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Alibaba : Daniel Zhang, dans l’ombre de Jack Ma

Après le showman, le comptable. Avec ses lunettes d’enfant studieux et son allure de premier de la classe, Daniel Zhang incarne l’antithèse du flamboyant Jack Ma. Ne comptez pas sur cet ancien auditeur chez PriceWater Cooper pour monter sur scène comme une rock star afin de motiver ses troupes, ou donner la réplique à Barack Obama dans les forums internationaux, comme aime le faire le fondateur d’Alibaba. C’est pourtant ce financier discret qui remplacera le visionnaire « crocodile du Yangtze », à la tête du géant du e-commerce chinois dans un an. Zhang fuit les projecteurs, et préfère les bilans comptables. Peut-il conduire l’empire Alibaba vers la reconnaissance mondiale, et achever sa mue en « Big data » company ? Comment mobiliser ses 66 000 employés et les investisseurs, après le départ du plus charismatique des PDG chinois ?

Le défi est de taille, mais Daniel Zhang peut se targuer d’un parcours sans faute, depuis qu’il a rejoint le groupe de Hangzhou, en 2007. C’est lui qui fait décoller « Taobao », le portail de vente qui va devenir le vaisseau amiral du groupe, transformant le quotidien des Chinois. Un premier coup de maître qui installe l’entreprise à la pointe de la révolution digitale en Chine et en fait un mastodonte tutoyant Amazon. « Il a gagné la confiance de Jack », juge Duncan Clark, auteur de L’Incroyable Histoire de Jack Ma (2017, éditions François Bourrin).

Singles day

Le Shanghaien transforme l’essai en lançant en 2009 le « singles day » : par la magie d’Internet, il fait de cette « anti-Saint-Valentin » le plus grand événement du commerce en ligne mondial, éclipsant le « black Friday » américain. Le « 11/11 » (11 novembre) a généré 25 milliards de dollars de ventes en 24 heures lors de la dernière édition. Jack Ma a inventé la « plus grande caisse enregistreuse de l’histoire », mais en coulisse, c’est le chevronné Zhang qui pilote les opérations au quotidien. Tranchant, compétent et expérimenté, le financier rassure les investisseurs, en menant une transition en douceur déjà entamée en 2015, lorsqu’il devient PDG.

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Mais Zhang peut-il faire oublier « Ma Yun », le nom en mandarin du fondateur ? Il n’en aura peut-être pas besoin. En réalité, beaucoup doutent d’une véritable retraite de « Jack », et jugent que l’ombre du quinquagénaire planera longtemps sur le siège de verre d’Hangzhou. « Il sera toujours derrière le rideau pour souffler la marche à suivre. Et il prendra toujours les appels des hauts dirigeants du Parti et des PDG du monde entier », explique Duncan Clark au Point. Une répartition des rôles déjà en place depuis plusieurs années dans les faits : Jack Ma prêche la bonne parole, et incarne l’entreprise aux quatre coins du monde, accompagné de son maître de taïchi, pendant que Zhang met les mains dans le cambouis, et fait tourner le géant de la logistique.

Stratégie d’évitement

Des considérations politiques planeraient sur cette passation de pouvoir, parfaitement mise en scène. En prenant le large pour se dédier à « l’enseignement », l’ancien prof d’anglais drible un Parti communiste dont l’emprise se fait grandissante sur les entreprises à l’ère du président Xi Jinping. Le retrait fracassant annoncé par Ma dans le New York Times, et non un média officiel, sonne comme une chiquenaude à l’encontre d’un régime qui déteste les surprises. Une façon de prendre ses distances vis-à-vis des censeurs et des bureaucrates qui mettent au pas les grands patrons chinois. De Guo Guangchang le président de Fosun, le propriétaire du Club Med, à Wang Jianlin, le fondateur géant de l’immobilier Wanda, les capitaines d’industrie ont eu maille à partir avec les enquêteurs, sur fond de campagne anticorruption et de lutte contre l’endettement, ces dernières années. La rumeur dit même que leurs passeports furent confisqués. Le rival d’Alibaba, Tencent, a vu sa valeur chuter après des mesures brusques visant le secteur des jeux vidéo. « La retraite de Jack Ma est stratégique, à l’heure où le contrôle du Parti est croissant, il cherche à garder son autonomie », juge Clark. Et à s’assurer un train de vie plus agréable.

L’autodidacte globe-trotter veut continuer à parcourir le monde, sans avoir à répondre aux injonctions des caciques rouges. Derrière les sourires, et les déclarations à la gloire de la nouvelle Chine, l’entrepreneur bataille en coulisse pour sauvegarder sa liberté. Avec l’habileté d’un maître de taïchi. Au pays de Confucius, personne ne peut critiquer un patron qui redevient maître d’école. Cette stratégie d’évitement se décline sur le plan des affaires. Pour limiter l’influence croissante de Pékin, Alibaba met les bouchées doubles à l’international, avec pour objectif de générer à terme la moitié de son chiffre d’affaires hors de Chine et gagner 2 milliards de consommateurs. Et endiguer sa dépendance à un empire du Milieu désormais rouge vif.


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