Jenna Ortega : l’interview confession de Mercredi

Icône de la scène horrifique, hurlant dans « Scream » et saignant dans « ‘X », l’actrice de 20 ans révélée sur Disney Channel crève l’écran en Addams sur Netflix. Pour Première, elle se raconte.

Elle n’a que 14 ans lorsque devient une enfant star de Disney Channel avec la sitcom familiale Harley, le cadet de mes soucis. Mais en quelques années, la comédienne aux origines mexicano-portoricaine casse son image de petite fille sage pour devenir une icone du cinéma d’horreur. Passée par Scream, X, Insidous, YOU et même le Studio 666 des Foo Fighters, Jenna Ortega casse encore la baraque en Mercredi Addams – aujourd’hui sur Netflix- et n’en finit plus de grimper à Hollywood. L’actrice, âgée de 20 ans seulement, se raconte à Première.

Mercredi fait tout le temps la gueule dans la série. C’était difficile pour vous de garder un visage impassible durant le tournage ?
Non, c’était assez facile à vrai dire. Je ne ressens pas le besoin de sourire tout le temps. Je ne suis pas le genre de fille qui sourit bêtement dans la vie de tous les jours.

Vous avez un côté sombre ? Ou un côté gothique comme Mercredi ?
Sans aucun doute. On m’a pas mal comparée à elle d’ailleurs déjà… Je suis un peu comme elle dans le fond. J’ai le même sens de l’humour cinglant et sarcastique. Je faisais des choses chelous aussi étant petite. Du genre à attraper des lézards dans mon jardin pour pratiquer des autopsies sur eux. Je retirais tous leurs organes, et puis je remettais ça à l’intérieur avant de recoudre les lézards en question et de les enterrer. Trois mois plus tard, je les déterrais pour voir les os et j’essayais de les préserver… Il m’arrivait de faire des trucs comme ça, et mes frères et sœurs n’aimaient pas du tout.

Jenna Ortega Mercredi Netflix
Netflix

Vous avez hurlé dans Scream, dans X, dans Insidious, dans YOU… C’est parce que vous avez débuté sur Disney Channel – dans la sitcom pour enfants Harley, le cadet de mes soucis – que vous êtes devenue une icône de l’horreur ?
J’étais vraiment très peureuse étant petite et un jour j’ai décidé de me prendre en main. J’ai commencé à regarder des films d’horreur et j’ai adoré ça. Ça a vraiment pris une place considérable dans ma vie. L’horreur, c’est un genre qui cartonne, qui fait vivre les salles de cinéma, qui donne encore aux gens l’envie d’aller au cinéma. Du coup, j’ai du mal à dire non à un bon script de film d’horreur. C’est arrivé assez naturellement dans ma carrière en fait. Ce n’est pas quelque chose que j’ai cherché à tout prix. Mais aujourd’hui, ce sont mes plus formidables expériences d’actrice sur un plateau.

Vous n’avez pas peur d’être définie comme une « scream girl » à Hollywood à force ?
Je vois ce que vous voulez dire. Mais non, je n’ai pas du tout planifié tout ça. C’est drôle parce que j’adore courir en hurlant après avoir vu un meurtre horrible. Juste ça. Et puis visiblement les gens adorent m’asperger du sang sur le visage… je ne sais pas vraiment pourquoi. Apparemment, on a souvent envie de me tuer (rires). Ça m’amuse. D’autant que sur un tournage de film d’horreur, les gens sont incroyablement dévoués. Ils sont passionnés par ce qu’ils font. Les effets d’hémoglobine, les blessures par armes blanches, les coupures et autres cicatrices… Ils font tous ça parce qu’ils adorent les films d’horreur à la base, depuis qu’ils sont gamins. Ça ne coûte pas cher à produire et ça ne demande pas beaucoup d’expérience dans le métier pour arriver à faire un film gore et fun. Du coup, ça en fait un genre très accessible, qui mixe tout un tas de choses. C’est du frisson permanent et un excellent moyen de fuir la réalité tout simplement.

Dans Scream, vous prenez la relève de Neve Campbell face à Neve Campbell. Pareil dans Mercredi, face à Christina Ricci. L’exercice doit est être un peu périlleux non ?
Oui, c’est un peu particulier parce que dans les deux cas, j’intégrais une franchise déjà très respectée. Donc il a fallu que je m’y intègre avec précaution, en prenant soin de rien abîmer. Ça met une certaine pression. Surtout quand il faut le faire en donnant la réplique à ceux qui ont donné vie à la franchise, à des actrices qui m’ont inspirée… C’est assez surréaliste, c’est vrai. D’un côté, j’avais envie de les impressionner, mais en même temps de leur faire comprendre que la franchise était très importante pour moi aussi. De toute façon, on ne peut pas se laisser déborder par ses émotions. Il faut rester concentrer pour faire le job. Mais c’est vrai que quand Christina a débarqué sur le plateau de Mercredi, c’était vers la fin de la production, j’ai eu les paupières qui se sont mises à frémir : ‘J’espère que je n’ai pas tout foiré. Dis moi que je n’ai pas tout gâché..’

On imagine que vous lui avez demandé des conseils…
(Elle coupe) Non aucun. Surtout pas. Quand on discutait sur le plateau, on parlait de tout mais surtout pas du rôle. Surtout pas de Mercredi. On ne voulait pas comparer nos deux Mercredi parce que ce sont deux filles très différents au bout du compte.

Vous connaissiez bien les films de Barry Sonnenfeld (sortis en 1991 et 1993) ? Ce n’est pas votre génération…
Bien sûr. Je les ai vus quand j’étais petite. Ce sont des films formidables et en grande partie grâce à Christina Ricci d’ailleurs ! Mercredi sortait déjà du lot dans La Famille Addams à l’époque.

Alors comment est-ce que vous avez fait votre propre version, sans copier l’originale, et face à l’originale ?
C’était nécessaire de faire les choses différemment. Les films et la série ne demandent pas la même chose. Ils ne sortent pas à la même époque, ni dans le même contexte. Et surtout, il n’est pas question de faire dans l’imitation. Je ne voulais évidemment pas copier la version de quelqu’un d’autre. Mais en même temps, ma génération – et encore plus celle d’avant – connaît bien les films des années 1990. Il y a une certaine nostalgie attachée à Mercredi Addams. Du coup, il ne faut pas s’éloigner trop des traits de caractère qu’ils adorent, tout en essayant d’introduire de nouveaux éléments. C’est délicat. Lentement, on guide les gens vers un nouvel univers. Il faut trouver un équilibre. Si on va trop vite, trop loin, dans une nouvelle direction, on risque de les perdre. Ou pire : les fans de l’original pourraient y voir un manque de respect. Moi-même, je ne veux surtout pas manquer de respect à la Mercredi des années 1990 que j’ai tellement aimée.

Christina Ricci Mercredi
Netflix

Pour vous guider, vous pouviez quand même compter sur Tim Burton, une légende du gothique, qui réalise une grande partie de la série…
C’est un mec normal en fait. Mais c’est aussi un réalisateur avec une approche très visuelle. Je n’avais jamais tourné avec quelqu’un d’aussi visionnaire, au sens littéral. Il est dans son monde, mais en même temps, il a une manière de travailler très collaborative. Il veut construire quelque chose « ensemble ». Avec son pédigrée, on pourrait penser l’inverse. Qu’il serait du genre hautain ou méprisant. Mais pas du tout. Il n’opère pas du tout comme ça. J’ai eu un peu de mal à briser la glace au début, parce qu’il fait beaucoup confiance à ses acteurs et ne leur donne pas tellement de directions. Mais à l’arrivée, c’était réjouissant de tourner avec lui.

Quelle était sa vision de Mercredi ?
Il voulait qu’elle ne fasse rien. Du tout. Jamais. C’était drôle. Elle ne devait pas cligner des yeux. Toujours répondre de manière neutre. Faire une tête neutre. Il voulait mettre en avant sa tranquillité, son immobilité. Il aimait aussi filmer mon visage du dessus, en faisant des plans à la Stanley Kubrick. Vous savez, les fameux « regards à la Kubrick » (Kubrick Stare). On débutait chaque prise comme ça, alors je fronçais les sourcils et sortais mon visage le plus triste pour lui donner ce qu’il voulait.

Mercredi Addams est une grande héroïne latino-américaine, comme il en existe toujours aussi peu à Hollywood. En tant qu’actrice aux origines mexicaines et portoricaines, vous constatez une certaine évolution des mentalités ?
Hollywood accepte de plus en plus la diversité. J’ai effectivement pu remarquer un changement depuis une décennie que je suis dans ce métier. Ce n’est pas simple, parce que la communauté latine est probablement la moins représentée à Hollywood. Je crois que seuls 3% des acteurs et actrices sont d’origine latine. Et quand on nous voit à l’écran, c’est pour des rôles de bon camarade comique stéréotypé ou de baron de la drogue. Rarement, les acteurs ou actrices d’origine latine sont montrés sous un jour positif ou prédominant. On est trop souvent castés pour cocher une case. Et puis il y a assez peu de personnages latins qui soient aussi iconiques que Mercredi. Donc ça me tenait à coeur qu’elle soit ainsi représentée à l’écran par une actrice de couleur comme moi. C’est une manière de normaliser la chose à Hollywood.

Vous avez dit avoir eu l’envie de devenir actrice, à l’âge de 6 ans, en regardant Man on Fire (de Tony Scott)... Comment est-ce possible ?
(Rires) C’est vrai ! Sûrement que je n’aurais pas dû le voir à cet âge, mais ma grande sœur était en train de regarder le film et je suis restée devant tout bêtement. Je me souviens avoir été bouleversée par la performance de Dakota Fanning face à Denzel Washington. Il est devenu l’un de mes acteurs préférés. Et quand mes parents sont rentrés à la maison, je leur ai dit : ‘Je veux devenir la version portoricaine de Dakota Fanning.’ Je n’ai jamais lâché.

Quelle carrière vous avez envie de mener mainteanant ? Vous voulez mettre l’horreur de côté ?
J’ai envie de faire des choses qui me challengent. Et certainement des films plus dramatiques. Mais c’est difficile de se projeter. Ce que je sais, c’est que j’adore profondément les artistes, les réalisateurs, l’art que j’exerce. Les meilleurs moments de ma vie sur Terre – rien que ça – se situent entre les moments où l’on dit « Action » et les moments où l’on dit « Coupez » ! Je sais bien que ça fait un peu drama queen de dire un truc aussi grandiloquent. C’est un peu stupide, je m’en rends compte. Mais c’est le cas. J’adore exister dans les chaussures des autres.

Vous avez plus de 9 millions de followers qui vous suivent sur Instagram et Hollywood parle de vous comme de l’icône du futur pour la génération Z ! C’est lourd à porter, quand on a 20 ans, non ?
Ah ouais ? On dit ça ? J’essaye de ne pas trop y penser à vrai dire…(Elle réfléchit) J’y pensais beaucoup étant plus jeune. J’affichais un sourire de façade. Je me forçais à renvoyer une image idéale, du genre petite princesse que les gens adorent. Parce que quand on vous dit à longueur de temps, dans les interviews, que les petites filles vous prennent pour modèle ou vous admire, c’est délicat à encaisser. Ce n’est pas le genre de chose qu’on peut anticiper facilement. Alors aujourd’hui, 9 millions de followers, ça reste un nombre un peu abstrait pour moi. Je ne veux pas que ça m’obsède. Je ne veux pas changer qui je suis ou ce qui m’intéresse, pour correspondre à ce que les gens pensent de moi.


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