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« Allô ? C’est un robot au téléphone ! »

À s’y méprendre ! Lors de sa conférence de développeurs, Google a présenté un nouvel assistant personnel… à la voix confondante. Duplex, c’est son nom, est capable de prendre un rendez-vous chez le coiffeur comme de réserver une table dans un restaurant, tout en mimant les hésitations humaines. Pour y parvenir, Google a enregistré et passé à la moulinette plusieurs dizaines de milliers de conversations. Il s’est également appuyé sur des outils maison comme Tacotron 2 et WaveNet : le premier divise le texte en séquences quand le deuxième génère des fichiers sonores, capables de varier d’intensité sonore toutes les 12 millisecondes. Pour rendre la voix plus crédible, des disfluences verbales, c’est-à-dire des irrégularités telles que « euh » ou « hmmm », ont été ajoutées à la palette de l’intelligence artificielle qui prend également en compte le contexte.

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Cela a été rendu possible grâce à la création de neurones artificiels qui se construisent une mémoire immédiate, sur un modèle théorisé par le physicien américain John Hopkins en 1982. Le progrès est bluffant. Reste la question essentielle : un robot doit-il se présenter comme tel ? C’est l’opinion de Stewart Brand, créateur de la Long Now Foundation, tout comme de l’intellectuelle turque Zeynep Tufekci.

Le cocréateur de Google Sergey Brin ne les démentira pas. Fin avril, ce dernier a expliqué que l’intelligence artificielle posait « autant de questions qu’elle entraînait de responsabilités », comme on peut le voir dans cet épisode de #TECH24, l’émission high-tech de France 24 dont Le Point.fr est partenaire. Le président d’Alphabet s’appuyait sur une citation de Charles Dickens qui, dans The Tale of two cities, décrivait la période contemporaine comme « la meilleure et la pire des époques ».

Google, qui commencera les essais de Duplex cet été, notamment pour la prise de rendez-vous dans 80 langues différentes, a expliqué que le robot conversationnel préviendrait systématiquement ses interlocuteurs de sa nature non humaine au début de la conversation. Les autres éditeurs de logiciels en feront-ils autant ?

« Inquiétante étrangeté »

Cette question est au cœur du dernier livre de Serge Tisseron Petit Traité de cyber-psychologie pour ne pas prendre les robots pour des messies et l’IA pour une lanterne (éditions Le Pommier). Le docteur en psychologie décrit avec précision l’empathie croissante dont vont se doter progressivement les machines à partir du moment où elles seront connectées. L’homme va devoir apprendre à vivre avec elles.

Le psychiatre, par ailleurs membre de l’Académie des technologies, revient dans un chapitre sur la gêne qui est parfois engendrée face à quelqu’un qui nous ressemble. L’auteur cite Freud qui avait théorisé cette « inquiétante étrangeté » (« das Unheimliche » en allemand) : « Qui sait si le déplaisir éprouvé n’était tout de même pas un reste de cette réaction archaïque qui ressent le double comme étant étrangement inquiétant ? »

Pour répondre à toutes les questions que pose la montée en puissance de la robotique, Serge Tisseron a cocréé l’Institut pour l’étude des relations homme-robots qu’il a doté d’une charte éthique en cinq points. Parmi ses recommandations figurent la « transparence des algorithmes » ou encore « la dignité ». Cette dernière vise à écarter le risque de confusion entre l’homme et la machine, préconise qu’« une intelligence artificielle se présente toujours comme telle quand on interagit avec elle au téléphone ou sur Internet ».


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