REPORTAGE. Saisies records de cocaïne : le port belge d’Anvers plus que jamais ciblé par les narcotrafiquants

Les douanes de Rotterdam aux Pays-Bas et d’Anvers en Belgique ont annoncé mardi un bilan record de saisies de cocaïne. A Anvers, une centaine de tonnes de coke a ainsi été saisie, soit 25 fois plus qu’il y a sept ans. A tel point que la Belgique redoute de devenir un « narco-Etat ».

Sur les quais du port d’Anvers, les porte-conteneurs et les camions défilent sans arrêt. Plus de 200 millions de tonnes de marchandises y transitent chaque année. Seuls 1,5 à 2% des conteneurs sont inspectés, c’est la norme européenne, et pourtant, les saisies de drogue sont gigantesques et en constante augmentation.

>> Le port d’Anvers véritable porte d’entrée du trafic de drogue en Europe : « Des tonnes de cocaïne peuvent passer »

C’est d’ailleurs un nouveau record de saisies de cocaïne au port d’Anvers qu’a annoncé mardi 10 janvier les douaniers belges : après les 90 tonnes saisies en 2021, le bilan final de 2022 dépasse les 100 tonnes, confortant la place d’Anvers comme principale porte d’entrée de la cocaïne en Europe.

Selon Florence Angelici, porte-parole des douanes belges, ces volumes sont liés à l’utilisation d’OGM par les producteurs.

« Les trafiquants ont modifié génétiquement les plantes de coca et comme il y a plus de récolte, il y a donc davantage de drogue. »

Florence Angelici

à franceinfo

« L’Europe est un marché plus intéressant que les États-Unis par exemple, poursuit-elle. Là-bas, les trafiquants doivent passer par les cartels mexicains pour entrer sur le territoire américain et les bénéfices seront divisés. Mais il y a un vrai souci en termes de consommation, qui est en nette croissance en Europe. »

Pour acheminer la cocaïne jusqu’au consommateur européen, les trafiquants profitent de l’essor du transport maritime. « On a énormément de lignes de fruits qui vont d’Amérique latine vers le port d’Anvers et qui sont donc utilisées par les trafiquants, indique Florence Angelici. Les lignes sont existantes et on ne peut pas bloquer les fruits trop longtemps, sinon ils risquent de pourrir. Il y a beaucoup d’ingéniosité : on a ainsi vu les trafiquants utiliser par exemple de la cocaïne liquéfiée, ou des troncs creusés, dans lesquels on a retrouvé de la cocaïne. »

Une fois arrivée à Anvers, souvent grâce à la participation de certains employés du port corrompus, la quasi-totalité de la cocaïne file directement vers les Pays-Bas, avant d’être dispatchée dans le reste de l’Europe. Le trafic est, en effet, principalement contrôlé par des réseaux néerlandais qui profitent de la topographie du port belge, indique Teun Voeten, anthropologue et auteur d’un rapport sur les réseaux criminels liés à la drogue pour la ville d’Anvers. « Le port de Rotterdam est plus fermé, tandis que celui d’Anvers est plus ouvert : cette différence de géographie fait qu’il est plus facile de récupérer à Anvers la cocaïne en provenance des pays d’Amérique latine. »

Chaque année, 50 à 60 milliards d’euros de cocaïne transiteraient par le port d’Anvers, le trafic a des conséquences meurtrières. Le parquet de la cité flamande a indiqué avoir recensé en cinq ans « plus de 200 actes de violence liés à la drogue » et lundi, une petite fille de 11 ans a été tuée à Anvers dans ce qui ressemble à un règlement de comptes sur fond de trafic de drogue. Ce drame est le dernier d’une longue liste de faits divers qui a marqué la Belgique. Après plusieurs explosions de grenades l’année dernière à Anvers, il y a quelques mois, les autorités annonçaient également avoir déjoué une tentative d’enlèvement du ministre de la Justice belge.

L’inquiétude est donc montée d’un cran au sein de la classe politique, à tel point qu’il y a cinq mois un magistrat bruxellois s’est inquiété de voir la Belgique se transformer en narco-Etat. Le terme a fait réagir, même si selon Letizia Paoli, professeur de criminologie à l’université de Louvain, l’expression est exagérée.

« Dans un narco-Etat, l’administration publique est ébranlée par les trafiquants et la corruption est élevée. Ce n’est pas le cas en Belgique : jusqu’ici, les fonctionnaires arrêtés ou suspectés n’étaient pas haut-placés. »

Laetitia Paoli

à franceinfo

Il y a quatre mois, le gouvernement belge a annoncé un nouveau plan à 400 millions d’euros pour lutter contre le trafic de drogue tandis que le nombre de scanners fixe à conteneur du port d’Anvers devrait passer de trois à huit d’ici à mi 2024.


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