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Les neurosciences au service de l’économie : Comment booster sa confiance lors d’échanges financiers ?

Le climat économique actuel force beaucoup de familles à faire des choix financiers extrêmement rudes. Comment prenons-nous ce genre de décisions ? Des chercheurs appartenant à un domaine des neurosciences, appelé la neuro-économie, s’intéressent à la question en étudiant comment le cerveau évalue les informations d’ordre économique et la manière dont celui-ci serait capable de mesurer les risques financiers. Une sous-discipline prenant racines dans les neurosciences pourrait-elle donner des ailes à l’économie ? La neuro-économie laisse entrevoir de nombreuses possibilités dans le champ scientifique.

Le terme neuro-économie est apparu dans la littérature scientifique il y a une vingtaine d’années dans un article publié dans The Flame, magazine des étudiants de l’Université de Claremont aux États-Unis. Il désigne la science qui cherche à établir les mécanismes cérébraux qui sous-tendent les décisions économiques. Son fondement est donc de comprendre comment le cerveau utilise les informations lors de prises de décisions d’ordre économique principalement. Les circuits neuronaux et les acteurs biologiques impliqués dans un tel procédé constituent la base de ce domaine d’hybridation disciplinaire entre économie et neurosciences.

La notion de risque, la probabilité, les expériences antérieures, les émotions ou encore les différentes interactions sociales jouent des rôles essentiels dans notre capacité à prendre une décision d’ordre financière. L’étude du cerveau par imagerie lorsque des personnes volontaires jouent à des jeux mettant à contribution la stratégie a permis aux chercheurs de mettre en évidence que des régions distinctes du cerveau s’activent en fonction des conséquences possibles suite à la prise d’une décision et ceci par anticipation de la “récompense” obtenue. De plus ils ont pu mettre en évidence que des acteurs chimiques du cerveau influencent la volonté d’un individu à faire confiance en prenant compte la peur d’être trahi, trompé lors de prises de décisions financières.

Dilemme du prisonnier

Depuis des décennies, mathématiciens et scientifiques ont étudié la question des décisions stratégiques au travers de jeux d’interactions sociales qui testent le comportement humain. Kevin McCabe définit “les expériences en neuro-économie” comme “une combinaison d’imagerie cérébrale, d’expériences de simulation développées en neurosciences cognitives et de systèmes micro-économiques“. La plus notoire fut imaginée dans les années 50, des chercheurs de l’Université de Princeton ont développé le fameux “Dilemme du Prisonnier’. Dans la version traditionnelle du jeu, la police arrête deux suspects et les interroge dans des pièces séparées. Chacun peut soit avouer, impliquant ainsi l’autre, soit garder le silence. Peu importe ce que fait l’autre suspect, chacun peut améliorer sa propre position en avouant. Si l’un avoue, l’autre a tout intérêt à faire de même pour éviter la peine particulièrement sévère qui attend un récalcitrant. Si l’autre garde le silence, on peut obtenir le traitement favorable accordé à un témoin en réduisant considérablement sa peine.

Ainsi, l’aveu est la stratégie dominante pour chacun. Mais lorsque les deux avouent, le résultat pour les deux est pire que si les deux avaient gardé le silence. L’imagerie cérébrale a permis aux chercheurs d’identifier ce qu’il se passe dans le cerveau quand des personnes sont face à ce genre de dilemme. Quand les deux joueurs “coopèrent”, une région du cerveau, impliquée dans l’anticipation de la récompense appelée le striatum, s’active. Ceci suggérerait que la coopération lors d’échange économique est gratifiante suggérant l’idée que les pressions de l’évolution pour la survie, plutôt que de favoriser de manière systématique la maximisation de l’intérêt personnel, ont contribué à faire émerger la coopération entre les hommes et à développer le système nerveux en fonction de cette nécessité.

Une hormone : l’ocytocine

Les chercheurs auraient aussi identifié une hormone, l’ocytocine, capable d’augmenter la confiance lors d’échanges financiers. En effet, dans un jeu de confiance, un investisseur décide de la somme d’argent à donner à un banquier responsable des investissements. Les investisseurs à qui on a administré une dose d’ocytocine, investissent plus d’argent que les investisseurs n’ayant pas inhalé l’hormone. L’imagerie cérébrale suggère que l’ocytocine réduirait la peur d’être trahi, trompé ou dupé.

Avec la neuro-économie nous pourrions donc affiner la compréhension et la modélisation de nos comportements économiques et sociaux ordinaires et tenter d’améliorer la prise de décision. Les applications seraient ensuite multiples. Par exemples déterminer les mécanismes qui perturbent les décisions des traders entraînant parfois des effets spectaculaires sur les marchés. Les modèles neuro-économiques pourront être utiles dans leur pouvoir descriptif alimentés par les découvertes psychologiques et ancrés dans le mécanisme biologique qui les gouverne. L’intégration de ces trois niveaux d’analyse dans un cadre théorique unifié et rigoureux sur le plan informatique constitue un outil puissant pour étudier les comportements liés à la récompense.

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