Guerre en Ukraine : quatre questions sur le retour de la Russie dans l’accord sur les exportations de céréales

Les cargos de céréales pourront de nouveau circuler en mer Noire. Quatre jours après son retrait de l’accord sur les exportations de céréales ukrainiennes, la Russie a finalement annoncé, mercredi 2 novembre, reprendre sa participation. Le Kremlin s’était retiré samedi de l’accord, après une attaque contre sa flotte en Crimée, qu’il avait imputée à Kiev.

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Depuis plusieurs jours, la communauté internationale exhortait Moscou à revoir sa position sur cet accord, qui a permis l’exportation de millions de tonnes de céréales ukrainiennes, malgré la guerre. Quels sont les termes de cet accord ? Pourquoi est-il stratégique ? Comment la Russie justifie-t-elle son revirement ? Eléments de réponse.

1Que contient cet accord ?

Baptisé « Initiative céréalière de la mer Noire », l’accord a été signé le 22 juillet par l’Ukraine et la Russie, sous l’égide de l’ONU et de la Turquie. Il met en place des « couloirs sécurisés » pour la circulation en mer Noire des navires marchands. Moscou et Kiev se sont engagés à « ne pas attaquer » les bateaux transportant des céréales pendant toute la durée de l’accord, soit 120 jours. Il doit donc prendre fin à la mi-novembre, ou être renouvelé « si les parties le souhaitent », précise l’ONU.

En contrepartie, le Kremlin a demandé à « permettre aux marchés de recevoir des volumes supplémentaires d’engrais et de céréales » russes, dont l’exportation était freinée par les sanctions occidentales. La Russie a également exigé que les navires de marchandises soient inspectés, dans les deux sens, à vide et chargés, pour empêcher l’utilisation des bateaux pour transporter des armes. Les contrôles sont effectués dans les ports d’Istanbul par le Centre de coordination conjointe (JCC), qui réunit des délégués de Russie, d’Ukraine, de Turquie et de l’ONU.

L’accord vise à soulager les pays dépendants des marchés russe et ukrainien, qui représentent 30% du commerce mondial du blé à eux deux. Selon le JCC (en anglais), l’accord a permis d’exporter depuis les ports ukrainiens plus de 9,7 millions de tonnes de céréales et autres produits agricoles depuis son entrée en vigueur.

2Pourquoi la Russie avait-elle annoncé son retrait ?

Moscou a justifié la suspension de l’accord par une attaque de drones qui a visé samedi matin la flotte russe stationnée dans la baie de Sébastopol, en Crimée annexée. Le ministère de la Défense russe a accusé « le régime de Kiev, avec la participation d’experts britanniques », d’être à l’origine de cette attaque qui a causé des « dégâts mineurs » sur un navire.

L’armée russe a exigé lundi des « engagements » de l’Ukraine de ne pas utiliser le couloir destiné aux exportations de céréales à des fins militaires. L’Ukraine a dénoncé un « prétexte » et Londres a de son côté fustigé de « fausses informations » destinées à « détourner l’attention ». Le chef de l’agence humanitaire de l’ONU a également rejeté la possibilité qu’un navire participant à l’accord ait pu être impliqué dans l’attaque.

Ce n’est pas la première fois que Moscou se montre critique à l’égard de l’accord. Peu avant l’annonce de la suspension, le ministre de l’Agriculture russe avait déjà étrillé le texte, accusant les pays de l’UE d’accaparer les exportations ukrainiennes devant revenir aux pays pauvres. Des allégations démenties par le JCC qui fait valoir auprès de l’AFP que les pays européens représentent 36% du total des exportations, contre 20% pour la Turquie et 17% pour l’Afrique. Une partie importante des céréales livrées à la Turquie est toutefois réexportée, notamment vers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, soulignent des analystes.

3Quelles ont été les conséquences du retrait russe ?

Dans la foulée de la décision de Moscou, la délégation russe de la JCC a annoncé dimanche se retirer « jusqu’à nouvel ordre » des inspections des navires transportant des céréales ukrainiennes. Conséquence : la circulation des cargos ces derniers jours était en grande partie bloquée. Une dizaine de navires avait néanmoins pu rejoindre le corridor maritime lundi après que les délégations turque et onusienne ont renforcé leurs effectifs d’inspection.

Sur le plan diplomatique, le retrait russe a également provoqué de vives réactions au sein de la communauté internationale. L’Union européenne a exhorté Moscou à « revenir sur sa décision », qui « met en danger la principale voie d’exportation de céréales et engrais dont on a besoin pour répondre à la crise alimentaire mondiale provoquée par la guerre ». Le président américain, Joe Biden, a quant à lui jugé cette décision « scandaleuse ». Son secrétaire d’Etat, Antony Blinken a affirmé que « Moscou se [fichait] que le monde puisse avoir faim ».

4Comment le Kremlin justifie-t-il son retour dans l’accord ?

La Russie a repris mercredi sa participation à l’accord, assurant avoir reçu des « garanties écrites » de la part de l’Ukraine sur la démilitarisation du couloir utilisé pour leur transport. « La Russie considère que les garanties reçues jusqu’à présent semblent suffisantes et reprend la mise en œuvre de l’accord », a précisé le ministère de la Défense russe. Vladimir Poutine a toutefois menacé de quitter à nouveau l’accord, en cas de « violation des garanties » par l’Ukraine.

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a confirmé mercredi la reprise des exportations de céréales ukrainiennes à la mi-journée, via le couloir humanitaire en mer Noire. Une série d’appels téléphoniques ces derniers jours entre responsables russes et turcs, notamment mardi entre Recep Tayyip Erdogan et Vladimir Poutine, ainsi que l’intercession de l’ONU, paraissent donc avoir convaincu Moscou de revoir sa position.


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