Missile tombé en Pologne : ce que l’on sait de l’explosion qui a fait deux morts dans un village proche de la frontière avec l’Ukraine

La communauté internationale retient son souffle. Après la chute d’un missile dans le village polonais de Przewodow, mardi 15 novembre, les réunions d’urgence et les appels au calme se multiplient, alors que les chefs d’Etat des grandes puissances sont rassemblés en Indonésie pour le sommet du G20. L’explosion de ce projectile dans ce village frontalier de l’Ukraine, elle-même visée mardi par de nombreuses frappes russes, a tué deux citoyens polonais, selon Varsovie.

Mais si les autorités polonaises ont déclaré mardi soir qu’il s’agissait d’un « projectile de fabrication russe », des incertitudes demeurent sur la provenance du tir et les circonstances dans lesquelles ce missile a touché le territoire d’un pays de l’Otan. Voici ce que l’on sait à ce stade, alors qu’une escalade dans le conflit est redoutée. 

Un « projectile de fabrication russe »

« A 15h40, dans le village de Przewodow (…), un projectile de fabrication russe est tombé, tuant deux citoyens de la République de Pologne », affirme un communiqué du ministère des Affaires étrangères polonais publié mardi soir. Cette communication officielle précise par ailleurs que l’ambassadeur russe a été convoqué pour fournir « des explications détaillées ».

Le village touché se trouve à quelques kilomètres de la frontières avec l’Ukraine. Selon le ministère de la Défense russe, le missile a été tiré par un système de défense S-300 de fabrication ukrainienne.

Lors d’une conférence donnée depuis Bali, où s’achève le sommet du G20, Emmanuel Macron a quant à lui évoqué deux missiles, tandis que la ministre de la Défense belge, Ludivine Dedonder a mentionné, dans un tweet, des « frappes » au pluriel. « Des débris de missiles russes et d’un missile anti-aérien ukrainien auraient atterri en Pologne. Ceci doit encore être confirmé par l’analyse en cours », a-t-elle déclaré. 

La piste d’un « accident malheureux » 

Dans une conférence de presse donnée mercredi midi, le président polonais Andrzej Duda, a considéré mercredi comme « hautement probable » que le missile ait été utilisé par la défense ukrainienne. « Rien n’indique qu’il s’agissait d’une attaque intentionnelle contre la Pologne », a-t-il affirmé, estimant qu’« il y a une forte probabilité qu’il s’agisse d’un missile qui a simplement été utilisé par la défense antimissile ukrainienne ». C’est « probablement un accident malheureux, hélas », a-t-il ajouté.

Dans un communiqué publié dans la nuit, Paris avait appelé à « la plus grande prudence » sur l’origine du tir, sans exclure qu’il puisse venir de la défense anti-aérienne ukrainienne. « S’il s’agissait d’un missile ukrainien (..) ce ne serait par nature pas la même chose politiquement [qu’un tir russe] parce qu’on n’imagine pas que l’Ukraine tirerait intentionnellement vers la Pologne »,  avait abondé un conseiller de l’Elysée. « Il y a dans la région beaucoup de matériel, beaucoup de concentration d’armements. Beaucoup de pays disposent du même type d’armements et donc identifier le type de missile, ce n’est pas forcément identifier l’acteur qui l’a mis en œuvre », mettait en garde un autre conseiller de la présidence française.

Dans la matinée, le colonel de réserve honoraire Pierre Servent a quant à lui jugé « crédible » l’hypothèse qu’un missile ukrainien ait pu dévier de sa trajectoire avant de s’écraser en territoire voisin. Ce spécialiste des questions de défense pense que l’enquête permettra de toute façon de faire toute la lumière sur la trajectoire du missile. « Ce qui va être difficile à évaluer, c’est l’intention » derrière ce tir de missile, a poursuivi Pierre Servent sur franceinfo.  

Kiev et Moscou se renvoient la responsabilité

Dès mardi soir, Moscou a vivement réagi aux affirmations de Varsovie faisant état d’un « projectile de fabrication russe », niant avoir frappé la Pologne. « Les déclarations de médias polonais et de responsables officiels sur une prétendue chute de missiles russes près de la localité de Przewodow relèvent de la provocation intentionnelle dans le but de créer une escalade de la situation », a écrit le ministère de la Défense russe sur Telegram. 

« Aucune frappe n’a été menée sur des objectifs proches de la frontière ukraino-polonaise » par l’armée russe, ajoute le Kremlin, assurant que les images de « débris publiés par les médias polonais depuis les lieux des faits dans la localité de Przewodow n’ont aucun rapport » avec des projectiles russes. Selon Moscou, la frappe russe la plus proche de la frontière polonaise est tombée à 35 kilomètres de ce point qui marque l’entrée dans les territoires de l’Otan. 

Du côté de Kiev, les autorités ont directement accusé la Russie d’avoir tiré des missiles sur le voisin polonais. D’abord par la voix du ministre des Affaires étrangères, qui a qualifié de « théories du complot » les allégations publiées sur internet selon lesquelles il pourrait en réalité s’agir d’un missile ukrainien. Le président ukrainien a qualifié mercredi ce tir de missile de « message de la Russie adressé au sommet du G20″. S’adressant au groupe réuni à Bali par visioconférence, Volodymyr Zelensky a mis en garde contre « un Etat terroriste parmi vous, contre lequel il faut se défendre. »

« Je pense que ce n’est pas un accident mais un moyen de tester l’Otan, de tester les pays européens, de tester les pays du monde, comme la Russie l’a toujours fait avec l’Ukraine », a abondé sur franceinfo la députée ukrainienne Alyona Shkrum, présidente du groupe d’amitié France-Ukraine au Parlement ukrainien. Elle voit dans cet événement des similitudes avec des stratégies éprouvées dans le passé par le Kremlin. Selon elle, Vladimir Poutine « a menti beaucoup et je pense que c’est la même chose maintenant avec les pays européens et l’Otan. » « Il s’agissait de missiles longue portée tirés depuis Astrakhan et Volgograd en Russie, a-t-elle encore accusé. Ce sont les infomations que j’ai. »  

La responsabilité de la Russie mise en avant 

Indépendamment de l’issue de cette enquête, la  communauté internationale a déjà uni son discours pour soutenir l’Ukraine et condamner à nouveau la guerre initiée par Moscou, dans la lignée des déclarations déjà formulées sur ce point au G20.  « Cet épisode intervient dans le cadre de l’agression générale de la Russie vis-à-vis de l’Ukraine », a soutenu sur franceinfo l’ambassadeur de France en Ukraine, Etienne de Poncins, appelant à « remettre » les choses « dans un contexte plus large ».

Cette affaire survient en tout cas dans un contexte de frappes massives de l’armée russe sur l’Ukraine. Moscou, qui a essuyé un lourd revers en perdant la ville de Kherson, vise depuis plusieurs semaines les infrastructures énergétiques ukrainiennes, plongeant le pays dans le noir et sans chauffage à l’approche de l’hiver. Selon un rapport de l’armée ukrainienne publié mercredi matin, les forces russes ont tiré mardi « plus de 90 missiles Kh-101 et Kalibr et plus de dix drones kamikazes », dont des Shahed-136 iraniens. 

« Selon une très forte probabilité, nous avons affaire aux conséquences des actions de la Russie » a souligné mercredi Pawel Jablonski, vice-ministre des Affaires étrangères polonais, à l’agence PAP. « Ces conséquences, pour la première fois depuis le début de la guerre (…) ont touché la Pologne, des citoyens polonais ont été tués », a-t-il déclaré alors que s’ouvrait une réunion d’urgence des ambassadeurs de l’Otan. 

« Nous sommes dans cette situation à cause de la décision de la Russie d’envoyer des missiles de façon complèment irresponsable sur des civils en Ukraine », avait déclaré plus tôt Justin Trudeau, le Premier ministre canadien, face à la presse. « Ce qui est certain, c’est qu’on ne serait pas dans cette situation si la Russie n’avait pas lancé sa guerre illégale », a-t-il ajouté.


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