Ile-de-France

Sommet du Grand Paris – Logement : comment contrer la crise ?

Le logement, en crise, a figuré parmi les sujets majeurs du Sommet du Grand Paris, qui s’est tenu mardi 21 septembre 2021 au Pavillon Gabriel. Pour l’économiste Nicolas Bouzou, qui estime que « l’opinion public considère, à tort, que le crise du logement est une fatalité », le risque est grand de voir dans 10 ans, une partie de la population francilienne ne plus pouvoir se loger ailleurs que dans des bidonvilles. « Nous devons procéder à une acculturation de l’Etat au plus haut niveau quant à l’urgence de construire plus », a déclaré pour sa part Eric Groven, rappelant que la hausse du prix du foncier expliquait largement celle de l’immobilier.

« L’opinion public considère, à tort, que le crise du logement est une fatalité», estime Nicolas Bouzou. © Jgp.

Patrick Ollier et Eric Groven. © Jgp

« Face aux difficultés rencontrées pour obtenir des permis de construire, et à la hausse continue du prix du foncier, il ne faut pas être outrancièrement surpris de voir les chiffres de la construction baisser », a indiqué le responsable de la direction immobilière de la Banque de détail en France à la Société Générale. « Il n’est plus possible de s’étendre ni horizontalement, avec le zéro artificialisation nette, ni verticalement, compte tenu du rejet de la population : construire est devenu un Sudoku niveau expert », a-t-il résumé. Eric Groven, comme plusieurs intervenants, a déploré la disparition progressive du lien entre l’accueil par les municipalités de nouveaux habitants -ou la construction de nouveaux bâtiments- et les recettes fiscales perçues par les communes, plaçant les villes dans l’incapacité de construire les équipements publics nouveaux nécessaires pour accompagner leur développement démographique ou économique.

+ 35% du nombre de permis de construire délivrés

Le nombre des permis de construire délivrés est en hausse de 35% en 2021 par rapport à 2020, a fait valoir pour sa part Emmanuelle Wargon, en préambule de son intervention. La ministre a estimé que la crise de la construction était d’abord celle de son acceptabilité. « Si les maires refusent de délivrer des permis de construire, c’est parce que leur population y est hostile », a-t-elle estimé. Or la crise sanitaire a exacerbé ces tendances déjà observées, ainsi que l’aversion des Français pour la densification de leur environnement, a poursuivi la ministre du Logement.

La commission pour la relance durable de la construction de logements conduite par François Rebsamen, qui proposera ses recommandations ce mercredi 22 septembre, pourrait conduire le gouvernement à les intégrer dès la loi de finances dont l’examen par le parlement va débuter, a également indiqué la ministre. Alors que l’idée de nouveaux états généraux du logement est proposée ici et là, Emmanuelle Wargon a évoqué par ailleurs la démarche « Habiter la France de demain », lancée en février dernier pour amplifier et accompagner les projets vertueux autour de 4 défis : sobriété, résilience, inclusion et production. « Face à ces enjeux, le Grand Paris doit être l’occasion de porter favorablement une capacité à aménager et à construire différemment », a-t-elle également fait valoir.

Emmanuelle Wargon. © Jgp

Marc Cagniart. © Jgp.

Christine Leconte. © Jgp.

Jean-Philippe Dugoin-Clément. © Jgp

Christine Leconte, présidente de l’ordre national des architectes s’est déclarée favorable aux référentiels et aux chartes préconisés par le rapport Girometti / Leclercq, récemment dévoilé, tandis que Jean-Philippe Dugoin-Clément a fustigé « la vision récessive de certains partis politiques qui prônent la décroissance ». Le vice-président de la Région, élu président de l’Etablissement public foncier d’Ile-de-France ce mardi 21 septembre, a déploré à son tour la rupture du lien entre l’acte de construire et les recettes fiscales perçues. Marc Cagniart, premier vice-président de la Chambre des notaires du Grand Paris, qui dévoilera prochainement 30 propositions à ce sujet, a préconisé un changement d’échelle, appelant à réfléchir à une échelle plus large, celle du quartier, pour résoudre les nouvelles équations du logement. Le notaire préconise également une intensification des approches innovantes du droit de propriété, à l’instar des Baux réels solidaires (BRS) ou de la flexipropriété.

Chartes locales de construction

« Il faut sans doute imaginer un outil de coordination de la construction, à une échelle qui soit plus petite que celle des intercommunalités, et qui permette aux collectivités et à l’établissement public foncier d’Ile-de-France ou à certains établissements publics d’aménagement de se mettre d’accord localement sur des chartes communes », a estimé Emmanuelle Wargon. La mobilisation accrue de fonciers publics et parapublics, à l’instar du choc du foncier promis il y a quelques années, a été de nouveau évoquée pour limiter l’envolée des prix, fruit de la distorsion entre l’offre et la demande.

L’urgence de construire en ayant recours au réemploi, à cesser toute démolition évitable, dans une économie désormais circulaire, afin de réduire l’empreinte carbone de la construction a été une nouvelle fois soulignée, Christine Leconte estimant que la destruction de la Butte rouge, à Châtenay-Malabry, « alors qu’il s’agit d’un bâti de qualité », posait problème. « Il faut construire avec moins de matière première et plus de matière grise », a résumé l’architecte.

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Author: Jacques Paquier