BeReal, le réseau social antifiltres et antistars

À l’opposé de TikTok et d’Instagram, une appli veut pousser les utilisateurs à passer le moins de temps possible en ligne. Et elle est… française.

Par Leonce Sappin

Capture d'ecran de l'application BeReal.
Capture d’écran de l’application BeReal.

Temps de lecture : 4 min

Créée en 2020, une application cherche à voler la vedette aux réseaux sociaux TikTok, Facebook, Instagram ou encore Snapchat. Inventé par deux anciens étudiants de l’École 42, Alexis Barreyat et Kévin Perreau, BeReal se distingue des points faibles de ses concurrents pour se mettre en avant. Son mode de fonctionnement est en effet très simple. Les utilisateurs reçoivent sur leurs téléphones une notification à n’importe quel moment de la journée. Ils ont alors deux minutes pour poster une photo qui sera prise au même moment par la caméra avant et arrière de leur téléphone.

BeReal propose donc une interaction sociale de quelques secondes, qui permet à l’utilisateur de partager son quotidien, sans être scotché en permanence sur son téléphone. Ainsi, contrairement à Instagram, où les membres se connectent plusieurs fois par jour, une étude réalisée par Sortlist, une entreprise parisienne réalisant des enquêtes sur les médias et réseaux sociaux, plus de 33 % des utilisateurs y passent moins de dix minutes par jour. L’idée, c’est de poster sa photo et revenir le soir voir la journée de ses amis.

À la recherche de l’authenticité

Ne permettant pas à l’utilisateur d’apporter des modifications à sa photo, tout est fait pour améliorer l’authenticité des publications. L’application va même jusqu’à indiquer publiquement le nombre de tentatives de BeReal réalisées avant celle qui sera publiée. Contrairement à d’autres réseaux comme Instagram, qui reflète souvent une réalité rêvée, BeReal se veut fidèle à la réalité. L’idée est d’avoir en amis uniquement des personnes avec qui nous nous sentons suffisamment proches, pour n’avoir ni tabou ni gêne à poster des photos de notre journée. BeReal s’illustre ainsi en allant à l’encontre des réseaux traditionnels, proposant une version plus intime, ou le principe est d’être soi-même.

À LIRE AUSSI« Les réseaux sociaux libèrent la force de la foule » Néanmoins, comme les autres réseaux sociaux, l’application pose des questions sur la sécurité. Ne vendant pas les données des utilisateurs, elle les conserve tout de même. D’après les équipes d’Avast, une entreprise tchèque travaillant dans la cybersécurité, les photos des membres peuvent être utilisées, notamment pour des campagnes publicitaires de l’application, et, selon les conditions générales d’utilisation, elles sont conservées durant trente ans.

Le mode de capture de BeReal implique de prendre une photo à 360 degrés. Les utilisateurs ayant tendance à rapidement poster, sans prendre le temps de vérifier entièrement les détails pouvant apparaître, il est possible de publier une photo montrant des informations privées, comme des écrans d’ordinateurs, notre localisation et celui de notre lieu de travail.

À LIRE AUSSI« Ma mère m’a toujours dit qu’il fallait être fier de payer des impôts »

C’est peut-être pour cette raison que seuls 9 % des utilisateurs de BeReal publient la première photo qu’ils prennent. Il est également possible de publier une photo après le délai des deux minutes imposées par l’application : c’est ce que l’on appelle un late. Selon une étude menée par Sortlist, 53,80 % des utilisateurs attendent de faire quelque chose d’intéressant pour publier. Cela s’explique par la volonté de chacun de prétendre à une vie remplie et agréable, « personne ne veut montrer que sa journée est ennuyeuse », estime Romain Rissoan, spécialiste de la communication digitale et créateur de l’entreprise lyonnaise Optédif formation. Ces précautions n’empêchent pas 65 % des utilisateurs de considérer BeReal comme le futur grand réseau social, considérant que même si elles peuvent être préparées ou mises en scène, les publications sur BeReal demeurent plus authentiques et naturelles que sur les autres réseaux sociaux.

À LIRE AUSSIOui, la France attire encore des milliardaires, la preuve !

Pas de stars

L’engouement est si grand que plusieurs stars créent des comptes, mais sont rapidement confrontées aux limites imposées par l’application. Le rappeur américain Wiz Khalifa, par exemple, interpelle BeReal sur Twitter pour demander l’ajout d’une fonctionnalité permettant d’accepter toutes ses demandes d’amis d’un coup. Le rappeur justifie cette demande en disant qu’il n’a pas le temps d’accepter les dizaines de milliers de demandes tout seul. Cela n’a pas convaincu l’équipe de l’application qui a répondu : « Essayez juste d’utiliser BeReal avec vos amis, vous verrez… »

Le réseau social a choisi son camp. En refusant de donner de l’importance aux stars, en ne proposant pas de compte « vérifié » comme cela est le cas sur Twitter ou Instagram, BeReal devient le premier réseau social qui met tous ses utilisateurs sur un pied d’égalité.

À LIRE AUSSIEXCLUSIF. Adam Mosseri : les confidences de Monsieur Instagram


Continuer à lire sur le site d’origine

%d blogueurs aiment cette page :