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Mark Zuckerberg : « Je suis responsable de ce qui s’est passé dans cette histoire »

Obligé de rentrer dans l’arène ! Ce mercredi soir, à 22 heures, heure de Paris, Mark Zuckerberg, créateur et PDG de Facebook, a été obligé de s’expliquer à l’occasion d’une conférence téléphonique réservée à des journalistes et à laquelle Le Point a pu participer. Il faut dire que, quelques minutes plus tôt, le réseau social relevait à la hausse le nombre de personnes touchées par le scandale Cambridge Analytica. Pas moins de 86,3 millions de personnes ont vu des données privées utilisées à leur insu. La source du problème ? Entre 2013 et 2015, plusieurs dizaines de milliers de personnes ont répondu à « Thisisyourdigitallife », un test de personnalité a priori banal. Le problème, c’est qu’Aleksandr Kogan, le chercheur qui a proposé ce questionnaire, a revendu ses résultats, très personnels, à Cambridge Analytica, une entreprise britannique qui s’est servie de faiblesses supposées d’internautes, et de leurs amis, pour influencer des votes lors des dernières élections américaines.

Au total, plus de 80 millions de personnes auraient été touchées, a reconnu Facebook ce 4 avril, et non 50 millions d’internautes comme on le croyait jusqu’ici. Quelque 305 000 personnes auraient répondu aux questions de l’application « Thisisyourdigitallife », contre 270 000 personnes annoncées jusqu’ici. « Nous avons ces chiffres depuis deux jours », a expliqué Mark Zuckerberg. En France, pas moins de 211 591 personnes ont vu leurs données personnelles exploitées à leur insu. Ces données représentaient « une arme de guerre psychologique » destinée à « exploiter les vulnérabilités mentales » des électeurs, a ainsi expliqué Christopher Wylie, un ancien employé de Cambridge Analytica.

C’était une grosse erreur. C’était mon erreur

Après avoir appelé à avoir une pensée pour les victimes de YouTube – « La Silicon Valley est une communauté, et nous avons tous des amis chez Google » –, le créateur de Facebook a tenu à faire, ce mercredi soir, un nouveau mea culpa. « Nous n’avons pas pris assez au sérieux notre responsabilité. C’était une grosse erreur. C’était mon erreur. » Ou encore : « Je suis responsable de ce qui s’est passé. » Avant de lancer : « Ce n’est pas assez de connecter les gens, il faut assurer que la connexion soit intéressante. » « Ce n’est pas assez de donner une voix, il faut s’assurer que cette dernière soit portée à bon escient. » Enfin, « ce n’est pas assez de dire à nos partenaires de protéger les informations de nos utilisateurs,il faut s’en assurer. » Puis Mark Zuckerberg s’est voulu plus philosophe : « La vie c’est d’apprendre de ses erreurs. » « J’ai commencé cette aventure, je la dirige, je suis responsable », a-t-il expliqué, en précisant « cela est vrai, y compris lorsqu’on dirige Facebook, qui est quelque chose qui n’a pas de précédent dans l’histoire ». S’il a reconnu le rôle qu’a joué le réseau social dans les élections américaines et françaises, Mark Zuckerberg a expliqué que d’autres scrutins « essentiels » étaient à venir « au Mexique, en Inde, au Brésil, au Pakistan, en Hongrie ». « Nous allons corriger le tir en espérant avoir des résultats avant la fin de l’année », a reconnu l’entrepreneur. Il doit faire vite. Pour la première fois, un fonds d’investissement new-yorkais a demandé qu’il démissionne.

Quelle dégringolade ! L’homme de 33 ans, qui participait il y a encore quelques semaines aux hackhatons de son campus de Menlo Park, un tee-shirt sur les épaules, a dû vaincre sa grande timidité pour s’exprimer. Le natif de White Plains, dans l’État de New York, reçu comme un chef d’État à Davos, ou encore Sun Valley a été désavoué en moins d’une semaine par Elon Musk, la chanteuse Cher, ou encore le numéro un d’Apple Tim Cook. Celui qui est devenu le plus jeune milliardaire du monde parce qu’il avait du mal à aborder les filles à son arrivée à Harvard a vu son trombinoscope planétaire, autrefois crédité de libérer les peuples, accusé tout à coup de tous les maux. La machine à clics est devenue une tête à claques. Comme si cibler des messages sur Facebook peut être plus efficace que de bourrer des urnes… Celui qui a découvert l’esprit de conquête dans l’Énéide de Virgile a tout de même donné quelques pistes pour redonner du crédit à Facebook. « Quelque 20 000 personnes seront affectées chez nous au fact checking avant la fin de l’année, contre 15 000 aujourd’hui », a expliqué Mark Zuckerberg qui a expliqué par ailleurs que seraient appliquées, « dans le monde entier », les nouvelles exigences qu’imposera bientôt la RGPD européenne. Le directeur technique de l’entreprise Mike Schroepfer avait quelques instants auparavant annoncé une batterie de nouvelles mesures destinées à muscler la protection des données des utilisateurs. « Nous devons par ailleurs permettre aux personnes de ne pas s’enfermer dans des cercles, pour ne pas favoriser la polarisation des esprits », a expliqué le trentenaire qui prend des cours de mandarin avant de rendre un hommage au journalisme. « Une personne qui a du recul et une vision claire et large de l’actualité a beaucoup de valeur. » Enfin une bonne nouvelle !


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