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ENQUETE. Harcèlement à la FFF : ce que des ex-salariés ont dit à la mission d’inspection à propos de Noël Le Graët

Noël Le Graët doit être auditionné mardi après-midi, pour la deuxième fois, par la mission d’audit chargée de faire la lumière sur les dysfonctionnements à la FFF et sur les soupçons de harcèlement sexuel. Selon les informations de la cellule investigation de Radio France, plusieurs femmes ont témoigné contre lui.

Il s’en serait sans doute bien passé. Après avoir mis le feu à la planète football avec ses propos à l’emporte-pièce sur Zinédine Zidane, et alors que les appels à la démission émanent de toutes parts, Noël Le Graët sera à nouveau soumis aux questions de l’Inspection générale de l’éducation, du sport et de la recherche (IGESR) mardi 10 janvier. Il avait déjà été entendu au tout début de cette mission d’audit, lancée en octobre 2022 par la ministre des Sports à la suite de soupçons de harcèlement moral et sexuel contre Noël Le Graët. Officiellement, au siège de la Fédération française de football (FFF), on explique qu’il s’agit d’un « entretien de fin de procédure ». Les conclusions de la mission sont, en effet, attendues pour la fin du mois de janvier. Les inspecteurs sont en train de boucler leurs travaux avant la phase dite de « contradictoire ».

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Mais dans les faits, l’IGESR souhaite notamment réentendre le patron de la FFF sur les accusations dont il fait l’objet, accusations révélées par la presse (So Foot puis Radio France) et détaillées pour certaines devant les inspecteurs, depuis cet automne, par d’anciens salariés. D’après les informations de la cellule investigation de Radio France, plusieurs femmes ont dénoncé à la mission d’audit, l’attitude de Noël Le Graët à leur égard. Une ancienne cadre a ainsi montré aux inspecteurs des textos et des messages WhatsApp que le patron de la FFF lui a envoyés. Ces messages ne sont certes pas illicites, mais ils posent question compte tenu du lien hiérarchique qui existait entre eux. Il s’agit d’invitations à dîner, de messages qui se terminent par « je vous embrasse ». Cette femme a aussi parlé des appels répétés reçus « après 22 heures, voire 23 heures ».

Une autre ex-salariée a évoqué un déplacement officiel en avion au cours duquel « Noël Le Graët lui a posé la main sur la cuisse », « sa volonté que je me mette en jupe lors du voyage » et « les recommandations de son assistante de ne pas accepter de rendez-vous avec lui après le déjeuner car il est alcoolisé ». Intrigué par ce dernier point, qui a été abordé par plusieurs personnes auditionnées, les inspecteurs ont demandé à une ancienne directrice si Noël Le Graët était souvent « alcoolisé sur son lieu de travail ». Cette dernière a relativisé : « Je ne l’ai pas vu titubant dans les couloirs. Il n’était pas là tous les jours à la FFF. »

Un ancien cadre évoque quant à lui, devant les inspecteurs, l’attitude « rustre » et « insistante » de Noël Le Graët envers les femmes, surtout à l’oral. « Noël Le Graët n’est à l’aise ni avec les SMS ni avec les mails », a expliqué ce témoin. Plus grave, une ancienne dirigeante a fait état d’une « proposition indécente » du patron de la FFF. Encore « estomaquée », elle en a livré les détails aux inspecteurs. Cette femme leur a expliqué « avoir refermé la porte grâce à son expérience ».

À plusieurs reprises lors de ces auditions, les membres de la mission ont demandé aux témoins pourquoi, selon eux, Noël Le Graët « était toujours en poste ». Une ex-salariée a laissé échapper cette réponse : « Parce que la FFF est un repère de vieux messieurs, de vieux mâles blancs ! » Malgré tout, Noël Le Graët, semble aborder « sans trop d’inquiétude » cette deuxième audition. D’après une personnalité du milieu du football qui s’entretient régulièrement avec lui, « il appréhende ce rendez-vous, mais le plus important pour lui, c’est qu’il pense que les accusations d’harcèlement sexuel vont se dégonfler ». 

L’avenir le dira. Quoi qu’il en soit, les inspecteurs ont garanti l’anonymat à tous les ex-salariés qui témoignent auprès de la mission, sauf s’ils portent à sa connaissance des faits nécessitant l’activation de l’article 40 du code de procédure pénale, c’est-à-dire des faits requérant un signalement au procureur de la République. À l’heure actuelle, cela ne semble pas être le cas.


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