PORTRAIT. Coupe du monde 2022 : Stéphanie Frappart, portrait d’une pionnière de l’arbitrage féminin

Sa présence à la Coupe du monde (20 novembre-18 décembre) est assurée depuis plusieurs mois mais Stéphanie Frappart a encore un doute. Sera-t-elle la première femme à arbitrer un match lors d’un Mondial masculin ? La Française de 38 ans le saura dans quelques jours car les arbitres ne connaissent leurs matchs que 40 à 72 heures en amont. Deux autres arbitres centrales, Salima Mukansanga et Yoshimi Yamashita, sont présentes au Qatar et Stéphanie Frappart pourrait se faire doubler de peu.

Mais l’histoire retiendra tout de même cela : aux côtés de Mukansanga et de Yamashita, et des trois autres arbitres assistantes (Karen Diaz Medina, Neuza Back et Kathryn Nesbitt), Stéphanie Frappart fait partie des premières femmes sélectionnées pour officier lors d’une Coupe du monde masculine. Une étape de plus dans la carrière de la Française, qui confirme ainsi son statut de pionnière dans l’arbitrage féminin.

Première arbitre féminine à officier en Ligue 2 (2014), en Ligue 1 (2019), en Supercoupe de l’UEFA (2019), en Ligue des champions (2020), en Ligue Europa (2020) et lors d’une rencontre internationale masculine avec la Ligue des nations (2020), Stéphanie Frappart a toujours été en avance. Mais en dépit de ce parcours, et malgré la finale de la Coupe du monde féminine dirigée en 2019, elle n’envisageait pas d’être présente au Qatar : « Je ne m’étais pas mis comme objectif primordial d’être à la Coupe du monde. Ça a été une surprise et je suis très honorée d’y participer. » Comme les 36 arbitres de champ, les 69 assistants et les 24 chargés du VAR, la Française a rejoint Doha le 9 novembre. 

Lorsqu’elle débute l’arbitrage en 1996, à l’âge de 13 ans en dirigeant des matchs d’enfants, cette issue semble inimaginable. Une femme arbitre au centre lors d’un match masculin, le football n’y est pas encore prêt. Mais la jeune Frappart, qui apprend le métier sur les pelouses d’Île-de-France, cultive son rêve en observant Corinne Lagrange, Ghislaine Perron-Labbé et Nelly Viennot.

Les trois parviennent à atteindre la Ligue 1, mais comme arbitres assistantes. « Nos parcours l’avaient intéressée et inspirée. Mais elle voulait faire mieux en étant arbitre central. Elle avait des ambitions », se souvient Nelly Viennot, qui a rencontré Stéphanie Frappart lors d’un stage féminin de la Fédération française de football (FFF) il y a une quinzaine d’années. Doucement, au milieu des nombreuses remarques sexistes d’un milieu masculiniste, l’arbitre gravit les échelons.

Jusqu’à atteindre la consécration, avec un premier match arbitré en Ligue 1 le 28 avril 2019, entre Amiens et Strasbourg. « Elle a réussi parce qu’elle est déterminée. C’est une grande bosseuse, qui a beaucoup travaillé physiquement, assure Nelly Viennot. Elle a aussi énormément travaillé son anglais, qui était précaire au début. » À force d’efforts et de pratique, Stéphanie Frappart réussit les tests physiques et théoriques, préalables nécessaires pour arbitrer au plus haut niveau.

Mais pour s’y imposer et y rester, la jeune arbitre, de nature discrète, a également dû travailler sa communication. « Stéphanie n’a pas la carrure physique d’un homme, mais elle a de la stature. Et puis elle est très ouverte, très humaine. Cette stature et ce caractère lui permettent de communiquer plus facilement avec les joueurs« , analyse Nelly Viennot. 

Désormais, la native de Plessis-Bouchard (Val d’Oise), qui compte 174 matchs professionnels masculins arbitrés, officie souvent sur des chocs du championnat. Mais elle reste un cache-misère pour l’arbitrage féminin des compétitions masculines en France. Car derrière elle, aucune autre femme n’évolue en Ligue 1 ou en Ligue 2. Lui incombe presque tout naturellement un rôle, celui de tirer l’arbitrage vers le haut. « Je ne suis pas la porte-parole du féminisme. Je ne veux pas qu’on me stigmatise par rapport à un genre mais par rapport à ce que je fais sur le terrain« , rétorque-t-elle.

Aux questions sur le Qatar, elle répond qu’elle y a « toujours bien été accueillie » et que « c’est un signe fort de la part de la FIFA de mettre des femmes arbitres dans ce pays-là« . Stéphanie Frappart revendique davantage un rôle discret, celui de modèle par l’exemple. « On dit que le sport n’est pas politisé, mais je sais qu’on joue un rôle. Si notre présence peut faire avancer les choses, c’est très bien.« 

En atteignant le plus haut niveau en France comme sur la scène internationale, Stéphanie Frappart a contribué à faire bouger les lignes. « Que Stéphanie en soit là où elle en est et que des femmes arbitrent une Coupe du monde, c’est exceptionnel« , affirme Cyril Gringore, arbitre assistant qui va disputer sa dernière compétition au Qatar, et qui a vu des arbitres féminines arriver petit à petit dans le football masculin.

« C’est un changement qui a bousculé les consciences au début. Mais c’est désormais ancré et c’est tant mieux« , se réjouit Benoît Millot, qui sera à la VAR pendant le Mondial. Le changement n’a pas lieu qu’en France. À l’étranger aussi, Frappart inspire et crée des vocations. « J’étais à un tournoi de U17 en Lettonie récemment et j’ai croisé des jeunes arbitres dont l’idole était Stéphanie. Toutes ces jeunes filles veulent être la future Stéphanie Frappart« , se réjouit Nelly Viennot.

Stéphanie Frappart pose avec sa médaille de la finale de la Coupe du monde féminine à Lyon, le 7 juillet 2019 (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

Stéphanie Frappart pose avec sa médaille de la finale de la Coupe du monde féminine à Lyon, le 7 juillet 2019 (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

Elle a beau être envoyée sur un Mondial, compétition pour laquelle elle se prépare depuis plusieurs mois avec un préparateur physique, Stéphanie Frappart n’en oublie pas de s’impliquer au niveau fédéral. La Francilienne participe à des visios, comme avec les arbitres féminines du Grand Est l’an dernier, s’implique dans la section féminine de l’arbitrage de la FFF et distille ses conseils lors de stages.

Au moment d’aborder le Mondial, Stéphanie Frappart ne sait pas encore combien de matchs elle arbitrera. En 2018, son collègue Clément Turpin, également présent au Qatar, avait officié lors de trois rencontres. À la question de savoir ce que serait une Coupe du monde réussie pour elle, la Française répond sans détour : « Ça serait une Coupe du monde où on ne parle pas d’arbitrage. Ou si l’on en parle de manière positive. » Comme pour évoquer, par exemple, la première de Stéphanie Frappart, Salima Mukansanga ou Yoshimi Yamashita, au sifflet d’un match du Mondial.


Continuer à lire sur le site France Info

%d blogueurs aiment cette page :