Sciences

Vœux : la phrase d’Emmanuel Macron sur le climat qui ne passe pas

ENTRETIEN. Le 31 décembre, le président a semblé remettre en cause les alertes sur le réchauffement climatique. Philippe Moreau Chevrolet décrypte ce discours.

Propos recueillis par

Emmanuel Macron lors de ses voeux aux Francais, le 31 decembre dernier.
Emmanuel Macron lors de ses vœux aux Français, le 31 décembre dernier. © JULIEN DE ROSA / AFP

Temps de lecture : 3 min

La petite phrase ne passe pas. Emmanuel Macron s’est attiré la colère des scientifiques experts du climat en semblant remettre en cause, dans ses vœux de fin d’année, des années d’alerte sur le réchauffement climatique. « Qui aurait pu prédire la vague d’inflation ainsi déclenchée ? Ou la crise climatique aux effets spectaculaires encore cet été dans notre pays ? » a lancé le président de la République le 31 décembre dernier, faisant le bilan de l’année.

Un président qui dit découvrir la crise climatique en 2022, les scientifiques en sont tombés de leur chaise, à l’image du géologue Gonéri Le Cozannet, coauteur du dernier rapport du Giec, qui confie à France Info avoir d’abord cru la phrase « sortie de son contexte ». « Il y a déjà eu six rapports du Giec, 27 COP, des alertes dans les années 1970 et 1980… On ne peut pas dire qu’on ne l’avait pas prévu. » Stratégie délibérée ou bourde monumentale ? Philippe Moreau Chevrolet, professeur en communication à Sciences Po et consultant en communication, décrypte pour Le Point cette phrase polémique.

Le Point : « Qui aurait pu prédire […] la crise climatique ? » Emmanuel Macron a-t-il fait une erreur de communication dans ses vœux ?

Philippe Moreau Chevrolet : Manifestement oui, car la phrase a été mal comprise et mal expliquée. Peut-être l’a-t-il fait délibérément. On peut y voir une démarche populiste pour parler à l’électorat qui vit l’écologie de manière punitive. Ou alors une phrase destinée à justifier une forme d’inaction environnementale. Une sorte de révisionnisme à dire qu’il n’y avait pas de consensus politique et qu’on ne pensait pas que ce serait si fort. C’est exactement ce qu’ils ont fait pendant le Covid-19, ils habillaient la misère en réécrivant l’histoire. Cela peut toutefois correspondre à la perception de certains Français qui ont découvert l’ampleur du réchauffement climatique cet été…

À LIRE AUSSIClimat : après un été en enfer, ce que prévoient les scientifiques

Il est aussi possible que ce soit une vraie bourde du président…

Ça y ressemble, car on a du mal à trouver un gain quelconque à cette petite phrase qui fait plus de mal que de bien. C’est incompréhensible pour l’image internationale du président et même pour sa propre base, l’électorat modéré étant concerné par l’écologie. C’est dommage, car c’était un discours tiède et insipide dont on va retenir cette phrase, probablement rédigée trop vite sur un coin de table.

Taxé d’« inaction climatique », critiqué à chaque prise de parole sur le sujet… Il semble loin, le Macron de 2017 qui avait réussi à s’imposer en figure de l’écologie avec son « Make Our Planet Great Again »…

La réalité de son positionnement politique l’a rattrapé. En 2017, il était dans l’affichage et le « en même temps » ; aujourd’hui, il s’est droitisé, comme sa base et son exercice du pouvoir. La rupture avec Nicolas Hulot l’a privé d’une écologie populaire qui pouvait passer auprès de cet électorat de droite. S’il donne des gages à la gauche et aux écologistes, il n’a pas la paix au Parlement pour faire passer ses réformes. Le jeu politique le pousse vers l’autre bord.

À LIRE AUSSIMétéo en France : 2022, année de tous les records

L’écologie ne serait-elle donc plus une priorité pour Emmanuel Macron ?

Non, et ça ne l’a peut-être jamais été. L’écologie, c’était sympa de l’avoir pour l’affichage, mais ça n’est pas sa conviction première. Ça lui coûte cher et ne rapporte rien. Dans son premier mandat, il a fait beaucoup de cadeaux aux chasseurs : pour lui, c’est une façon de parler à un électorat rural que l’écologie ne compensera jamais. L’électorat bobo lui est déjà assuré et, si l’écologie est une préoccupation, ça n’est pas la priorité. Évidemment qu’on ne découvre pas le réchauffement climatique – Chirac alertait déjà en 2002 avec son célèbre « notre maison brûle et nous regardons ailleurs » –, mais il y a un échec collectif de la politique française qui ne parvient pas à se saisir de la question. On est dans les années Don’t Look Up [film caricaturant le déni de la société d’une catastrophe annoncée par les scientifiques, NDLR] et Emmanuel Macron est le pur produit de son époque.


Continuer à lire sur le site d’origine