« Sur l’épaule des géants » de Laurine Roux : une saga joyeuse et rocambolesque qui traverse le XIXe et le XXe siècle à un rythme haletant

Prenez un chat philosophe, sage compagnon de vie qui répond au doux nom de Socrate, ajoutez une grand-mère, pardon une « quadrisaïeule », atteinte du syndrome de vitalité aïgue, un zoologue détective spécialiste des éléphants albinos, deux jumeaux au caractère explosif capables de se relever sans états d’âme des horreurs de la guerre et de rire de la trahison, saupoudrez l’ensemble de quelques pétales de Violette ou d’Eglantine, et confiez le tout à Laurine Roux. Vous obtiendrez une épopée rocambolesque où le rire se mêle habilement au tragique.

Dans la famille Aghulon, les femmes, sujettes au coup de foudre, portent des noms de fleur et reçoivent à la naissance une énergie débordante et une détermination sans faille pour retrouver l’être aimé. Les hommes, savants exaltés et doux rêveurs, s’obstinent dans leurs recherches jusqu’à l’enlisement. Les deuils, les mariages et les naissances s’enchaînent telles les saisons, sans transition.

Sur l’épaule des géants traverse les tragédies du XIXe et le XXe siècle avec un appétit féroce pour les accidents de parcours, la joie et la gaieté. Un épopée menée tambour battant où la démence n’est jamais complètement triste et les morts toujours présents.

Dans une époque plus que jamais tentée par le dolorisme, Laurine Roux réussit le tour de force de nous faire rire de tout avec une langue d’une rare élégance. Elle redonne à la fiction et à l’imaginaire ce pouvoir de nous emmener loin.

C’est un texte que j’ai commencé à écrire en 2010. Les personnages m’ont réveillée une nuit à 4 heures du matin, je m’en souviens très bien. J’ai vu Jacques et Marguerite, des jumeaux au centre d’une lignée. J’ai commencé non pas à écrire mais à imaginer une généalogie.

Laurine Roux

au sujet de « Sur l’épaule des géants »

Quand elle se remémore son travail d’écriture, l’auteure reconnait que ses « personnages étaient habités par une force de vie. Ce n’est pas moi qui l’ai décidé, ils avançaient dans mon esprit coûte que coûte. Ils étaient très vivants et se débrouillaient bien sans moi. J’avais presque l’impression que si je m’arrêtais d’écrire ils pourraient aller faire une bêtise dans mon dos. » 

Sur l'épaule des géants Laurine Roux. Gravures Hélène Bautista (Editions du sonneur)

Sur l'épaule des géants Laurine Roux. Gravures Hélène Bautista (Editions du sonneur)

Il y a du Amélie Poulain dans le roman de Laurine Roux. Un enchaînement des péripéties et une fantaisie qui emportent le lecteur dans un tourbillon, une soif inextinguible de tourner les pages qui ne s’arrête qu’une fois les derniers mots avalés. 

L’auteure, capable de créer un univers et une langue singulière pour chacun de ses livres, rend aussi hommage à la littérature du XIXe siècle portée par le roman-feuilleton. Un hommage illustré par les gravures d’Hélène Bautista qui rythment à leur manière les aventures du clan Aghulon. Le roman, publié aux éditions du Sonneur, est enrichi de 70 illustrations originales. « C’est un livre qui me ressemble », sourit Laurine Roux. « J’ai rassemblé tout ce que j’aimais : la littérature, la science, les fleurs, la poésie, la marge, la fantaisie. » 

Elle avoue avoir eu un pincement au coeur quand il fallu envoyer le livre chez l’imprimeur et arrêter de travailler le texte. « J’étais très triste de dire au-revoir aux personnages comme si je disais au-revoir à des amis, des comparses », rectifie-t-elle. Nous aussi.

Sur l’épaule des géantsde Laurine Roux. Gravures d’Helène Bautista (Les Editions du Sonneur, 384 pages, 24 €)

Extrait :

« L’enterrement, poignant, s’illustra surtout par la bonne humeur qui y régna. Ce que l’on retint de ce jour, c’est qu’il existe des êtres capables de rayonner par-delà la mort, auxquels il est facile de faire ses adieux, car leur esprit est encore si vivant qu’on a l’impression de simplement leur dire, A bientôt. Marguerite versa une poignée de terre de la vigne sur le cercueil, Jacques une rasade d’Aïthops Oinos. » (Sur l’épaule des géants, page 179) 


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