du Brésil, qu’il réforma en l’ouvrant à la modernité occidentale, était très proche des scientifiques et artistes européens qui continuèrent d’affluer à la cour, de Franz Listz à Sarah Bernhardt.

Lors de ses nombreux voyages dont l’un dura plus d’un an – il rencontra Victor Hugo à Paris –, Pierre II procéda à de nombreux achats, flanqué du directeur du musée, Ladislau de Souza Mello Netto. Cet âge d’or pour le Brésil fut donc aussi celui du musée, devenu le plus riche musée d’histoire naturelle de l’Amérique du Sud.

La perte de « Luzia »

Mais la perte majeure provoquée par l’incendie concerne le résultat d’une fouille bien plus récente, effectuée dans les années 70, dont les résultats ne furent publiés qu’en 1999 : Luzia. Ce plus ancien fossile trouvé au Brésil, grâce à une fouille franco-brésilienne, et baptisé ainsi en hommage au squelette de Lucy découvert en Afrique, date de 11 000 années.

Par ses ressemblances et ses caractéristiques, ces restes fossilisés appartenant à une femme de 20 à 25 ans ont confirmé les théories des premiers peuplements américains qui proviendraient soit d’Afrique, soit d’Océanie. Plus que 200 ans d’histoire, ce pays encore jeune créé officiellement il y a moins de deux siècles vient de perdre sa doyenne et son ancêtre.


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