COP27 : 150 pays s’engagent contre les émissions de méthane

« Cela peut être notre meilleure chance de rester à portée de notre objectif de 1,5 °C », a déclaré le président américain Joe Biden, la semaine dernière, lors de son passage éclair à la COP27, qui devait s’achever ce vendredi 18 novembre en Égypte, dans la station balnéaire de Charm el-Cheikh.

La conférence mondiale de l’ONU sur le climat sera finalement prolongée jusqu’à samedi, a annoncé ce vendredi son président égyptien, Sameh Choukri, car les négociations patinent. Les pays s’écharpent toujours sur un projet de résolution dont personne n’attend de grandes avancées. De profondes divisions persistent entre les pays du Nord et du Sud sur le financement des « pertes et dommages » réclamé par les pays les plus impactés par les conséquences du réchauffement climatique.

Les engagements pris par un nombre important de pays pour réduire de 30 % leurs émissions de méthane d’ici à 2030 pourraient donc être l’un des rares progrès concrètement enregistrés lors de cette 27e conférence sur le climat.

Sujet crucial

Lancé l’an dernier à la COP26 de Glasgow par les États-Unis et l’Union européenne, le « pacte global sur le méthane » a été signé, à l’époque, par 103 pays. Depuis, une cinquantaine d’autres les ont rejoints, s’est félicité l’émissaire spécial américain pour le climat, John Kerry, jeudi 17 novembre.

Le sujet est en effet crucial : moins connu que le CO2, le méthane est pourtant un puissant gaz à effet de serre, au pouvoir réchauffant 84 fois plus important que le CO2 sur vingt ans, et 28 fois supérieur sur un siècle. Comme il se dégrade rapidement dans l’atmosphère, une action ferme pour réduire ses émissions aurait une conséquence visible sur le réchauffement climatique.

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Le Giec (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat) a calculé qu’une réduction de 45 % de ses émissions d’ici à la fin de la décennie permettrait d’éviter une hausse des températures de 0,3 °C en 2040, et jusqu’à 0,8 °C à la fin du siècle.

Si les pays signataires du nouveau pacte sur le méthane tiennent leurs engagements, l’impact sur le climat sera aussi important, selon le directeur de l’Agence internationale de l’énergie (AIE), que la décarbonation totale du transport mondial.

Traquer les émissions à la source

Autre aspect encourageant : les marges de progression existent et elles sont atteignables. Notamment dans le secteur pétro-gazier, qui représente 35 % des émissions de méthane, selon le dernier baromètre de l’AIE, qui évalue le total des fuites intempestives de gaz à 180 milliards de mètres cubes, « soit l’équivalent de la totalité du gaz utilisé dans le secteur de l’énergie en Europe ».

Une meilleure détection de ces fuites et la réparation des tuyaux auraient, à elles seules, un effet tangible. Encore faut-il les repérer : l’AIE estime que les rejets de méthane seraient actuellement supérieurs de 70 % aux chiffres officiels.

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En marge de la COP27, le programme environnemental des Nations unies a annoncé la création d’un système basé sur les données satellites capable de traquer les émissions à la source. Baptisé Mars – pour Methane Alert and Response System –, le système permettra de localiser précisément les fuites, qui seront ensuite publiées dans une base de données publique pour renforcer la pression sur les compagnies afin qu’elles effectuent les réparations.

Dans un premier temps, les industries du pétrole et du gaz seront ciblées. Le système sera ensuite étendu aux secteurs du traitement des déchets, puis à celui de l’extraction du charbon, avant d’inclure l’élevage et l’agriculture.

Ralliement surprise de la Chine

Ni la Chine ni l’Inde, aujourd’hui les premiers émetteurs de méthane, n’ont encore rejoint le pacte. Mais le passage impromptu, jeudi 17 novembre, du chef de la délégation chinoise à la COP27, Xie Zhenhua, à une réunion ministérielle organisée par John Kerry sur le sujet, a été particulièrement remarqué. Devant quelque 70 ministres, le dirigeant chinois a pris la parole pour détailler le plan de lutte contre le méthane de Pékin.

« J’espère qu’en partageant cela avec vous nous pourrons trouver les moyens de coopérer de différentes manières », a déclaré Xie Zhenhua. Dans l’après-midi, les délégations américaine et chinoise ont tenu une réunion qui, selon nos informations, s’est prolongée pendant près de quatre heures.

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« Il est probable que la Chine finira par rejoindre le pacte global sur le méthane, peut-être même avant la fin de cette COP », veut croire un membre de la délégation française. « J’espère que, dans les jours qui viennent, nous allons y arriver », a lâché l’Américain John Kerry.

Plus complexe, la captation du méthane émis par l’élevage, source massive d’émissions, fait l’objet d’intenses discussions. La réduction des cheptels, prônée par les ONG, n’est pas une option pour de nombreux pays, notamment africains, et la construction de méthaniseurs exige des financements qui font souvent défaut.

Le signal, en tout cas, est perçu comme l’un des plus encourageants d’une rencontre internationale émaillée de tensions, dans laquelle nombre de pays, acculés par la crise énergétique, tentent de faire oublier qu’ils ont relancé leurs centrales à charbon. Et rechignent à admettre qu’ils devront un jour en sortir, comme les y engage pourtant l’accord de Paris.


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